FIPA : Le Congo dans tous ses états

Roberto Scarcia01

Congo Business Case  réalisé par le néerlandais Hans Bouma, le gagnant du Fipa d’or des Grands reportages, est exemplaire de ces bons sentiments que nourrit l’Occident à l’égard de l’Afrique. Ce reportage raconte l’histoire réelle de Daniel, un jeune hollandais qui part au Congo désillusionné par la façon  dont  se comportent  ces grandes ONGs   comme la FAO, l’organisation des Nations Unies contre la faim   dont il fut d’ailleurs salarié.

Daniel en a marre « de voir les  légumes  pourrir dans les champs alors qu’a moins de 200 kilomètres, en ville  les gens crèvent de faim ». Il part donc en Afrique la fleur au fusil pour lancer une entreprise qui ferait le lien entre  la campagnes et la  ville : il achète du manioc, la transforme en farine et la vend au marché de la capitale. Mais les problèmes pratiques et d’ordre culturel s’accumulent et Daniel est forcé d’abandonner le projet. « T’es l’un des quinze fils d’une femme congolaise émaciée, t’es l’un des six choisis entre 300 demandeurs d’emploi, et tu te mets en grève… » dit-il en exprimant son amertume. Ces deux phrases entre guillemets prononcées par le protagoniste résument le film : les bonnes intentions et la dure réalité des faits.

Si d’une part Congo Business Case est une histoire typique d’un jeune qui veut sincèrement changer les choses dans « les pays pauvres »,et ceci avec une franchise  dépourvu de ce narcissisme mal déguisé qui marque souvent ce genre d’aventures, il y a d’autre part quelque chose de nouveau ou plutôt de  curieusement familier  pour nous occidentaux dans ce film. Le jeune blanc qui part monter son business dans le sud ressemble curieusement  à nos anciens colons partis faire fortune dans les colonies. Voilà pourquoi, au delà des mots de convenance, ce film a plu autant. Pourquoi le nier, on assiste à un  retour manifeste  de l’esprit colonial en Europe  qui se cache sous la feuille de figuier de l’humanitaire.  Congo Business Case va dans le sens de l’histoire qu’on est en train d’écrire aujourd’hui.

La seconde raison du succès de ce film est linguistique : chauvinisme culturel aidant, un jury de France ne pouvait pas rester indifférent à un film où pour une fois le français et non pas l’anglais est la lingua franca entre un européen et des africains.

Le succès de Congo Business à Biarritz nous force à parler d’un autre grand reportage du même genre. AIDependance, est un film belge réalisé  par Alice Smeets et Frederick Biegmann  et qui dénonce justement la façon d’agir des ONG à Haïti. AIDependance, la dépendance de l’aide extérieure nous démonte  de façon minutieuse le mécanismes par lequel les Organisations Non Gouvernementales  détruisent le tissus  social local et, comme le dit une femme haïtienne avec désespoir «réduit les pauvres à des camés et l’aide étrangère à de la cocaïne ».  En même temps, ce film suit les traces d’un couple, Robi le haïtien et Sabina l’américaine  qui  vont dans  les endroits les plus difficiles de l’île et proposent  un exemple différent d’aide aux plus démunis.

Malgré leur différence,Congo Business et AIDependance  envoie le même message que l’on peut traduire ainsi  : pour être efficaces, les actions humanitaires  internationales doivent être conduites sous direction locale, par des gens du lieu, autrement c’est une mission impossible vouée au désastre.

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