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SANTÉ

Arturo Mariani

Cela avait été comme une lente descente vers une piscine d’enfants ou même une baignoire à remous, juste comme une douce glissade vers des bains chauds dans un pavillon de détente, cette soûlerie qui avait commencé avec un porto roussâtre et tendre aux arômes de fleur d’oranger et qui finissait maintenant avec un rhum añejo reserva especial.

Il s’était dit que cela n’avait guère d’importance, qu’il était «habitué» aux mélanges et aux eaux-de-vie les plus rudes : par exemple, aux plongeons droits de vingt mètres jusqu’aux abysses grisâtres de la tequila, ces sauts qu’il faisait volontiers en quête de la plus coriace des fleurs, celle qu’il appelait « la rose noire » de l’inspiration.

Mais finalement il était encore une fois tombé dans un piège.

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« Habitué » ou non aux longs vertiges d’alcools plus rugueux que ce porto et ce rhum ensemble, le résultat avait été le même : il s’était quelque peu soûlé et il avait fait une connerie.
Évidemment, pensait-il, cela n’avait été que le résultat d’une conspiration de tous les effluves de la Vallée du Douro, en association avec ceux des montagnes de la Sierra Maestra qui étaient emprisonnés dans cette jolie bouteille émeraude. Oui, une conspiration parfaitement planifiée par ces vapeurs qui avaient mûri pendant une quinzaine d’années dans de magnifiques fûts de chêne, jusqu’à devenir de petits êtres ensorcelants capables de rendre fou quiconque s’aventurerait trop dans le cœur interdit de l’alcool.
Oui, une machination qui lui avait provoqué cette impression de légèreté, de vol d’oiseau pirouettant dans la chaleur mûre de mai, cette sensation qui le faisait maintenant planer dans ses souvenirs, s’envoler vers toutes ces autres occasions où il avait répété le mot magique au moins une dizaine et demie de fois, ce mot qui lui ouvrait le chemin jusqu’aux portes du paradis des mots perdus.
Oui, un complot. Comme celui du jour où, dans un pays lointain, il s’était réveillé à trois heures du matin, en grelottant d’un froid de phoque barbu, dans un camion rempli de grains qui allait partir vers le Nord, un de ces camions stationnés, comme d’habitude, à côté du marché près de chez lui, à l’aube d’un jour de voyage de commerce. Bon, heureusement qu’il s’était réveillé, sinon il se serait retrouvé quelques heures plus tard en plein voyage vers des terres encore plus froides, et très probablement sans pouvoir crier gare au chauffeur, qui sûrement ignorerait l’existence d’un invité inattendu dans son transport.
Cette fois-là, la conspiration avait été orchestrée par les fées renfermées dans le nero d’Avola qu’il avait dégusté chez lui, après plusieurs hésitations, en compagnie de deux de ses vieux camarades de jeunesse. Mais oui, il avait beaucoup hésité parce que cela était clair, que ces deux-là n’allaient guère se contenter de seulement un peu de nero et qu’ils en demanderaient davantage. Toutefois, le pire n’avait pas été cela, mais qu’ après trois bouteilles de vin ses compagnons avaient eu la mauvaise idée de sortir chercher quelque chose « d’un peu plus fort ».
Eh bien, lui, déjà un peu ensorcelé par les fées du nero – qui lui avaient laissé, encore une fois, entrouvertes les écluses de l’imagination prolifique –, il avait accepté de donner l’argent nécessaire pour ce quelque chose « d’un peu plus fort », en échange de pouvoir rester à la maison pour commencer à dévoiler sur papier le fruit de l’imagination réveillée par le vin. Et voilà que cette chose « un peu plus » forte avait finalement pris l’allure de deux bouteilles de tequila de agave azul, ce qu’il trouvait « un peu trop » vigoureux, mais bon, il avait décidé d’envoyer ses alcoollègues en mission périlleuse et il devait se résigner au résultat : que les noires et charmantes habitantes du nero, après lui avoir dicté seulement quelques lignes, avaient tramé une telle conjuration avec les bleuâtres gnomes de la tequila que cela avait fini par se transformer en une orgie formidable

Photo: Pierlucio Pellissier
Photo: Pierlucio Pellissier

dans sa tête, en une fiesta qui lui avait donné le goût de proposer à ses amis d’aller au plus proche bar de danseuses, d’où, trois heures et dix bières plus tard, il avait essayé de retourner à pied chez lui, ce qu’il n’avait évidemment pas réussi à faire tout de suite, puisqu’en marchant, il avait senti une fatigue si grande, un sommeil si puissant, qu’il était monté dans un camion chargé de grains qui se trouvait dans son chemin, juste pour dormir « cinq minutes ».
Oui, des conspirations. Des séditions calculées par ces habitants des cités profondes des eaux-de-vie, ces créatures qu’il aimait, malgré tout, parce qu’elles lui soufflaient parfois, souvent juste une seconde avant de le faire tomber dans les plus cruelles manœuvres anéantissantes du souvenir, quelques passages tumultueux, à une vitesse extrême, telle une dactylographie fulgurante qu’il n’arrivait pas toujours à maîtriser, ces lignes qui coulaient de ses mains dans des séquences de tonnerre, de foudre, de lumière.
Eh oui, c’était vrai que parfois il lui arrivait de faire des conneries, ou de les dire. Comme dans ces réunions amicales ou familiales où il demandait silence et souriait. Il élevait alors, de sa main droite, une coupe remplie de l’alcool qui parcourait ce jour-là les artères des présents, pour ensuite entamer un discours sur celle ou celui qui célébrait son anniversaire, ou sur la corruption dans la politique, ce qui n’était pas si con, mais que d’aucuns n’aimaient point entendre, ou tout simplement sur les muses et leur coriacité quant à rendre accessibles les secrets de la bonne écriture, après quoi il prononçait pour son auditoire, dont les yeux étaient quelquefois remplis de lassitude, le mot magique tant souhaité, celui qui était le prélude d’ une bonne gorgée et de la fin du discours.
Par contre, quand les autres le devançaient pour prononcer le grand mot, il répondait toujours courtoisement, même lorsque ses interlocuteurs le voyaient, manifestement, d’un mauvais œil, comme ces dames qui le regardaient un peu trop de travers quand il était déjà un peu ivre, avec une moquerie mal dissimulée et un air de penser qu’il allait dire ou faire une connerie.
Eh oui, c’était vrai, que parfois il faisait des conneries. Mais celle qu’il venait de commettre, était-elle vraiment une ? Comment le savoir ? C’était peut-être la mineure, la plus innocente, la moindre de toutes les bêtises commises au long de sa vie d’homme bien entré dans la cinquantaine. Juste une distraction pratiquement irrépréhensible, une bavure d’enfant, et peut-être que ce n’était même pas seulement ‘sa’ connerie. C’était, peut-être, à bien y penser, la dernière expression de la jalousie des petits êtres gardiens de la compréhension absolue des mécanismes de la création, de cette magie de l’inspiration dans son plus pur et noble état, celle qui se produisait, il en était sûr, dans le fin fond de l’ivresse : la grâce qu’il avait toujours recherchée et qui, à cause de cette ultime et toute nouvelle forme d’intrigue contre lui, venait encore une fois de s’éloigner sans qu’il pût la saisir.
Mais oui, c’était sûrement cela. Il venait de le comprendre, que cette fois-ci avait été le tour des truculentes nymphes du rhum, celles qui tout à l’heure, au petit jour de ce matin très ensoleillé, chaud déjà, l’avaient coquinement encouragé à consommer jusqu’à la dernière goutte de cet añejo, à continuer à naviguer jusqu’à la dernière houle de cette mer qui le berçait si calmement dans ses effluves dorés, en lui promettant qu’au-delà de la dernière marée haute de cette bouteille se trouvait, effectivement, le paradis des mots perdus.
Oui, cette bavure d’enfant, cette omission de la vue, ce nuage soudain dans le ciel détendu du matin et dans ses yeux, ce barrage inattendu qui l’ avait empêché de continuer sa démarche et qui l’avait fait sortir de son chemin droit vers l’inspiration totale, c’était l’œuvre des nymphes, sinon, comment expliquer pourquoi n’avait-il pas vu cette pelure de banane au milieu des escaliers qui amènent vers la plage ? Assurément, c’étaient elles qui avaient placé ce nuage dans sa vue, et même, peut-être, elles qui avaient mangé la banane, il ne savait pas comment, mais elles qui l’avaient mordillée à moitié, pour la rendre encore plus glissante, et qui l’avaient jetée en plein milieu de son chemin.
Et puis, il avait décollé du ciment et fait une pirouette dans les airs, et il se sentait encore en train de voler quand cette vieille vagabonde trébuchante qui portait, tout comme lui, une bouteille dans la main droite, s’inclina, comme si elle allait dire quelque chose, vers ce corps étendu en bas des escaliers et lequel, étrangement, il pouvait maintenant voir de là où il restait, suspendu, dans les airs.
Ce fut alors qu’il comprit, juste une seconde avant de se sentir transporté vers nulle part, juste avant de foncer, cette fois-ci pour de vrai, dans le plus creux de tous les pièges anéantissants du souvenir, qu’il ne pourrait plus répondre à ce beau mot que la vieille prononça avec un aigu accent alcoolique et une grosse goutte de moquerie devant ce corps d’homme bien entré dans la cinquantaine qui avait encore dans la main les débris d’une bouteille émeraude :
– Santé !

* * *

Arturo Mariani (Valera) est né au Mexique en 1961.

THE SMOKEY TIMES I HAVE LOVED

Lamberto Tassinari

At the beginning there was nothing but smoke. Everyone was smoking so I did too. I smoked a lot even before being able to have sex. Smoke was for lovers, as Virginia. As a smoker I began with Jubek filtro, a short and funny cigarette created during Fascism to celebrate, I suppose, the African appendix, the newborn Empire. Smoking was strictly forbidden; paternal, maternal or societal authority would intervene smacking the kid, the adolescent smoker caught with the vice. To smoke, we would hide in an immense, abandoned Medicean fortress and, sitting in a circle like little indians, we would inhale a bitterish smoke and sometimes consume jocular, rapid handmade sex. The smoke would come out like a jet, expelled and propelled densely from our mouths and noses. These were very heavy times. The so called Modernity was already dead, over-killed by the horror and nonsense of the war which had ended only fourteen years before. But the ordinary people had forgotten the dead. We are lazy and slow. Each generation must start from the beginning and learn for itself. It’s not stupidity, it’s distraction; life makes us forget so that we can invest our energy in the business of living. Italy then had great passions, ideals and practical goals to achieve: smoke was absolutely necessary, it was so natural and it connected so naturally to things.

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First, there was the American smoke during the years of Liberation. It was a blond and sweet tobacco that pervaded the air after the lean years of autarchy. Then there were the passionate, political years with its ideological smoke which, as everyone knows is black and filterless, black finger tips and poor, needle-smoking-times. It was for serious smokers only. I was a teenager then and I knew that women were looking for men that acted like real men. I would do my best and buy, two, three, five cigarettes, never an entire package and hide them on top of a cup- board in my room. I would smoke my Camels in front of the girls or in crowded trains and bars always holding my head like Bogart. All around me they were making a nation. Nobody would talk about cancer. Smoke then was not linked to hospitals, and statistics but to true love, beauty and romantic Hollywood deaths. Smoke was a social link at a lower and more popular level. And the offering of the small, round, white cylinder or the fire to go with it was enough to initiate a (hi)story. I never liked home-made cigarettes just as today I dislike domestic wine.

Cigarettes have to be identical, anonymous, inter- changeable, reproducible ad infinitum. I have always been obsessed by the different shapes, colors and names of objects surrounding me but a cigarette always remained a cigarette, it was immutable. People now are rolling them not for rebellious or economic reasons. They are simply searching for something personal, something upon which to leave their imprint. They content themselves with their own rolled cigarette. The majority however refuses and cannot tolerate smoke. It makes them feel guilty, they suffer a cosmic guilt. Society holds no vision, no real enemy, no future. So they hate smoke which is the target of their emptiness, their frustrated sense of morality. People need a passion now that the great ideals and battles are over, an organized and scheduled passion against nuclear death, pollution death, smoke death. People think that the body now has to be saved since the soul is already gone. Mass unhappiness. Nowadays the multitudes show the same sensibility and anguish once shown by the isolated artist.

Millions are suffering the poet’s sufferance. But it is not the same. Can smoking, this modern and progressive vice, save us from the insidious inflation of melancholy? Can the noise of the flintstone wheel percussed by the yellow thumb regenerate the heavy sense of life that used to possess humanity? Can the witty flame of a lighter and the burning of a gentle tobacco make times roar again? I’ll try. Rest assured, I’m not a nostalgic, nor a conservative, nor a man of principles, my faith has always been weak… But now I cannot tolerate anymore this outrageous attack against modernity. I confess, smoking was my last political gesture, my last hope in mankind, my last action, my last intention. So I will try, I’ll take out a hidden package of twenty Camels, I’ll open it slowly with shaking fingers, and then the bold, shiny Ronson will click. Smoke will appear in a spring afternoon and fill the sunny basement with floating gray-blue forms, and modernity will be safe, for a while.

(First published in ViceVersa magazine N. 18-19, June 1987)

Blu (la notte che siam morti di peste)

Giuseppe A. Samonà

bleu[1]Scende giù in vestaglia tutta scarmigliata lungo il viale che attraversando il bosco collega la sua casa alla nostra, agita un giornale, urla : Il colèra! il colèra! Ed effettivamente la prima pagina dice che a Napoli ce ne sono tre o quattro casi, forse dieci, e le cozze, il vibrione, il panico. Ma se a Napoli è così, cosa succederà a Palermo ? (ulula lei, dilatando l’ultima parola come una terrificante voragine : Palieaimmo…) Palermo, lo sanno tutti, è una Napoli più piccola e violenta, di arcaica, perniciosa isteria, pullula di picciriddazzi polverosi, c’è la milza che puzza di sangue, ci sono i ricci che si vendono per la strada – ne abbiamo fatto una scorpacciata la sera prima, li ha portati lo zio  – e mill’altre schifezze marine, che si mangiano sempre e solo crude (la milza che puzza, picciridazzi, scorpacciate di ricci, pazzi ! pazzi ! pazzi !…). L’epidemia è certa. Hanno già bloccato le navi verso il continente, i treni, da e per, “ da ” soprattutto, e anche la nave, ché mentre stiamo parlando decine, anzi centinaia di morti si ammonticchiano nella stessa Napoli : anche se ovviamente sul giornale, che lei continua a sventolare come una prova, questo non può ancora esserci scritto. Gli altri adulti sembrano scettici : alcuni per spavalderia (il famoso zio arrivato da Palermo annuncia pomposamente che lui tornerà presto in città, perché ha voglia di molluschi vivi, di quelli che bisogna affondarci i denti per domarli, a Mondello, sul lungomare), altri per esorcizzante timore : … e comunque lavatevi le mani, bambini… E tutti più o meno bonariamente la sfottono : il giornale invita alla calma e lei, non da oggi, ha fama di essere un’esaltata – Cassandra, Cassandra… Tutti, ma non noi bambini : corriamo a lavarci le mani e poi eccoci di nuovo fuori, all’ombra del gelso, accucciati ai suoi piedi, sempre i capelli scarmigliati, lei, agitata, la vestaglia semiaperta, ad ammonticchiare morti e disastri per le vie di Napoli, anzi di Palermo, cioè Paleaimmo, scene di orrore, fiumi di fluidi e di merda, e poi orde di topi, i famosi voraci immondi topi ri Paleaimmo – il colèra ormai è peste –  carretti pieni di cadaveri, a volte ancora vivi, o agonizzanti, o sepolti lì per sbaglio, tirati da uomini bavosi, più bava che uomini, con un campanaccio, demoni ghignanti che il morbo ha risparmiato, l’apocalisse. Ipnosi del terrore, il nostro – o anche: attrazione fatata… Noi, i bambini, siamo la tribù, formiche ma volanti in sciame, rapide come la notte, ed è troppo forte quel sentimento dentro di noi, non possiamo neanche far finta che non sia così, anche se certo lo nascondiamo, per paura che ci prendan per pazzi, ci separino, e facciamo il viso spaventato, ammutolito, ad arte, solo di tanto in tanto, al momento opportuno, quando il racconto sembra sul punto di assopirsi sazio, soddisfatto, una domanda semplice, un’esca, ora l’uno, ora l’altra: ma sei sicura ?,  per riaccendere il flusso, le ondate di dolori, di merda, di morte, mentre il giallo del pomeriggio che avanza si scioglie nell’azzuro del cielo, nel verde, nel rosa, nel rosso del lontano orizzonte marino, insieme si mischiano con l’ultima luce del sole, l’affacciarsi delle prime stelle, a comporre un colore mai visto prima: blu – e una carezza tiepida, dolce ci avvolge. Nous sommes comblés.

È dunque questa la felicità ? Bambini che gridano mamma, mamma mentre il carro si allontana ? e quelli morti ? Gli adulti ? La desolazione altrui ? La disperazione ? No, certo che no, non è così – eppure  (come spiegarlo ?), la coscienza tranquilla, non sentiamo dentro di noi nessuna indignazione, nessuna colpa, ma fuori (sentiamo), sul tetto, i ghiri che passeggiano avanti e indietro. È buio ormai, le stelle il cielo il mare lontano si sono inghiottiti a vicenda, non più mare, non cielo, non stelle, ma (com’è possibile?) è rimasto quel blu, ed è solo, ed è tutto, è come un suono continuo, visibile, un’impenetrabile, avvolgente sfera, con noi dentro, è blu. Ci siamo rifugiati su in soffitta per osservarlo meglio, sdraiati, attraverso la grande finestra obliqua, la tribù è al completo, e i nostri pensieri anche corrono avanti e indietro, come all’unisono, e stentiamo ad addormentarci : sì, siamo felici. Fuori, i ghiri passeggiano avanti e indietro, li sentiamo, e anche i nostri pensieri sentiamo, bum… bum… bum…, come se tutti insieme fossimo una sola grande testa, a disegnare gli eventi straordinari che muteranno, come in un sogno, la routine della vita : partire dalla Sicilia assolata, dove viviamo tutti insieme, comunità di bambini e adulti che solo e sempre giocano fra di loro, per di nuovo separarsi, scuola, lavoro, non più tutti insieme, crescere (è questa la vita)… ecco, questo sarà, è, oramai, impossibile. Siamo assediati – e la spianata, il Castello con i suoi sentieri che ramificano per abbracciare gli altri nostri possedimenti (qui siamo solo fra di noi a correre per i sentieri, e lo spazio sembra infinito) diventa nella nostra immaginazione una terra inattaccabile, dove è sempre estate e che non conosce la malattia e la morte, né il tempo che passa. E poi, pensiamo (sempre), e le nostre mani si stringono a formare una catena umana, e quei pensieri son parole senza bisogno di essere dette, se ci attaccassero (la malattia, la morte, il tempo che passa), combatteremmo: non è forse quello che avevano fatto Aiace, Achille, le Amazzoni, le cui amate avventure si intrecciano da sempre con le nostre ? (Ci anima, va da sé, Il domator di cavalli, ma il suo nome non si può pronunciare, o scrivere: siamo Troiani…) Vivremmo, in quel caso, ma da eroi, combatteremmo insieme, il pericolo della natura ci unirebbe, fra scherzi e prodezze vivremmo – vivremmo, sì, da eroi, fra dèi e deesse, o da eroi moriremmo : e tutti intorno a chi muore per strofinarlo, blu diventa il suo corpo, colore che sfuma, e sfumando diventa blu anche chi soccorre, è un’onda blu che dolce si propaga, ora che l’altro è morto soccorrono lei, lui, e si confonde con gli altri, che galleggiano come tanti iceberg,  di nuovo tutti insieme, nel mare nostro, ed il cielo, le stelle: blu. Isolati, bloccati, attaccati, e combattiamo, il morbo, i l  n o s t r o  l u o g o, quel luogo magnifico, ma siamo caduti, la malattia, l’amore è più forte, o forse no, blu, sì, moriremmo, infine, o moriamo, stiamo morendo, le nostre mani sempre annodate in catena come in un quadro perenne,  morendo… m o r e n d o … E finalmente – ma come? ma quando? – insieme lo sciame si adagia, ci addormentiamo, il rumore dei ghiri ci culla, i pensieri diradati son diventati un unico sogno, quel senso di carezza tiepida che ci avvolge. Siamo blu.

Questo era molti anni fa – perché sì, per fortuna l’epidemia finì per esser poca cosa, anzi, non è neanche veramente iniziata, siamo tornati nel continente dopo pochi giorni, l’estate è finita, il tempo ha ricominciato a scorrere normalmente, e normali, benevoli, son tornati i colori. La tribù si è sciolta, si è dispersa nel mondo e nella vita, molti son morti veramente, anche se non di peste, nessuno comunque è più tornato al Castello. Ma (è strano?) quando mi è capitato negli anni di rincontrare qualcuno di quegli antichi eroi, che fosse dentro l’agone, a comandare uomini e cose, o ritirato a coltivare il suo orto, come per incanto, invece di indagare sui nostri rispettivi destini, subito, sempre, ci siamo ritrovati a rievocare quella notte. Come un apice d’irraggiungibile felicità. Blu.

Vita da pollo

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-images-white-chicken-image10409889Giuseppe A. Samonà

Corro in moto, è sera, l’aria mi accarezza fresca, piacevole, profumo di campagna. Mi inebria, forse vado troppo veloce – l’ho vista all’ultimo momento, quell’ombra. Freno, cerco di deviare, e quasi ci riesco: ma come di striscio colgo qualcosa, e la moto sobbalza, colpita, ed io la trattengo, per non cadere. Mi fermo, due metri più in là, mi volto: per terra, piano, la “cosa” respira ancora, si muove. Dev’essere un gatto, penso – borbotto…-, e mi avvicino. Invece è un pollo, e vive, per fortuna. Vive: e mi guarda ansimando. Lo raccolgo (e lui trema), con le due mani, me lo porto al petto, per riscaldarlo, e mi sembra che i suoi occhi, rassicurati,  dicano: grazie. Già, ma che fare? La sua ala destra si è come dislocata, ed io con dolcezza provo a rimettergliela in posizione: funziona (glielo leggo, di nuovo, negli occhi). Pure, ancora, non riesce a camminare, zoppica, ché l’ala gli pesa. Così, decido di riportarlo alla fattoria – la s’intravede in lontananza (cioè, non s’intravede, ma una freccia lo dice: a due chilometri…). Di nuovo, lo raccolgo (docile, lui, si lascia raccogliere) e me lo raccolgo nel bavero, amorevolmente, solo la testa resta fuori. Poi, riprendo la moto, e timido, per non spaventarlo, mi avvio. Torniamo a casa, che gli dico (sì, oramai mi sono affezionato a quel pollo ferito). E lui, come fosse felice, mi guarda, si guarda intorno, assapora l’aria fresca, piacevole, profumo di campagna. Siamo amici.

La donna che mi accoglie, un donnone, ha gote rubizze, collo tozzo, e gambe e braccia, come il seno, robuste: È – penso – di selvaggia bellezza. E le dico: Si dev’essere perso…, forse vi appartiene.  Mentre, con gesto amorevole, le porgo il mio pollo ferito.

Eccolo, finalmente – dice lei, allungando amorose le mani. E raccoltoselo al seno con gesto sapiente rapida gli tira il collo. E lo uccide.

Heurs et malheurs d’un poulet

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-images-white-chicken-image10409889 Giuseppe A. Samonà

C’est le soir, je roule en moto, l’air frais me caresse agréablement. Je suis comme enivré par les parfums de la campagne, je vais peut-être trop vite – cette ombre, je l’ai vue au dernier moment. Je freine, j’essaie de dévier, j’y parviens presque: mais je touche quelque chose sur le côté, la moto fait une embardée, je la retiens pour ne pas tomber. Je m’arrête deux mètres plus loin, je me retourne: par terre, doucement, la “chose” respire encore, elle bouge. Ce doit être un chat, me dis-je, et je m’approche. Mais non, c’est un poulet, et il est vivant, par chance. Il est vivant et me regarde, haletant. Je le soulève des deux mains (il tremble), je le serre contre moi pour le réchauffer, et il me semble que ses yeux, rassurés, me disent: merci. Mais que faire? Son aile droite paraît disloquée, j’essaie délicatement de la remettre dans sa position: ça marche (de nouveau je le lis dans ses yeux). Mais il n’arrive toujours pas à se mettre sur ses pattes, son aile lui pèse. Alors je décide de le ramener à la ferme qu’on entrevoit au loin (en fait on ne l’entrevoit pas, mais une flèche l’indique: à deux kilomètres…). Je le soulève à nouveau (et lui, docile, se laisse prendre), je l’enveloppe dans mon écharpe, amoureusement, seule la tête reste dehors. Puis je reprends la moto, et timidement, pour ne pas l’effrayer, je me mets en route. On rentre à la maison, lui dis-je (oui, je me suis désormais attaché à ce poulet blessé). Et lui, comme heureux, me regarde, regarde autour de lui, il goûte l’air frais, agréable, le parfum de la campagne. Nous sommes amis.

La femme qui m’accueille est grande et forte, elle a les joues rubicondes et le cou épais, les bras et les jambes, comme la poitrine, robustes – une beauté sauvage, me dis-je… Et je bredouille: il a dû se perdre… il est sans doute à vous… tout en lui tendant d’un geste amoureux mon poulet blessé.

Le voici, enfin – dit-elle en avançant amoureusement les mains. Elle le saisit, le serre contre elle et d’un geste sûr, rapide, lui tord le cou. Et le tue.

(GS/SJ)