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Fujaïrah

Michel VaïsAl Fujairah Mono Drama Festival

Ma journée du 20 janvier (jour de mes 66 ans), écourtée de 9 heures par le décalage horaire, s’est passée en 14 heures de vol plus 5 heures d’escale à Londres. Mon avion a touché le tarmac de Dubaï à minuit pile. Il tombait une petite pluie insignifiante – un crachin doux – qui rendait les gens tout excités, parce que la dernière «pluie» date de «seulement» onze mois. D’habitude, il ne pleut pas plus qu’une fois par année.

De Dubaï, un taxi m’a amené en une heure trente à Fujaïrah, le plus petit des sept émirats, qui est à 150 km, sur le golfe d’Oman. De ma chambre de l’hôtel Radisson Blue, je vois les piscines et la mer. Sur la plage déambulent autant des filles en bikini que des femmes en burka. Certaines vont même se baigner tout habillées dans les piscines, malgré un écriteau demandant de se baigner avec aucun autre vêtement qu’un maillot de bain. (En principe, cela signifie qu’on pourrait se baigner à poil… mais je n’ai pas encore vu de seins nus.)

La clientèle est internationale: Italiens, Russes, Allemands, quelques Français. Aux Émirats Arabes Unis, il y a très peu d’émiratis (que l’on appelle ici les «locaux»). Selon mon chauffeur de taxi, pas plus de 5%. Les autres sont des étrangers: Pakistanais, Indiens, Sri-Lankais, Philippins… On leur accorde un permis de travail renouvelable ad vitam æternam tous les trois ans, et on leur retire leur passeport. Ils peuvent s’enrichir, posséder maison et auto, mais jamais ils ne deviendront émiratis.

On m’a dit que sur les vrais citoyens des émirats, seulement 3% travaillaient. Les autres vivent de leurs rentes, conduisent leurs mercedes, voyagent ou baisent dans leurs harems. Ils reçoivent des terres gratuites pour construire leurs maison, reçoivent de l’argent de l’État chaque fois qu’ils se marient (ils peuvent le faire plusieurs fois) et aussi pour chaque nouvel enfant.

Le directeur du Fujairah International Monodrama Festival est aussi le maire de la ville (130 000 hab.) et le secrétaire général de l’Institut international du théâtre. Un type bien sympa et rigolo. Il essaie par tous les diables d’amener des jeunes gens à ses spectacles, qui sont surtout fréquentés par des dignitaires et autres invités d’honneur de tous azimuts. Au Festival, il y a des pièces d’Arabie Saoudite, d’Azerbaïdjan, de Syrie, du Royaume-Uni (un solo mis en scène par Brook, sur les Frères Karamazov), d’Égypte, de Jordanie, de Pologne, du Liban, d’Allemagne, des Émirats Arabes Unis et de Lituanie (l’Amant de Marguerite Duras: une petite merveille!). La première pièce a été jouée par une actrice marocaine et mise en scène par une Saoudite. Ensuite, un acteur azéri a joué une pièce autrichienne. Un solo de Shakespeare, Desdemona, sera interprété par une Polonaise vivant en Australie. Le monde n’a jamais été aussi petit…

La langue d’usage au pays est l’anglais, car la plupart des étrangers ne connaissent pas l’arabe. À la réception de mon hôtel, arrivé en pleine nuit, j’ai dû traduire les chiffres que demandait mon chauffeur de taxi (pakistanais) pour être payé de sa course: les réceptionnistes philippins discutaient en espagnol entre eux et en anglais avec moi et le chauffeur, mais le représentant du Festival de théâtre sorti de son sommeil pour allonger le fric ne parlait que l’arabe…! Heureusement, je connais les chiffres en arabe… Cocasse, non?

Michel Vaïs
Écrivain et rédacteur émérite de la Revue de théâtre Jeu de Montréal.

Un chien est un chien, merde!

 Giuseppe A. Samonà

Dog Sleeping

Au Guatemala il y a des lacs, des Indiens, quelques touristes, et aussi un chien. Pour le trouver, il suffit de suivre les instructions.

On arrive en bus (les touristes) jusqu’au bord de l’eau (le lac), qui, par ailleurs – on va vers l’heure du couchant – se confond avec le ciel, les rares nuages: c’est rouge, violet peut-être, avec une touche de bleu, et au fond une chaîne de volcans. Et on prend un petit bateau pour arriver jusqu’à l’un des villages qui bordent la côte. Amen.

On grimpe en short vers le sommet, par des sentiers tortueux, tandis que les Indiens, vêtus de couleurs vives, descendent en groupes par les mêmes sentiers, ils chuchotent en riant, et ils demandent: pourquoi montes-tu? Une fois en haut (il y a aussi une église plus longue que large, toute blanche) on se laisse glisser en bas – et les sentiers sont toujours les mêmes – pour croiser de nouveau les Indiens qui à présent remontent comme en volant vers le sommet, et ils chuchotent en riant, et ils demandent: pourquoi descends-tu?

On va vers l’heure du couchant qui n’arrive jamais – le soleil, mourant, oblique, illumine encore, et, encore puissant, inonde tout. Sur la grande place que prolonge l’eau du lac – confondue avec le ciel, rouge et violette avec une pointe de bleu – sommeille, étendu sur le flanc, un petit chien – minuscule. Il attend, heureux dans la tiédeur, que finisse le jour. A chaque respiration son ventre un peu gonflé se soulève et son gracieux petit corps laisse apparaître le dessin de ses côtes. Il est petit, ce chien, encore plus petit sur cette grande place prolongée par l’eau et le soleil mourant.

Un tableau. Dans l’angle opposé, au sommet du sentier tortueux, un beau chien de race. Inattendu, imprévu – énorme. Il se tient tout en haut, dominateur, et surplombe la scène, immobile et attentif.  Il voit au loin l’eau et le ciel, la place inondée de soleil, avec le petit chien. Le temps d’un éclair – il a commencé la descente. Le beau chien de race caracole fièrement, tel un cheval lancé au galop, vers la place, vers le petit chien – qui sommeille, ignorant de tout. Il est de plus en plus énorme à mesure qu’il s’approche: l’écume aux babines, il saute par- dessus la barrière qui entoure la place, ses pattes musclées, léonines, dévorent le sol, soulèvent la poussière – cependant que dans l’angle opposé, au fond de de la place, sommeille toujours le petit chien, ignorant de tout, petit, de plus en plus petit. Petit.

Encore quelques mètres, bribes de temps, de vie. (…Et Achille s’approchait, immense, tel Ényale, le dieu guerrier…) Quand tout à coup le petit chien ouvre les yeux et bondit en avant, en aboyant. Furieux. L’autre, l’énorme chien, freine, ses pattes labourent la terre, dans une déflagration de poussière, de terreur, de défaite. Enorme, de plus en plus énorme, il se détourne et s’enfuit avec à ses trousses le petit chien furieux qui toujours aboyant l’a presque rejoint. Ils atteignent ainsi la barrière qui entoure la place, l’énorme chien la franchit d’un bond – le petit alors s’arrête, s’asseoit, et le regarde disparaître à l’horizon. Puis il regarde l’eau et le ciel, tranquille. Il est humble et petit, de plus en plus petit, il trottine, un peu bancal, vers l’angle le plus reculé de la place, celui d’où il était parti. En arrivant il flaire l’endroit, le reconnaît, arrange d’une patte la terre déplacée par l’incident, et se laisse mollement tomber sur un flanc pour sommeiller à nouveau, heureux dans la tiédeur rouge violette bleue qui finit, et ne finit jamais.

Immortelle agonie.

(Appendice afro-oriental. A Memphis, en basse Egypte, j’ai rencontré à nouveau le petit chien du Guatemala: mais plus de cinq mille ans d’histoire en ont calmé les ardeurs. Il est blotti au pied du Sphynx d’Albâtre, immobile et indifférent au flot incessant de touristes qui défilent à ses côtés, ou stationnent  devant lui, comme s’il était là depuis toujours, avec la même majestueuse simplicité, sourd à la rumeur du monde du grand Ramsès qui repose à quelques pas de là.)

***

P.S. (pour les italophones) – se mi trasporto (traduco?) nella lingua in cui sono nato quel ricordo, o invenzione, sogno, non so perché si dispone in altra maniera. Innanzitutto, c’è la voce dell’autista che, appena varcata la frontiera, urla raccattando la gente per la strada: Guate, Guate (è così che la chiamano, i Guatemaltechi, la loro capitale). Poi, un altro autobus che dalla Ciudad capitale riparte arrancando per strade impossibili. Infine, quando la vera avvenura comincia, è un altro il titolo che mi viene da darle, anche se in fondo il senso è lo stesso:  Un cane è un cane, diavolo!

Non solo in Oriente si scalano le montagne

In Guatemala ci sono laghi, Indiani, qualche turista, e anche un cane. Per trovarlo, basta seguire le istruzioni.

Si arriva con un autobus (qualche turista) sul bordo dell’acqua (il lago), che per altro – si va verso il tramonto – si  confonde con il cielo, le nuvole rade: è rosso, forse viola, un po’ azzurro, con sul fondo una catena di vulcani. E si prende una barchetta per raggiungere uno dei villaggi (gli Indiani) che popolano la costa. Amen.

Ci si arrampica in pantaloni corti verso l’alto, per sentieri tortuosi, mentre in vestiti colorati gli Indiani, per gli stessi sentieri, sciamano verso il basso, ridendo, e parlottano – chiedono: perché sali? Giunti in cima (e c’è pure una chiesa più lunga che larga, e tutta bianca), si rotola verso il basso – e i sentieri sono sempre gli stessi -,  per di nuovo incrociare gli Indiani, che ora volano verso l’alto, ridendo, e parlottano – chiedono: perché scendi?

Si va verso il tramonto, che non viene mai – il sole, morente ed obliquo, illumina ancora, ed inonda, ancora potente. Sul grande piazzale che l’acqua del lago lambisce – confusa col cielo, di viola e di rosso, azzurrati -, un piccolo cane, minuscolo, sonnecchia sdraiato su un fianco. Aspetta, beato al tepore, che il giorno finisca, e la pancia un po’ gonfia si muove al respiro, disegnando le coste del suo gracile, piccolo corpo. È piccolo, il cane, ancora più piccolo in quel grande piazzale lambito dall’acqua, e dal sole che muore, potente.

Un quadro. Con nell’angolo opposto, in cima al sentiero tortuoso, un bel cane di razza. Inatteso, improvviso – ed enorme. Sta in alto, padrone, e dall’alto sovrasta immobile, attento, la scena. Vede, in lontananza, l’acqua ed il cielo, il piazzale assolato, il piccolo cane. È un attimo – la corsa, la discesa è cominciata. Il bel cane di razza caracolla fiero enorme come un cavallo lanciato al galoppo verso il piazzale, verso il piccolo cane – che ignaro sonnecchia.  È avvicinandosi enorme, sempre più enorme: travolge, salta, la bava alla bocca, lo steccato che delimita il piazzale, le sue zampe muscolose, leonine, divorano il terreno, sollevano la polvere – mentre nell’angolo opposto, in fondo al piazzale, il piccolo cane ignaro sonnecchia, ed è piccolo, sempre più piccolo. Piccolo.

Pochi metri ancora, briciole di tempo, di vita. (…E s’appressava Achille gigante… gli fu vicino, simile a Enialio guerriero…) Quand’ecco che il piccolo cane apre gli occhi, improvviso, e scatta. In avanti, abbaiando. Furioso – mentre l’altro, l’enorme, frena, le zampe a solcare la terra, in un fuoco sorpreso di polvere, sconfitta, e terrore. E enorme, sempre più enorme, si volta, e fugge – con il piccolo che furioso lo insegue, abbaiando, e oramai lo ha quasi raggiunto. Così, arrivano allo steccato che delimita il piazzale, e il cane enorme lo scavalca di slancio – il piccolo, allora, si ferma, si siede, e lo guarda scomparire all’orizzonte. Poi, quello scomparso, guarda l’acqua, ed il cielo, tranquillo. E piccolo, sempre più piccolo, un po’ dimesso, trotterella sbilenco verso l’angolo estremo del piazzale, da cui era partito. Arriva, annusa, riconosce, ridispone con una zampa la terra smossa dagli eventi, e si lascia cadere mollemente su un fianco, riprendendo beato a sonnecchiare nel tepore  rosso viola azzurro che finisce, e non finisce mai.

Immortale agonia.

(Postilla afro-orientale. Ho riincontrato a Menfi, Basso Egitto, il piccolo cane del Guatemala: ma cinquemila  e più anni di storia ne hanno placato gli ardori.  Se ne sta accucciato ai piedi della Sfinge di Alabastro, immobile e indifferente all’incessante flusso di turisti che gli passano accanto, o gli sostano di fronte,  come se stesse lì da sempre, con la stessa maestosa semplicità, e indifferenza ai rumori del mondo del grande Ramses, che a pochi passi come se da sempre immobile riposa.)

***

P.S. (per i francofoni) – si je retourne à la langue dans laquelle je vis depuis ma jeunesse,  ce souvenir, cette histoire, ou peut-être ce rêve, se dispose je ne sais pourquoi d’une autre façon. Il n’y a pas de frontières, pas de chauffeurs qui hurlent Guate, Guate (c’est ainsi que les Guatémaltèques appellent leur capitale). Il n’y a pas non plus l’écho de l’Orient et de ses hautes montagnes… on est là, tout de suite, en train de grimper, et c’est lui, le petit chien, qui déjà avec le titre s’impose avant toute chose. Pour en savoir plus, retourner en haut de la page

(Avec la complicité de Sophie Jankélévitch, pour le parcours en français)

FIPA 2014 : Scandinavie-Allemagne, blanches lumières du nord

 Roberto Scarcia

Arvigegne

La série danoise Arvingerne (The Legacy) de Pernilla August a remporté le FIPA d’or du meilleur scénario dans la section : “Séries de télévision”. Les deux premiers épisodes de la série présentés à Biarritz s’ouvrent avec la mort d’une artiste riche et célèbre qui laisse son beau château à une fille illégitime qui gagne la vie en vendant des fleurs. La jeune femme   encore sous le choc de la découverte de son identité, est catapultée dans les méandres des relations avec ses demi-frères et sœurs : les enfants « légitimes » de la grande artiste. On devine les problèmes de succession qui s’étaleront au grand jour dans les épisodes suivants. The Legacy incarne techniquement le genre de la série télé à son meilleur : l’exploration de personnages divers sur des temps longs marqués par des épisodes différents qui permettent un approfondissement des personnages et des situations  qui évoluent au gré des événements et qu’il est difficile de construire dans un simple long-métrage. Il faut le reconnaître, The Legacy confirme la puissance et l’inventivité des séries scandinavesPass Gut auf ihn auf, veut dire en allemand « prends-toi soin de lui » . Avec ce film, Johanne Fabrik a obtenu le FIPA du meilleur scénario dans la section des films de fiction. Il s’agit de l’histoire d’une jeune femme qui se sachant atteinte d’un mal incurable,  va chercher à rabibocher  son mari plus âgé avec son ex-épouse. Vu  sous cet angle culturel, c’est un film stimulant. Je suis tenté de dire, avec un respectueux clin d’œil aux intéressés que si Martin Luther avait été cinéaste et non pas pasteur,  il aurait pu s’appeler Johannes Fabrik, si ce dernier n’était pas né à Vienne, ancienne capitale de la très catholique maison des Habsbourg. Difficile en effet  de ne pas voir un  emprunt religieux dans la jeune femme qui face à la mort imminente (punition divine peut être?) fait une analyse de conscience et sent d’avoir commis un pêché : « je l’ai séduit et pour moi, c’était un jeu » dit-elle « et j’ai gagné ». Et que dire de l’ex-femme du mari qui lui reproche de lui avoir piqué l’homme aimé lorsque celui-ci était « en pleine crise de la quarantaine ». Détail  qui à son importance. devinez  la profession de la première femme ?  pasteure luthérienne ! Mais au-delà des thématiques de la solitude protestante face au vide de la maladie, sans le filet de protection du sacrement de la confession catholique, et au-delà du vertige de la recherche de la rédemption individuelle, ce film permet de dénicher d’autres aspects intéressants dans l’arrière-plan de l’histoire du film. Le mari part souvent travailler en Scandinavie et on ne remarque pas de clivage culturel entre l’allemand et les scandinaves,  si ce n’est  par la différence entre langues sœurs de souche germanique. En d’autres mots,  allemands et scandinaves se traitent entre pairs ; l’allemand est un professionnel et la terre scandinave est le lieu de son travail, non pas un endroit pour se reposer, pour faire la fête, comme souvent sont portraiturés  le pays du bassin méditerranéen. Nuance fondamentale  aujourd’hui  où l’unité européenne bégaye. Peut être est-il  temps de penser une refondation de l’idéal européen en commençant par une première unité partant des similitudes culturelles : Allemagne et Scandinavie germanophones et luthérienne au nord, Italie et Espagne latines et catholiques au sud. Quant à la France  qui se trouve au centre de toutes ses influences  mais ne participe ni à l’un , ni ni l’un ni l’autre, et bien elle est à part:  c’est peut être ça au fond « l’exception française ».

LA GIOVANE ITALIA

Lamberto Tassinari

 

Photo: Pierlucio Pellissier
Photo: Pierlucio Pellissier

Di Matteo Renzi so pochissimo ma a guardarlo (un viso arrogante curiosamente British) e sapendo quel pochissimo, mi si forma, per usare una metafora animale, l’immagine di un galletto. Per quello che voglio dire ora però mi basta poco, mi basta sapere che Renzi è nato nel 1975 e che dunque ha meno di quarant’anni. Un presidente del Consiglio che ha meno di quarant’anni è una novità assoluta nell’Italia repubblicana, situazione che un giornale tedesco definisce “stagnazione ad alta velocità”. Come Obama è venuto dal nulla, come per Obama il fatto di essere un nero è stata una rivoluzione in sé per gli USA così la gioventù di Renzi è un fatto rivoluzionario nel paese della gerontocrazia. Come è potuto succedere? Se sarà la fine dell’immobilismo italiano resta da vedere, di certo c’è la nuova cultura di questi italiani trentenni. Più della generazione precedente la generazione cui appartiene Renzi ha viaggiato molto ma soprattutto ha studiato e lavorato all’estero senza per questo “emigrare” irreversibilmente come per le storiche ondate postunitarie e postbelliche. E all’estero, come racconta così espressivamente una spietata vignetta di Altan, si fanno esperienze formative: due signori si incontrano, quello senza valigia dice “Dove va?” e l’altro con la valigia “ Vado all’estero a farmi prendere un po’ per il culo”. Ecco, i giovani di Renzi come gli omini di Altan, all’estero si sono anche fatti prendere per il culo. Vivere all’estero soprattutto nel ventennio detto di Berlusconi, quando l’ironia sull’Italia particolarmente in Europa è cresciuta in modo esponenziale e è diventata pesante, ha operato come una terapia su alcuni che per la prima volta hanno visto l’Italia da fuori. Hanno visto la mancanza di dignità, hanno riconosciuto le maschere antiche di un’eterna commedia dell’Arte: una penosa “cultura” che scende dall’alto e investe la base (o viceversa?). Hanno lasciato l’Italia a decine di migliaia, non una fuga dei cervelli come ancora stupidamente continuano a titolare i giornalisti che restano, ma una fuga di stomachi più o meno rivoltati, indignati. Anch’io sono partito nel 1981 per le loro stesse ragioni, quando i fenomeni repellenti dell’era berlusconiana stavano appena emergendo. Fuggire da una società immobile dove ogni attività, dalla cultura alla scienza, dall’arte all’industria è in mano a fazioni e partiti dominati da vecchi baroni, era la cosa da fare. Inevitabile lasciare un paese profondamente “politicizzato”, estremo, massimalista a destra come a sinistra, dove niente cambia, immobile come la sua bellezza. Esempi di immobilismo? Uno per tutti: le regioni, la cui istituzione fu sancita dalla Costituzione nel 1948, sono state attuate, male, solo nel 1970! Si tratta di un ritardo di destra o di sinistra? La verità è in questo caso evidente e forse sarebbe bene che gli italiani l’affermassero, l’accettassero e l’assumessero collettivamente e in modo ufficiale: in Italia i politici, di destra come di sinistra, sono stati incapaci di riformare anche perché la maggioranza degli italiani non vogliono cambiare. Paul Ginsborg storico dell’Italia di sempre, da generoso pedagogo com’è, si ostina a credere nei propri allievi vagabondi. Nel 1998 dava credito agli italiani e riteneva che «non esisteva alcun handicap permanente che gravasse sulla storia recente del Paese.» Dodici anni più tardi non aveva cambiato opinione e scriveva “Naturalmente non attribuisco a nessuno di essi [quattro grandi pericoli da cui l’Italia moderna deve essere tutelata] valore di tara, non li tratto come componenti irremovibili, ‘antropologiche’ o permanenti”. Ma da dove nascono allora quelle che lui stesso individua come le più gravi «carenze strutturali» di cui soffre l’Italia se non da tare? Giacomo Leopardi lo sapeva già nel 1824 e così Giulio Bollati che nel 1972 ce lo ridice e lo ripete nel 1983 in quello splendido libro che è L’italiano.

Oggi un giovane si impegna a far muovere l’Italia, a cambiare gli italiani. Non è il primo che prova a smuovere il paese delle “sabbie immobili” come Giuseppe Pontiggia definì una volta l’Italia.

Post Scriptum: Voglio precisare che non credo nelle nazioni, figuriamoci nel “nazionalismo” di Renzi o di chiunque altro dentro o fuori d’Italia. Solo che le cose nella Penisola sono così serie – economia, ricerca, gestione della cosa pubblica – che qualcosa deve davvero succedere per far uscire dallo stato di coma una società disastrata. L’avvento improvviso di Renzi realizza oggi il compromesso storico reale. Per non smentirsi, l’Italia lo partorisce quarant’anni dopo quello “ideale” solo annunciato, di Berlinguer e Moro. È un patto tra ciò che era “realmente” la Democrazia Cristiana (Berlusconi) e quelli che erano “realmente” i comunisti Italiani (Renzi). In sostanza democratica le cose in Italia non stanno poi peggio che altrove. Quella italica è una commedia non scritta, improvvisata, dell’Arte, appunto. Altrove ci sono dei testi scritti. Ma la sostanza, ripeto, è la stessa: la democrazia è un nome, un work in progress a cui però nessuno sta lavorando.

© Foto: Pierlucio Pellissier

John Weldon Cale, alias JJ Cale, The Quiet Guitar Hero Has Gone

Karim Moutarrif 

http://seventiesmusic.files.wordpress.com/2013/08/jj-cale-okie.jpgRien ne sert de courir, JJ Cale a rejoint les Prairies des Grandes Chasses, auprès du Grand Manitou au mois de juillet, au moment où on met la faux au sillon. J’ai pleuré ce doux et discret personnage.

Merci de m’avoir distillé pendant des années une musique humaine et sans violence. Merci de m’avoir fait rêver quand j’étais au bord du désespoir entrain de croupir dans une dictature. Merci de m’avoir fait sourire juste en me délectant de tes mélodies. Merci de m’avoir inspiré dans ma propre musique.

Thank you for giving me an endless human music without violence.  Thank you for making me dream when I was at the edge of despair, broken down by dictatorships. Thank you for making me smile with your pure delightful melodies. Thank you for  inspiring me and my music.

 JJ Cale est mort et ce fut un coup dur pour moi. Comme pour Rachid et apparemment Abdellatif aussi. Et tous ceux qui l’aimaient. Là-bas en Afrique.

Un mur de mon édifice s’est effondré, un pan de ma vie s’est écroulé, un bout de ma vie. Il fallait que je partage ce deuil immense avec des adeptes. Depuis quelques décennies déjà, un demi-siècle pendant lesquels il a égrené ses  quinze albums. Jamais pressé le lazy man. Poussant la fumisterie jusqu’à donner des numéros pour  titre à certains de ses albums

It happens! Des fans francophones, perdus en Afrique du Nord, le savait-il? Avant de commencer à écrire j’ai voulu consulter mon ami Rachid, pour faire le point sur les décennies de dévotion à ce bonhomme qui n’avait pas le look. Car on ne peut pas dire que dans le profond des États, l’élégance soit le fort, vu les lignées de paysans que l’Europe avait expurgé vers les « Amériques ». JJ Cale était un rustre mais il s’en tapait, la gloire ça le faisait c….Il chantait  I’m a gypsy man avec ses solos nasillards qui on finit par devenir sa marque de commerce. C’est l’air qu’il avait quand il débarqua au festival de jazz de Montréal, au début des années 90. Avec un percussionniste en guise de band et une Fender Stratocaster blanche. J’étais ému aux larmes, cela faisait déjà dix-huit ans que j’écoutais sa musique et je l’avais jamais vu sur scène.

Mon ami et moi cultivions secrètement le culte, de toute façon autour de nous peu de monde avait saisi le génie du bonhomme. Five, c’était 1979 , Don’t cry sister cry dans la Tanger de l’époque et les nuits blanches sur la plage.

 Nous aimions sa musique tranquille, son humilité, son comportement musical anti-cowboy. Du coup le rock devenait une balade tranquille. Et puis ça pouvait aller loin, à vous perdre, one step ahed of the blues ou carrément dans le jazz. Le premier morceau qui m’avait frappé c’était un titre très anodin, Hey Baby, de l’album Troubadour, un des premiers mais qui est un morceau à la croisée des chemins entre le blues le jazz et un rock très smooth ajusté à sa voix. Avec une ligne de cuivre discrète mais présente. Ce n’était pas une voix de crooner mais elle était chaleureuse, parlée ou chantée

Je commençais à comprendre que lui aussi était mortel mais je n’étais pas prêt. On n’est jamais prêt pour ces choses là. Je voyais bien la marque du temps s’imprimer au fur et à mesure que le celui-ci se déroulait, sur son visage sculpté.

Je suis d’accord avec Neil Young quand il le situe près de Jimi Hendrix.  JJ Cale a été une machine créatrice phénoménale, dans la plus grande intimité. Sans tambour ni trompette. Celui qu’on appelait God, le fameux Eric Clapton a écrit “John Weldon “J.J.” Cale “is one of the most important artists in the history of rock, quietly representing the greatest asset his country has ever had.” Et pourtant, Clapton avait pris tout le lit. Après s’être servi du génie du Okie.

Il fut un des bâtisseurs du fameux Tulsa Sound avec, entre autres, un acolyte nommé Leon Russell. Celui là même qui l’avait entrainé loin de son Oklahoma natale vers Los Angeles et la Californie en 1964. Après un détour à Nashville.

“I love his style. I always thought of it as “lazy” music, because to me it’s so laid back and relaxing. One of my favorite JJ Cale songs… »  écrit un internaute sur http://www.warriorforum.com.

Le day sleeper a quand même accouché de plus de vingt albums et une bonne dizaine de morceaux qui marqueront à jamais la musique anglo-saxonne

“JJ was a perfect example of how a humble but extremely talented musician should live his life,” a dit Mac Gayden, parolier et musicien

Il est parti aussi discrètement qu’il est arrivé. Repose en paix John et merci d’avoir existé.