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Chiosa, Glose à “Euthanasie de l’aura”

Lamberto Tassinari

Link:http://viceversaonline.ca/2017/02/art-euthanasie-de-laura/

Provate (e sicuramente l’avete già fatto) a seguire settimanalmente le cronache letterarie e artistiche sulle pagine del vostro giornale o rivista. Se parlate più lingue avrete sicuramente fatto lo stesso in tutte le altre lingue. Avrete notato allora che ogni settimana ci sono novità “straordinarie” riguardanti “primi romanzi” di autori di “grande, grandissimo talento” spesso paragonati a classici vicini e lontani, lo stesso accade per pittori e scultori e artisti di varie discipline.

Che vuol dire tutto questo? Credo voglia dire che il talento artistico è comune e che con l’educazione di massa a partire dagli anni Cinquanta del secolo scorso il numero degli artisti non ha fatto che crescere. L’interesse e l’animazione, l’entusiasmo che circonda questa comune creatività io lo considero attraverso la illuminante, per me, metafora dello sport. Interessarsi e animarsi per questi “capolavori” che ogni settimana sono annunciati dai media al grande pubblico è come andare nei parchi e assistere a partite di tennis, di pallacanestro o di calcio giocate da gente qualsiasi. Capita di vedere cose molto belle, a volte straordinarie e magari siete l’unico spettatore di questi exploits memorabili, non ci sono giornalisti, né radio né televisione a testimoniare, a registrare, a consacrare tanta bellezza. Ma generalmente non è così, dopo dieci minuti di una partita di tennis tra gente comune ve ne andate e riprendete la vostra passeggiata nel parco e non avete nessun interesse a identificare quei giocatori e a tornare a vederli giocare ancora la settimana seguente. Se l’industria culturale non vi proponesse con i suoi megafoni ormai piazzati fin dentro le vostre tasche questa serie incessante di geni e talenti mostruosi non gli accordereste più tempo e danaro di quanto ne date ai giocatori nei parchi. La conclusione? La conclusione è che ogni attività ludica, artistica è piacevole da fruire indipendentemente dal valore (essenzialmente economico) che gli viene assegnato da chi detiene il potere di farlo.

Ma l’arte che veramente colpisce e commuove e trasforma è rara, non si manifesta settimanalmente, non va, per questo suo dono, credo, adorata ma semplicemente riconosciuta. Il resto è gioco comune.

 

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Essayez (vous l’avez sûrement déjà fait) de suivre chaque semaine les chroniques littéraires et artistiques dans les pages de votre quotidien ou revue. Si vous parlez plus d’une langue, faites le même exercice dans vos autres langues.

Vous remarquerez alors que chaque semaine il y a des nouveautés « extraordinaires » concernant des « premiers romans » écrits par des auteurs « de grand, très grand talent » souvent comparés à des classiques proches ou lointains. La même chose se produit pour des peintres, sculpteurs et artistes d’autres disciplines. Que veut dire tout cela ? Cela veut dire, je crois, que le talent artistique est chose commune et qu’avec l’éducation de masse, à partir des années 1950, le nombre des artistes n’a fait que croître.

L’intérêt et l’activité, l’enthousiasme que suscite cette créativité commune, je les considère par le biais de l’éclairante, à mon sens, métaphore du sport. S’intéresser et s’animer pour ces « chefs-d’œuvre » annoncés au grand public chaque semaine par les médias, c’est comme se promener dans des parcs publics pour assister à des matchs de tennis, de basket ou de foot joués par des gens ordinaires.

Il arrive, bien sûr, qu’on voit de très belles choses, parfois même extraordinaires, et vous êtes là, le seul spectateur de ces exploits mémorables – pas de journalistes, ni radio, ni télévision pour en témoigner et consacrer tant de beauté. Généralement toutefois cela n’est pas le cas : après dix minutes d’un match de tennis entre joueurs ordinaires vous vous en allez et continuez votre marche dans le parc sans ressentir le moindre intérêt pour l’identité des ces joueurs ni d’envie de retourner les voir la semaine suivante. Si l’industrie culturelle ne vous proposait pas, par des annonces qui résonnent dans un cellulaire au fond même de vos poches, cette série sans fin de génies inouïs et talents sublimes, vous ne leur accorderiez pas plus de temps et d’argent que ce que vous faites avec les joueurs du parc public. La conclusion de tout ça?

La conclusion, c’est que toute activité ludique-artistique nous fait plaisir, indépendamment de la valeur (essentiellement économique) que lui accordent ceux qui ont le pouvoir de le faire. L’art qui vraiment nous atteint, nous émeut et nous transforme, est rare et il ne se manifeste pas ponctuellement chaque semaine. Malgré ce don, il faudrait pas en faire un objet de culte ou d’adoration, il suffit de le reconnaître. Le reste n’est que du jeu commun.

Le camp

Karim Moutarrif

Le camion roulait vers le nord dans un bruit assourdissant.

Le Bureau du Socle planifiait la répartition des avatars hors de la ville pour entretenir l’image de netteté. Ils dérangeaient le regard dans une cité que le Socle avait mis des années à nettoyer et (au XIX siècle déjà …. . Il avaient pensé épurer ). Il y avait l’armée d’aiguillage qui orientait les avs , raccourci d’avatar qu’on appelait aussi les zavs. Pour les rabattre sur les Convergences, mot poétique pour désigner les lieux de concentration avant de les envoyer hors de la ville. Ces lieux étaient d’une architecture soignée avec beaucoup de verre par des architectes du Système, vague confrérie des gens au Pouvoir.

Photo: Pierlucio Pellissier

La soha qui assurait l’opération séduction à l’accueil, avait la voix suave pour attendrir, pour transporter les êtres vers une projection de leur manque. On les contrôlait par leur sexualité. Il n’y avait que des sohas pour les zavs au masculin, les plus nombreux…. Entre les mains de ces femmes ils se faisaient déshabiller, éplucher. Identifier. C’était scientifique. Ils quittaient les sohas après avoir tout décliné pour rejoindre les autres. Après avoir regroupé les zavs dans une place du centre de la cité on les convoyait vers le camp.

Le redem principal qui reçoit a un rictus qui exprime toute sa haine envers les derniers humains. Il peut difficilement le cacher. Il ne contrôle pas son langage corporel.

Ce n’est pas un langage que j’avais inventé, j’avais déjà du mal avec ceux que j’avais appris et dont la perfection était encore loin d’être atteinte. Non, c’était le nouveau langage de ces gens qui nous recevaient et qui voulaient que nous soyons convaincus qu’ils nous voulaient du bien.

C’est pour ça qu’on l’avait choisi. Il était descendant d’un peuple qu’on avait soumis et dont on avait fait des mercenaires redoutables, une fois retournés. Comme les janissaires par exemple.

Le pacte du désespoir, lien secret entre tous les zavs fut la confrérie virtuelle que nous créâmes spontanément. Elle servait à canaliser notre cynisme. Elle dura le temps d’un séjour pendant lequel on finit par disséminer la plupart d’entre nous. Nous perdîmes nos traces mutuelles. Mais elle nous permit de résister, de rêver pendant tout ce temps là.

Le Camp, les hautes grilles, le projet financé par le Conseil Suprême de la Cité, tout cela semblait juste irréel. Le camp était disposé pour tout voir, pour ne pouvoir rester nulle part.

La nuit dans le camp, les lumières étaient partout, j’avais écris ça il y a longtemps dans un poème, dans une dictature. Au-delà de vingt-deux heures, la fermeture électronique de la porte s’effectuait.

Les grilles au dessus de la tête qui surplombait cette fausse allée couverte avec le fantôme du sourire cynique de l’architecte, laissaient passer l’eau. Les consignes avaient été claires, la pluie devait nous chasser dès la sortie des chambrées qui donnaient de plain pied sur l’extérieur. Les chambrées étaient constituées de trois box étroits. Le placard individuel n’avait qu’une porte qui s’ouvre et qu’une étagère. L’autre étant vissée. Les noms tournoient dans ma tête, Didr, Hub, Rikh, Heik, Khal et Maik et les autres. Mais combien de cohortes avaient déjà transité par ce lieu. Et Virgi l’égaré de la vie, à qui on administrait de la dope légalisée en comprimés et qui cachait sa bonbonne de vin dans son placard, derrière la porte vissée. Une substance illicite selon le règlement qui nous avait été dicté par Rictus, au moment de notre arrivée.

Photo: Pierlucio Pellissier

Errant dans la cour, clignant des yeux bizarrement chaque fois qu’il voulait parler et même quand il ne parlait pas, il avait fini là après la mort de sa dulcinea avec qui il avait vécu quarante cinq ans de sa vie. Dans d’autres lieux, il aurait été vénéré comme un sage, mais ça c’était il y a longtemps.

Joph l’enfant candide à jamais, perdu depuis ces colonies de vacances en pleine campagne où on en profitait pour exploiter les enfants, était un « entre-deux », terme qui qualifie les rejetons de couples « mixtes », comme dans mixer. Il n’est rien sorti de concret du mixage et l’enfant se perdit à vie. Joph avait quand même gardé un éternel sourire candide accroché à sa face, c’était sa carte de visite.

Le camion roulait vers le nord dans un bruit assourdissant.

Reimi, l’éternel réfugié dandy, coincé là, évadé d’une dictature, tentant d’aller ailleurs, soignait sa personne, se pavanant comme un prince. J’appris plus tard qu’il avait prêté main forte à l’horreur. Avec des habits luxueux.

Mizal et Ton avaient échappé à un génocide pour leur religion. D’autres avaient échoué là au bout d’une sélection redoutable qui les a disqualifiés. Ils venaient d’autres villes où le Socle les avait refusés.

Tant qu’il faisait beau, on ne sentait rien, le camp ressemblait à une colonie de vacances. La salle de télé et l’autre, deux espaces qui ne pouvaient même pas nous contenir, nous narguaient. Pendant les beaux jours, après la fermeture du camp, nous restions dehors tard a parler.

Touperdre la belle, cette ville où pour la première fois de ma vie des rues, des bâtisses, des pierres et des briques rouges m’ont parlé. Les humains eux, étaient plus fluides.

Nous les zacotés, nous avions le droit de nous y promener le jour, pour y améliorer notre quotidien. Entre une multitude de formalités qui nous laissaient sous la vigilance des différents appareils de contrôle disséminés dans cette cité du passé.

J’ai fait grève, j’avais toute la latitude pour le faire

Toutes ces pensées se bousculaient dans ma mémoire et j’avais ce papier roulé en boule au fond de ma main que je tenais serré. Ton me l’avait glissé dans les mains juste avant d’embarquer il y a deux semaines. Ton était très nerveux pendant tout son séjour. Nous avions tout de suite sympathisé mais il devait être transféré ailleurs, il ne savait pas où. Il n’avait pas confiance, tout était opaque ici, comme si la moindre information claire pouvait perturber l’ordre établi.

Ils étaient les seuls à connaître les destinations. Ils nous habituaient à ne pas nous en préoccuper. Ça c’était quand le camion venait récupérer les désignés pour un autre camp, on savait jamais lequel.

Ils traquaient la matière insolite, la matière illicite. C’était écrit en gras et souligné dans ce qu’ils appelaient l’ « engagement », papier au bas duquel nous avons tous signé sans vraiment tout comprendre. Ils savaient de quoi ils parlaient mais c’était insaisissable. Tous les zavs, dès qu’ils pouvaient s’en procurer, s’évadaient virtuellement. Le redem avait beaucoup de mal à contrôler cela, d’un autre côté, il savait que cette évasion permettait de tenir un peu plus les zavs.

J’ai émergé avec la gueule de bois dans cette chambre que je ne connaissais pas. Je me suis levé paniqué et j’ai pivoté vers la table de nuit. J’ai ouvert le tiroir pour vérifier si le papier défroissé y était toujours. Hier avant de m’écrouler, j’avais fermé la porte à clé et j’avais déposé cette tranche d’arbre maintenant blanchie puis jaunie et froissée.

Je voulais remettre en place la cohue des événements qui avait assaillie ma tête au cours de ces derniers mois. Comment je m’étais fait prendre dans l’engrenage.

Je me souviens de l’accueil par cette soha, aimable et belle et des yeux d’un bleu à vous endormir toute méfiance. Il y avait beaucoup de séduction dans son échange, elle me dorlotait presque après m’avoir installé et offert une boisson chaude. Elle me parla avec douceur pendant qu’elle enregistrait mes réponses sur son Takefive, la dernière génération la plus sophistiquée, pour faire le suivi des Zavs, selon leur terminologie sidérale, clientèle avec laquelle elle traitait exclusivement.

Le Socle avait élaboré une nouvelle politique pour garder la ville dans une esthétique irréprochable. C’est vrai que tous ces nouveaux termes nous faisaient tourner la tête, mais nous fûmes assurés que cela était pour une efficacité meilleure, à notre avantage.

La première fois que je fus convoqué au Camp, je crus me tromper en voyant ces hautes grilles peintes en blanc et le reste de l’immense enclos avec des hangars très hauts et des camions alignés là bas au fond. Une autre grille séparait cet espace là de celui où nous fûmes confinés. Parfois la nuit dans des moments d’insomnie, j’ai marché le long de l’enclos, comme un robot, en suivant ses angles sans pitié. Le grillage était suffisamment haut pour décourager d’éventuelles extrusions. L’été, il faisait beau et nous restions tard le soir à blaguer où à jouer de la musique mais l’hiver venu, le dehors devint hostile à tout regroupement.

Ils nous avaient réunis dans une salle étroite pour nous demander de faire le bilan de notre vie et nos projections pour le futur. A la suite de quoi nous passerions par un interrogatoire individuel pour nous aider à redevenir productifs et rejoindre la cohorte des consommateurs, le chemin du bonheur.

Dans l’intitulé il y avait discrètement, en sous titre, écrit « rééducation ». J’avais tiqué mais on m’a dit qu’il y avait des avatars qui étaient des cas plus lourd, nécessitant d’autres techniques d’intervention. Le propos tenait du martial. Tout cela était bien compliqué pour ma petite tête, j’ai dit d’accord pour avoir la paix et voir la suite. Nous aurions une rencontre par mois pour rendre compte de l’évolution de nos projections. Ils seront trois : un homme, le capo au rictus, que nous avons fini par baptiser Rictus, et deux femmes. C’est lui qui menait la valse des questions. Il était assis sur le fauteuil le plus confortable proche de l’écran. Les deux autres étaient assises sur des chaises. L’une était son ombre et l’autre était une apprentie redem. Il ne se gênait pas parfois pour être indiscret voire même franchement inquisiteur. Si l’évolution de nos projets personnels ne leur plaisait pas nous encourions d’être exclus, renvoyés dans la lande. Comme celle du roi Lear.

Le camion roulait vers le nord dans un bruit assourdissant.

Le jour de la rencontre était toujours appréhendé. J’avais entendu ses collègues le railler en l’appelant le « sélectionneur », à mon oreille cela a sonné comme exterminateur. Il nous avait confié qu’il prenait à cœur sa tâche. Il avait été recruté pour faire un « nettoyage social dans la structure », devant quelques uns d’entre nous fasciné : nous ne comprenions pas ce qu’il voulait dire. Ou peut être était il sous acide ? Ou peut être « nous » n’avions rien compris. Il avait tous les pouvoirs et ses yeux verdoyants n’étaient pas clairs. Tout passait par lui et l’Organisation, considérait qu’il faisait un excellent travail. En même temps, il savait trop de choses, c’était sa force et sa faiblesse et il pouvait disparaître, lui aussi, du jour au lendemain. Il serait broyé par la logique de la machine qu’il aura soutenue avec tant de zèle. Pour cette raison là, son choix professionnel faisait pitié tant il était aléatoire. En attendant il se la jouait.

Il se trouvait que Rictus ne m’aimait et cela ne présageait rien de bon.

Cela se révéla le jour où il me convoqua pour m’annoncer que ma conduite n’était pas conforme au Plan d’Ajustement du Socle et que mon transfert était imminent. Il voulait « avoir ma peau », comme on disait et il savait de quoi il parlait. Nous aussi, dans ses moments de tentative de rapprochement, il se laissait aller à décrire des bribes de son travail.

Il opérait à la machette.

Photo: Pierlucio Pellissier

Le camion s’était ébranlé à la tombée de la nuit et le bruit infernal de son moteur qui couvrait tout, interdisait tout échange avec les autres transférés. Nous étions assis sur des bancs encore faits de bois, très inconfortables, encadrés par des redems.

C’est au moment où l’engin s’est arrêté, pendant que les redems étaient parti vers l’avant pour discuter du plan de route avec le pilote. Celui-ci s’était trompé. C’est à ce moment que, poussé par une violente envie de liberté que je me suis déclenché. Comme un singe, je sautais du camion, dévalais le fossé pour remonter et disparaître dans la nuit. Ils n’avaient eu le temps de rien voir, cela m’avait pris quelques secondes. J’avais quelques minutes devant moi avant qu’ils ne réalisent. Quelques minutes précieuses pour sortir de leur champ d’action. Je savais qu’ils avaient peur de la lande et qu’ils ne prenaient aucun risque. En plus des transférés dont ils avaient la garde. J’ai couru au jugé pendant un temps interminable, j’avais les poumons en feu. Quand je me suis arrêté pour souffler, assuré que personne ne m’avait suivi, j’entendis au loin, dans la nuit, le camion repartir. Cette fois j’étais sûr qu’ils ne me chercheraient plus, j’avais le reste de la nuit pour trouver un refuge.

De ma fenêtre je regardais les flocons s’accumuler et la neige couvrir tranquillement la terre. J’avais le regard perdu. Je m’en souviens. Je revoyais ça de loin. Je venais d’échapper à une machine impitoyable. J’avais réussi à embarquer sur un bateau, en trompant les détecteurs et à la vigilance des gardes.

Quand je repensais à eux, j’avais toujours un pincement au cœur. Ils étaient si braves, si généreux. Nous étions beaucoup, nous nous reverrions jamais. Nous nous étions perdus. Mais la confrérie avait entretenu un rêve.

Nous nous retrouvions au restaurant, dans la ville civilisée, où Didr travaillait, nous dépensions nos quelques écus dans quelques bons repas bien arrosés. Les dernières jouissances sur lesquelles nous avions encore un contrôle.

Hugh Hazelton y la palabra entre fronteras

Ángel Mota Berriozábal

Fue uno de esos días en que la neblina se abre paso por las calles, arroja ese olor a humedad que confunde lo erizado de muros con el paso lento del aire. Sí, mi andar por el barrio del Plateau Mont-Royal, en Montreal, fue acercarme a una deriva buscada, a un muelle entre la bruma muy quejosa por los árboles. Y así llegué a casa de Hugh Hazelton. No creo que necesito presentarlo, no para alguien que vive en esta urbe de Dos Ciudades: Montreal. La célebre novela que escribió Charles Dickens precisamente en esta isla, en el viejo puerto de Montreal. No por casualidad sí con mucho de ecos; de lo inglés y lo francés en tensión y en convivencia en la urbe. Dos ciudades erigidas, revueltas en casa de Hugh. Casa situada en un barrio francés de fachadas neoclásicas, ligado al ya casi erosionado barrio portugués.

 

 

 

 

Hugh Hazelton es un célebre escritor, traductor, teórico de los Estados Unidos que vive, cruza puentes que son como brumas entre ciudades. “Un anglais” lo definirían las nomenclaturas reductivas de muchos en esta provincia de Quebec, que escribe e imagina en el vientre del mundo francés. Una frontera difícil de cernir o de ver dónde inicia y dónde acaba, no solo en su casa sino sobre todo ese día cuando la neblina lo acaparaba todo, lo sumergía en esa modorra y ligera lluvia que hace ligeros los bordes y las vallas.

Con toda parsimonia, gesto amable y perspicaz, Hugh me sentó en su comedor y en seguida, antes de poder enunciar pregunta alguna, me sentí en un cuadro de Paul Cézanne. No que lo viera; estaba dentro. La casa es la vanguardia misma en el decorado, en la disposición de la fruta, muebles y la ventana, así como en los cuadros que dibujan los muros. Es como si la casa misma fuera y es reflejo de lo que iba a oír, de lo que ya le conocía, de Hugh mismo. Así, la entrevista que le hice, desde el inicio, fue un atravesar el espejo, un atravesar un cuadro de Cézanne, ser parte de, y descubrir a todos sus personajes y sus colores. Hugh es como el pintor de todo esto. Lo cual es más que una mera anécdota o referente espacial. La casa de Hugh, él, es un autor de vanguardia, que hace de la vanguardia algo cotidiano; un modo de ser, un modo de vivir en casa y hacia el mundo.

Hugh Hazelton es uno de los pocos estadounidenses, radicados en Canadá, vinculados no sólo con el mundo literario quebequense sino hispano. El otro nombre que me viene en mente es James Cockcroft. Historiador, sociólogo, analista político y poeta. Yo leí en México sus trabajos sobre la Revolución mexicana, en mis tiempos de estudiante. Libros que son una referencia esencial de la historia moderna y política del país de Frida Kahlo, editados por la SEP y el FONCA. Lo conocí en Montreal, en veladas literarias y en la presentación de alguno de sus libros sobre el México actual. Amable y humilde, escribe sobre América Latina desde Montreal. Ha publicado cincuenta títulos. Es activista y amigo de Hugh. Otro escritor olvidado y anónimo fue Douglas Winspear. Ávido lector de Bruno Traven y sus relatos sobre México. De Traven tuvimos una que otra conversación en el mítico café Club Social del barrio Mile End. Viajero que recorrió el país de Diego Rivera en coche con su esposa, en busca de su propia identidad, del Otro del sur. Una huella que siempre arrastró nuestras conversaciones, a veces cordiales, a veces en disputa. Douglas me comentó más de una vez que escribió varios cuentos en donde México era un punto central. Creo que mencionó también una novela. Una Road Story que no lograba acabar. Sólo que estos documentos nunca se han publicado. Según Hugh están en manos de su esposa. Douglas murió ahogado en una piscina del barrio de Outremont. Existe la poeta Katharine Beeman, cuyos lazos con Cuba son muy sólidos. Entre ellos la de ser muy activa en programas de intercambio con la isla, especialmente en lo que respecta a la literatura. Creció en Lansing, Michigan y migró a Montreal también en los años Nixon.

Mas Hugh es el escritor, traductor e investigador que más peso ha tenido en las letras hispanas de Canadá. Es ese gran enigma y a la vez gran personalidad reconocida, apreciada y respetada tanto por “ingleses” como “franceses” y no digamos nosotros los hispanos. Él es capaz de reunir a cientos, docenas de personas en una velada literaria, conferencia o lectura. Escribe en cuatro lenguas; inglés, francés, español y portugués. Hugh Hazelton, como veremos en detalle más adelante, redactó el libro más importante a la fecha sobre la literatura hispano-canadiense: Latinocanada, ha editado uno de los libros más relevantes sobre escritos en torno a Latinoamérica en Canadá y ha escrito poemarios de vanguardia, traducidos y citados por un sin número de poetas de todo origen, amén de su premio Gobernador General como traductor.

En su casa, ante su calma sajona, conversaciones sobre nuestras respectivas hijas y la política actual, mi primera incógnita, la que siempre he tenido, era la de saber cómo había llegado a Montreal y por qué. Descubrí entonces que Hugh hizo todo lo que pudo para evitar ser cómplice de la guerra de Vietnam. Gracias a sus estudios en la universidad  de Yale, prorrogó su llamado a las armas. Al mismo tiempo colaboró con un grupo antibélico, no sólo rechazó la conscripción sino que devolvió su carta de conscripción al gobierno. Cuando por fin el gobierno de Richard Nixon y el Uncle Sam lo convocaron a la masacre, Hugh ya había escapado, había tomado ese tren subterráneo que alguna vez sirvió para liberar esclavos de los Estados Unidos en el siglo XIX, y se refugió en Canadá. Desembarcó en Montreal en el 1969. Atraído por la diversidad que se vive en la urbe –me dijo−, ese mundo de dos culturas; dos ciudades, por el cruce constante de lenguas, donde llegó con un menor en literatura francesa. Mientras, el FBI visitó la casa materna, preguntó a su madre sobre el paradero de Hugh: “No sé, no sé donde está mi hijo” –sonrió Hugh cuando me lo contó−: “¿No sabe dónde anda su propio hijo, señora? –ironizó el FBI. Hugh tuvo que permanecer cuatro años en Canadá sin poder volver a los Estados Unidos. Durante todo ese tiempo nutrió su curiosidad y atracción hacia América Latina leyendo a Borges, Juan José Arreola o a Lugones. De hecho, me contó que desde sus años de estudiante en Chicago Hugh se sintió atraído hacia esa otra América. Le fascinaba la arqueología y la historia. Tuvo un amigo mexicano-americano en su tierra que lo inició a este universo. De Montreal se desplaza a Vancouver por un tiempo. Urbe que utilizó a la vez como base para conocer todo Canadá, desde la remota isla Fogo, en Terra Nova, hasta el Yukón y el norte de la Columbia Británica, donde enseñó en un pueblo minero al lado de una reserva indígena. De ahí viajó a América Latina. Dos años vivió en un universo contario al suyo. Sobre todo visitó México, Perú, Chile, Argentina y Brasil. De hecho puso pie en casi todos los países al sur de los EEUU, a excepción de Colombia y Venezuela. Decidió volver a Canadá e instalarse en Montreal, “la ciudad –me comentó− multicultural y multilingüe que prefiero por su cultura y sus conexiones con América Latina.”

De esta forma, ya con pasaporte canadiense, del 1982 al 84 viaja por todo el mundo, con su compañera Ginette. Surcaron todo lo extenso de Australia; de la Llanura de Nullarbor al mar de tiburones blancos.  Alcanzaron Asia del sudeste y la India. De ahí volvió ella a Montreal, por sus estudios. Hugh siguió con la odisea y puso pie en numerosos países de África, como Tanzania, Burundi, Congo o Zaire, en donde tuvo que fungir varias veces como traductor del inglés al francés para personas con ciertos problemas con las autoridades locales. Se inició así como traductor sin desear serlo. Finalmente voló de Kinshasa a Abiyán, en Costa de Marfil, desde donde se aventuró a las ciudades medievales de Malí, antes de cruzar el Desierto del Sahara, rumbo a Argel.

En sus viajes, durante la noche, leía novelas africanas o del sitio que visitaba. Sed de leer lo Otro. Cuando me platicó todo esto, pensé de inmediato, como corolario, en Hemingway. Sobre todo cuando me narró su subida al Himalaya. El escritor aventurero, el escritor crítico de su nación y narrador del mundo. Sin embargo, a Hugh no pareció agradarle mucho la equiparación. “A Hemingway le gustaban mucho las armas y la guerra yo soy de izquierda y pacifista.” “Hemingway es un narrador de aventuras yo soy poeta de vanguardia, entre lenguas.” De sus viajes en Canadá surgió el poemario Sunwords y de su travesía en América Latina nació el diario poético; Crossing the Chaco, ambos libros editados en 1982. Me confesó que escribió un diario de su viaje alrededor del mundo, inédito hasta la fecha, que espera publicar un día.

Tras su vuelta decide asentarse definitivamente en Montreal con su compañera quebequense. Y desde ese inicio de enraizamiento original, entre dos mundos, Dos Ciudades; el anglosajón y el franco-hablante, Hugh estudia en la universidad de Sherbrooke literatura comparada. Entra en contacto con autores quebequenses, anglo-canadienses y latinoamericanos. Sus escritos se impregnan de la Beat Generation, de Allan Ginsburg, de Vicente Huidobro y del sobre todo del poeta de vanguardia argentino Olivero Girondo. Lecturas que vivió junto con los recuerdos de las calles de Chicago, de la poesía urbana de Amiri Baraka y de los afroamericanos, poesía sónica, como el rap, la poesía bañada de música, el habla en ritmo, los ritmos con claros matices políticos y de rebeldía a una situación social precaria y adversa. De ahí que se haya volcado a la poética de Aimée Césaire o a los giros lingüísticos de Apollinaire. Su escritura es poesía y política. De esto escribiré más adelante.

Como personaje de “Dos Ciudades”, el poeta disidente escoge vivir, escribir, convivir du côté français de l’île. “Es el lado más interesante –adujo− el francés es la lengua de la mayoría y mi esposa era quebequense, pero no dejo de convivir con los anglosajones, de vivir entre varias lenguas, que es lo que más me atrae.” Conoce a los poetas consagrados de esta provincia, los vive con traducciones, los oye. De ahí que en 1991 es invitado a ser coordinador de una revista ya histórica: Ruptures: La revue des 3 Amériques. Se integra así al grupo creado por el haitiano Edgar Gousse y el poeta y traductor Jean-Pierre Pelletier. Hugh revisa las traducciones  al inglés de los poemas de otras lenguas  y trabaja en el equipo de selección.  La revista publica en los cuatro idiomas (de origen europeo) de las Américas: francés, inglés, español y portugués. En la publicación se leen desde autores desconocidos, de diferentes orígenes, a escritores consagrados de Latinoamérica, Canadá y otros países. De hecho −me comentó Hugh−, la revista se volvió una ventana donde el lector de Montreal tenía acceso a autores contemporáneos con mucho peso de todo el hemisferio. Cada uno de los autores era traducido, en lo posible, a cuatro lenguas. Lo nuevo que se creaba en América Latina y en Canadá podía ser leído en varias lenguas en un mismo número. Es así que se perfeccionó Hugh en la traducción literaria profesional y con ello empezó de manera sólida su palabra entre fronteras, “su tarea como traductor.” Después de catorce números, la revista dejó de imprimirse en 1996.

Es a partir de ese año, a raíz de la experiencia Ruptures, que es llamado a hacer importantes traducciones de poesía y cuento del francés al inglés o del español al inglés. La Universidad de Concordia le ofrece en el año 2002 el puesto de profesor titular de traducción. Entre los autores más destacados que ha traducido están Olivero Girondo, Daniel Sada −que tradujo para la revista Viceversa−, José Acquelin y Jöel Des Rosiers. De este último tradujo Vétiver que le valió el prestigioso premio Gouverneur General du Canada en el 2006.

En el 2007 se imprime Latinocanadá: A Critical Study of Ten Latin American Writers of Canada. Esta obra es, sin lugar a dudas, el referente número uno, historicista y teórico, sobre la poesía y prosa ficcional de los autores hispano-canadienses. Hugh logra reunir autores, obras y dar cuenta de una temporalidad histórica literaria desde los inicios de las letras hispano-canadienses hasta el cierre de la edición, en el 2005. Una práctica académica nacida, como sabemos, del siglo de la Ilustración, cuyo fondo filosófico e histórico es la de ofrecer y establecer una literatura nacional, por medio de la idea de inicio y seguimiento histórico hacia un futuro colectivo. En este caso se reivindica, en la historia canadiense, la presencia de otra literatura ajena a la nacional reconocida, de autores de orígenes diversos a los del país de acogida. Aunque todo historial es siempre obras escogidas, unos autores en detrimento de otros, un punto de vista histórico personal, la labor de Hugh fue titánica pues retrasa los orígenes de nuestra literatura hispana, sus porqués y nuevas tendencias hasta el 2005. Como fundamento histórico, con ciertas ausencias en el contenido, el libro adquiere así el valor de dar un espacio y tiempo a la literatura escrita en español en Canadá, la de ubicarla como literatura dentro de otra literatura; la nacional canadiense. De esta suerte, la relevancia primordial de este libro, que le valió el premio de Mejor Libro por la Asociación Canadiense de Hispanistas, es la dar cuenta de un pasado, ponerle un presente y desearle un futuro a esta ficción y poesía “marginal o minoritaria.”

La lengua extranjera se vuelve un caballo de Troya: “the literary artifact” que deja salir de sus páginas a los frigios, no para conquistar, sino para hacer parte de la polis como seres diversos, para romper la noción de frontera, si esta se le concibe como la separación entre una lengua y una cultura nacional hacia o contra otra, tal como lo piensa la herencia de Hegel y Kant en nuestros mundos modernos (la idea de nación como un pasado, presente y continuación de una cierta comunidad homogénea o similar, tanto en lo racial, lingüístico como en el referente identitario cultural y social). Este caballo literario crea así un caos en la noción de frontera lingüística, de referente cultural de un país e instaura la noción de la voz diversa desde dentro. Lo minoritario se mueve y como rizoma, diría Gilles Deleuze, la literatura es ramas y hojas que crecen de varias raíces, se bifurca, es decir se escribe en inglés, francés, español, portugués, italiano. Dentro de un habla, al parecer unívoca, existen diversas voces, tonos, influencias históricas de personas ajenas −al parecer− a la historia nacional de Canadá o Quebec. El libro es una historia dentro de otra historia y a la vez como palabra, como ente salido del vientre de la bestia de la ficción que se desvanece, se extiende como bruma en la historia de las Dos Ciudades. El libro de Hugh es de este modo una traducción en sí de un mundo tal vez invisible para otros, para las letras nacionales. “La labor del traductor” nos dice Walter Benjamín, no es tanto la de traducir lo escrito sino la de develar ese sentido, esencia del texto, ese universo cultural y subjetivo vedado al lector en lengua distinta a la traducida. De ahí que la labor de Hugh con sus traducciones, con este libro, fue traducir e introducir otro sentido de identidad, de pertenencia a la tierra, a una comunidad, a la polis, dar cuenta de una práctica y experiencia, realidad social, vedadas al lector de una sola lengua.

Lo mismo hizo con el libro que editó con Gary Geddes: Compañeros: An Anthology of Writings About Latin America. Obra que reúne a escritores de Canadá, hispanos y de habla inglesa o francesa, cuyas plumas han escrito ficción y poesía sobre América Latina, desde México hasta la Patagonia, pasando por Haití. La relevancia de esta antología es la de juntar lo que de otra manera estaría disperso y casi perdido en el mar de ficciones sobre el tema en un país tan enorme. De nuevo, bajo la herencia cultural y filosófica de la Ilustración, el compendio es un trabajo de agrupación de textos de 84 autores –una selección con sus límites y tendencias subjetivas− cuyo fin es el de dar unidad y base histórica a los escritos canadienses sobre los países al sur de los EEUU.

Por otro lado, Hugh es un poeta. Le he oído numerosos poemas, le he traducido un par y de este modo, en comparación con todo lo que ha escrito, parece inverosímil que haya publicado tan solo tres poemarios, aún si me escribió comentándome que posee otro poemario en el horno. De sus poemas impresos e inéditos le he leído y escuchado varias tendencias y estilos. Desde la poesía experimental hecha con sonidos, palabras entrecortadas, palabras solas, a la manera de Allen Ginsberg y la Beat Generation, a la poesía de amor, la poética de viajes, con algo de homérico, poemas políticos y fantásticos sobre vampiros y fascistas. Existe en su poética un vasto panorama de temas y tendencias.

Su poemario Antimatter, que también se ha publicado en español como Antimateria, es, como ejemplo principal, voces, casi en silencio y a la vez en grito contra los Estados Unidos, el orden global del mercado y más que nada el deseo por medio de la palabra de desarticular el objeto, la materia con la que −evoca y piensa él− nos han enseñado a creer, pensar y hacer nuestro mundo mercantil y militar contemporáneo. La materia, en su libro, es la metáfora de la lógica neoliberal y lo que define como imperialista. La materia se viste de consumo, de imágenes televisivas, del cine de Hollywood, de los discursos de poder y falsas democracias. Antimatter es con ello la tentativa poética de la evanescencia, de crear neblina de la materia con nuevas formas de estructurar las estrofas, los sonidos, la repetición de palabras, con el verso como testimonio y denuncia. El sonido de sus versos, como es el caso en el rap, el canto urbano afro-americano, es el deseo coloquial de desarticular, volver bruma, la palabra que suena hueca a quien no tiene acceso a lo preconizado en un discurso emitido por políticos o medios de comunicación de masa o compañías de explotación de recursos sin ética alguna. Su poesía es como volver a hacer una semántica del todo. Es un grito pacífico, que ve desde las entrañas la necesidad de la transformación de la realidad social. Por lo que incluso el poemario Antimmatter se vuelve un deseo de traducción en sí, un deseo de metamorfosis de la palabra:

Began

As a

Ssssssss
Yyyyyyy
Boooooo11111
What
Is a ssssssyyyymmmmbbbooooo11111
I name
I name this
Create this by naming
As the imperial lexicón (23).

 

El libro, como casi toda la creación de Hugh, es sumamente irónico:

Nothing of course
Sorry, it seems that nature
Allow species to lie to themeselves kill each other and even
Self-destruct if that is their intention (30).

 

Una ironía que viene con el deseo de narrar, de viajar, de descubrir otros universos, es decir, de transformar, como mencioné antes, esta materia política y comercial en otra cosa: poesía

 …nebulae explode and coalesce
And wondering if I can stay in the universal momento
I look back in the garden and see a triceratops grazing on the lettuce
And reach out
To give this poem
To you

 

En casa de Hugh, ya caída la tarde, una lluvia que había cesado, lluvia ligera de mojado sobre los cuerpos y los árboles, al paso del tiempo casi sin verse, Hugh me comentó que hay dos cosas culturales que ha hecho y considera lo más importante de sus actividades para-literarias y lo que más ha aportado: la revista Ruptures y las noches de poesía Lapalabrava. Lecturas casi mensuales en donde él y la poeta y cantante Flavia García reúnen a escritores de tres orígenes lingüísticos diversos; español, francés e inglés. Invitan a poetas consagrados y otros menos conocidos, y siempre hay una sesión de micro abierto para cualquier voz poética. Las Dos Ciudades se acercan una a otra en estas noches. Se realiza un viaje por medio del verso, y en ello se integra el universo en español a las lenguas oficiales. Con lo que se rompe, al menos de momento, en esas tres o cuatro horas que dure el evento, la división entre literatura mayoritaria y minoritaria, lenguas oficiales y lenguas marginales. “No, ya no me gustaría volver a vivir en Chicago –me dijo Hugh sonriendo−. De hecho cuando regreso echo de menos al francés y a la efervescencia lingüística de aquí. Es verdad que hay una gran comunidad hispanohablante allá, con la cual tuve mucho contacto en mi juventud,  pero el interrelación de los idiomas es menos fluida que en Montreal. Aquí es maravilloso como podemos vivir en varios idiomas el mismo día, incluso con la misma persona. Es lo bello de Montreal. Por eso me quedé, por eso escogí esta ciudad.”

Ahora Hugh prepara una traducción colosal del poeta argentino Olivero Girondo. Ya se han traducido al inglés algunos textos del vanguardista, mas esta será la primera vez que se traducen sus obras completas a la lengua de Melville. Lo cual es sin lugar a dudas un fenómeno importantísimo siendo que es un paso adelante para que Canadá deje de ser un país periférico en cuanto a traducciones de autores extranjeros importantes, para volverse la nación que traduce al mundo sajón a un poeta con tanta relevancia. Se han recibido contribuciones del consulado argentino y será una versión bilingüe. Para Hugh es como la concreción de una larga trayectoria, de años de estudio consagrados a este autor, a su simpatía por la vanguardia y más que nada es una traducción de sí mismo y de su vida.

La estulticia en los tiempos del selfi

Luis Molina Lora

El problema de las selfis es que no vemos el tren que viene a golpearnos en el punto exacto donde hemos decidido hacernos la mejor toma… La contaminación en las redes sociales materializa el consumo que destruye ríos y llena de plástico los mares

Arola Nilom

 

Duterte, Putin, Erdogan, Trump, Le Pen entre otros príncipes asiáticos, africanos y europeos tan dañinos al micrófono como a sus votantes insensatos; el neo caudillismo en las Américas que flamea las banderas de todos los espectros políticos, porque la estupidez no es capital exclusivo de una sola estirpe; todas estas, todititas completas son la punta de una de las perlas del brillantísimo collar de la estupidez humana, hoy frente a nuestras narices.

Somos una moda, ritmos de temporada, carrera de cuatro por cuatro, alternancia del control, los extremos de una moneda o visitantes insensatos del péndulo en un canallesco parque mecánico. Somos tan volubles como raza que la mejor manera para definirnos es en democracia. Por supuesto que se sufre más en dictadura y otras variantes engañosas de gobierno.

En democracia se nos ha entregado por derecho la capacidad de elegir, pero se nos priva del raciocinio para hacerlo con criterios fundamentados en nuestros genuinos intereses y basados en reales beneficios colectivos. A esta contraposición tramposa también se le llama manipulación liviana o como lo acuñaron los antiguos cazadores de perlas en las filipinas hispanas, la dictadura del libre albedrío que es cuando usted cree que tiene el control sobre sus decisiones cuando en realidad su autonomía radica en seleccionar la hora en que bajará a las profundidades del mar donde terminará muriendo por asfixia.

En términos de actualización histórica, su autonomía equivale a que el pago de sus cuentas se limita a la escogencia del día en que las pagará siempre y cuando no se pase del nueve de cada mes, o a vestirse como se le venga en gana siempre y cuando el material, los colores y el estilo cumplan los requisitos universales de esconder para el mundo las partes sagradas y que la vigencia bajo los designios misteriosos de la moda no exceda un par de años. Estamos de acuerdo en que la autonomía es personal e intransferible y solo funciona en un espacio geográfico restringido y con límites de tiempo predeterminado. Esa autonomía es una contradicción coprológica.

A esto le sumamos la democratización de la cuerda que une las perlas que brillaban arriba en Filipinas: la autopista de la información que finalmente les ha dado voz a todos los idiotas del mundo, a aquellos que todavía no sabemos distinguir realmente entre el grado de certeza que trae “entroyada” una noticia falsa y de envenenamiento que acaballa la que parece verdadera. Antes, la capacidad de diseminar noticias estaba en manos de inteligentísimos idiotas, hoy la han perdido, aunque reclamen para sí el derecho a mantener ese legado.

Con qué presteza tomamos partido y nos adentramos en nuestras propias cajas de ecos negándonos al diálogo sanador de la convivencia. Claro, quizá todo se deba a razones pragmáticas de posicionamiento ideológico, y estúpida resulte la convicción de la coexistencia. Como sea, acercarnos al abismo parece interesante en particular cuando hemos crecido con el concepto Ctrl+Z al extremo de los dedos y ¡ups! para ciertas decisiones la cagada ya está hecha. Aunque en estos asuntos las consecuencias como las responsabilidades son compartidas.

Está demostrado que nos acercamos a la información que afianza nuestras creencias y no a la que representa retos a ese sistema de valoraciones porque tampoco hemos sido educados para la duda sino para el solaz ejercicio masturbatorio de la autocomplacencia. No hay que olvidar que pensar demasiado duele y que afirmarnos positivamente en el éxito inocente, el paraíso prometido, la riqueza merecida, brinda satisfacciones estimulantes inmediatas que anticipan el siempre esquivo éxito en la tierra.

Pero es cierto, mientras se sufre con ilusión se es más feliz. Y si podemos compartir las pequeñeces que conforman esa felicidad en YouTube, Instagram, Facebook, Snapchat, Tinder, Twitter y todas las que vienen porque nuestro uso obsesivo de la privacidad pública es el que les da presupuestos a esos harenes del ego, pues así seguiremos tomando decisiones fantásticas que de paso nos devolverán la ilusión de redecorar nuestra miserable existencia con los devaluados golpes en la espalda de un Like.

Este canturreo reacciona a esa masa informe de ignorantes en uno de cuyos ovalados rincones reinamos nosotros, por supuesto, con toda nuestra superioridad moral e intelectualidad que no alcanza, en algunos casos, para trazar rutas que nos conecten con los otros humanoides conformes en el templo de sus obligos porque es que a nuestra propia manera hacemos lo mismo. Nos auto complacemos ya no con fotografías insulsas sino en largas parrafadas engañabobos.

El equivalente pedestre a esa enfermedad del ego empieza con una fotografía tomada por nosotros mismos. Recibe el apelativo anglo, por todos conocido, de selfie. Es la maravilla que el lenguaje, con sus nombres, impone a los fenómenos que surgen a la velocidad de los bits. El selfi, grafía adaptada al español, es la cumbre de la felicidad de un instante, y si se corre con suerte, de un día. Es la mano divina de Miguel Ángel cediendo al ser humano todo el poder, la cara contra la imagen, el triunfo engañoso de la vanidad sobre el olvido.

En India y Rusia hay lugares en los que están prohibidos los selfis. Las estadísticas indican que son estos dos los países donde mueren más personas con una instantánea que no alcanzaron a ver y que terminará perdiéndose en la posteridad de la red si llegara a tener la buena fortuna de alcanzar esos cielos. Tan grave es el asunto que algunas naciones están legislando sobre ello.

En occidente el fenómeno varía en los números, pero no en la intensa traición al sentido común. Si no, véase cómo la sociedad del espectáculo convierte a la Casa Blanca en el cambio de sede de un reality show. El fenómeno, por supuesto, no es nuevo ni se lo inventó Fujimori en los bailes de tarima, ni Montesinos en los videos subrepticios, ni Uribe Vélez en los consejos comunitarios, ni Fidel en las transmisiones maratónicas que luego le copiara Chaves y cuya reducida versión terminarían siendo las conferencias con pájaros, mariposa, elefantes e incautos del heredero bolivariano. Todos estos ejemplos no agotan la lista, pero sí la encabezan con creces.

El circo es la piel de la política, la sobremesa de una dieta proteica en contratos de acaparamiento, el algodón de azúcar de un chico sin criterio al que se le dificulta decir no al dulce. Ahora no sólo perdimos el camino para develar la identidad de los payasos, sino que también nos hemos lamido por entero el abaratamiento de la tecnología del espectáculo. Y con qué facilidad pasmosa somos nosotros los votantes, observadores de las decisiones que nos cambian la vida, lectores ciegos de nuestra realidad, los que nos embelesamos con nuestra propia imagen en la cámara que estaba destinada a vigilarnos.

¿Pero quién no se ha decorado con mentiras, no se ha sobreexpuesto, no ha hablado más de la cuenta o le ha quitado tempranamente la palabra a los otros? La estulticia atraviesa nuestra vida y brota sin que la esperemos. Nos traiciona por parejo cuando confiamos en la única verdad a la que le permitimos nos abrace. Es esa unidireccionalidad, precisamente, la que convierte en dogma lo que no debería ser más que un pasatiempo.

Ante la insensatez de los otros no alcanza con untarlos con un poco de nuestras virtudes. En especial, ante las enfermedades de la auto referencialidad porque allí donde el ojo pone la cámara se desconecta el oído. Y es que hemos vivido tanto en el márquetin que no solo compramos los productos que no necesitamos, sino que adquirimos aquella forma verdulera, aunque digital, de vendernos. El problema es que le hemos aplicado márquetin a la vida cotidiana.

Tendremos que aprender a lidiar con los dispositivos tecnológicos que nos facilitan sacar el mejor perfil de nuestra cara, el éxito de nuestra vida, los viajes de nuestra familia y la fachosa portada de nuestro libro. Entre esta masiva cantidad de información que nuestros actos producen y la hiperdemocratización de los medios sociales tenemos que enfrentar con dignidad la reducción de nuestra huella contaminante en las redes. Ello, aunque empecemos a quedarnos solos con nuestra triste vida que seguro será más interesante al despojarla de la alfombra roja y las luces de un selfi.

 

Este texto es una versión extendida de la introducción del libro La cola del cerdo, Ottawa, 2017.

“Le chien, la neige, un pied”. Un roman de Claudio Morandini.

Giuseppe A. Samonà

Un homme, installé depuis peu en haute montagne pour des raisons de santé, lit dans le journal un article sur un chien, en Allemagne, qui sait parler (en allemand, bien entendu..). Il comprend alors qu’Argo, son chien, a lui aussi cette capacité, et ne se tait que par obstination. Alors, pour tuer l’ennui de ses interminables journées, il décide de l’éduquer, et même de lui enseigner l’italien. Argo n’arrive pas à apprendre, ou du moins refuse d’articuler la langue des humains, mais l’homme finit par comprendre celle du chien; et pour notre science, et pour notre plaisir (d’humains!), il recueille, en les traduisant en italien, les réflexions de l’animal et sa vision du monde. Tel est le contenu de Argo e il suo padrone (Argo et son maitre), le récit – lu et relu – de Svevo que j’aime le plus, et qui malheureusement s’interrompt brusquement, au beau milieu d’une énième considération olfactive. Les odeurs, en effet, sont au centre des souvenirs et des observations du chien. Le dernier (récent) roman de Claudio Morandini, Neve, cane, piede (Neige, chien, pied), m’a conquis dès les premières lignes; et rapidement, en avançant dans la lecture, j’ai compris que mon plaisir était dû en grande partie à mon impression d’être tombé sur une continuation, pour ainsi dire, du magnifique récit inachevé de Svevo, même si Morandini suit un chemin différent… – et cette impression, mêlée à une sorte de soulagement, s’est maintenue jusqu’à la fin.

Certes, dans les deux œuvres, il y a des chiens qui parlent, on philosophe sur les odeurs, on se retrouve entre vallées et montagnes. Toutefois, le lien est à mes yeux plus profond; il réside dans la manière dont l’écriture se déploie, bien qu’avec un style différent, dans les deux cas: sans fioritures, sans affectation, elle est presque aride, cruelle, immobile, comme savent l’être les choses – comme si même les sentiments, à travers les mots, prenaient la consistance de la pierre (il m’a toujours semblé que la maîtrise avec laquelle Svevo raconte les méandres de la psyché tient précisément à sa capacité de les éterniser en les insérant dans la page comme s’ils étaient des éclats de roche, nature morte que l’on peut même disséquer pour mieux l’analyser, avec science et ironie). Ainsi, dans le court roman de Morandini, les sentiments deviennent eux aussi des faits, et à l’instar des autres faits ils sont comme séchés, empaillés, fixés sur la page: c’est pour cette raison qu’ils frappent le lecteur et l’interpellent sur sa propre manière de sentir. Du moins les lecteurs qui, comme moi, souffrent de l’inflation actuelle de mots, de la prolifération contemporaine des chroniques, de l’autobiographisme narcissique au premier degré, qui submerge notre littérature depuis déjà de nombreuses années (en Italie aussi bien qu’en France). Ici, non, il y a une histoire vraie, crue, violente aussi; c’est en même temps une fable, qui a pourtant l’évidence d’une réalité, qui fascine et fait rêver, et dit beaucoup de choses, en nous transportant aux frontières de la société, sur la manière dont nous sommes faits ‒ nous qui sommes à la fois humains et bêtes. En nous approchant des frontières, en effet, nous apprenons qu’entre nous et les animaux, et même entre nous et les arbres, ou les rochers, ou encore entre les vivants et les morts, les différences sont souvent éloignées de celles qui nous ont été enseignées ; elles sont moins marquées, parfois elles se déplacent, voire se dissolvent brusquement.

Le chien de Morandini, en effet, contrairementà à celui de Svevo, parle facilement. Il n’a pas besoin de préambules narratifs ni d’explications – sa parole se fait entendre tout à coup, directement, sans même qu’on s’en aperçoive : la force du récit tient justement à ce qu’il arrive à rendre cette parole évidente, naturelle. D’ailleurs, ce n’est pas le chien qui parle la langue de l’homme, mais l’homme et le chien qui parlent ensemble la même, laquelle – miracle – est aussi celle du lecteur; si bien que ce dernier d’une certaine manière fait lui aussi partie de l’histoire. C’est une sorte de langue universelle, comme si un voile s’était déchiré, nous permettant enfin de voir à l’intérieur du monde dans lequel nous vivons: les oiseaux, voire les morts, parlent eux aussi – et même si cela ne se produit pas, on comprend que les montagnes, les arbres, et peut-être même la neige, omniprésente, presque comme un personnage du récit, pourraient parler. On pense à la langue du Paradis, si ce n’était que l’ombre de la tragédie plane sur cette possible cohabitation des espèces ‒ ou peut-être justement à cause de cela : la mort qui nous guette, la catastrophe ne font-elles pas partie de l’Eden ? Et ce même Eden ne pourrait-il pas se trouver aux frontières instables, parfois violentes, entre la raison et la folie, l’homme et la nature ?

Quoi qu’il en soit, tout cela est accessoire: l’essentiel dans cette parole est dans la vision du monde qu’elle nous révèle, c’est ce qui se libère dans les dialogues entre l’homme et le chien. Leur relation parlée est la lumière qui traverse le récit. Et il y a plus: avec ses gestes, ses remarques, ses questions, sa candide sagesse, c’est le chien, plus que l’homme, qui est notre phare, notre référence, jusqu’à devenir un véritable maître de vie – et comme tous les véritables maîtres, à court terme, il échoue dans sa mission : mais ce qu’il a semé (dans le lecteur) continue à mûrir… Coluche disait pour rire (pour rire?) que les enfants c’était pour les gens qui ne pouvaient pas s’offrir un chien… Dans ce bref roman on va plus loin, on finit par regarder le monde avec les yeux d’un chien, du chien (contrairement à celui de Svevo, le chien n’a pas de nom, ce pourrait être n’importe quel chien). En un mot, ce n’est pas le chien qui s’humanise, c’est l’homme, l’être humain (celui du livre et le lecteur de ce livre) qui se canifie. Comme si c’était en devenant chiens, mais peut-être aussi oiseaux, cadavres, choses, que nous pouvions libérer la partie la plus belle, la plus humaine, de notre humanité.

De l’histoire, je ne dirai rien d’autre: pour la magie du livre, il est essentiel de ne rien savoir de l’intrigue pour en suivre le déroulement à la fois doux et terrible, imprévisible. Je préciserai seulement que je l’ai lu en italien; mais que je publie ces lignes en français simplement parce qu’il est sorti en France il y a quelques mois et mérite qu’on le lise et qu’on en parle, ici également. (Il me semble significatif que la traduction française ait choisi, dans le titre, d’introduire deux niveaux d’article, le déterminé et l’indéterminé; et surtout de mettre « le chien » en première position, comme pour lui donner un relief particulier…)

Claudio Morandini, Cane, neve, piede, Roma: Exorma, 2015;  Le chien, la neige, un pied, Paris: Anacharsis, 2017.

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(Quand j’ai vu qu’il y avait aussi “l’histoire de cette histoire”, j’ai attendu pour la lire: je n’aime pas beaucoup savoir ‒ du moins pas tout de suite après les avoir lues ‒ comment naissent les histoires, ni qui sont vraiment les auteurs; je crains toujours d’être distrait de la seule chose qui m’intéresse: l’histoire, précisément. Je m’y suis plongé un peu après, à la recherche d’une confirmation de mes suppositions. J’ai trouvé, entre autres, une référence à La ruée vers l’or de Chaplin, qui m’a semblé tellement évidente que je me suis demandé comment je n’y avais pas pensé tout de suite. Et aussi des références littéraires qui ne m’étaient pas venues du tout à l’esprit, que j’ignorais même complètement : Leo Tuor, Oscar Peer, Arno Camenisch, Jacques Chessex (tous des écrivains suisses…) J’ai eu envie de les découvrir, j’ai commencé à le faire. Mais du récit de Svevo je n’ai trouvé aucune trace; je garde la curiosité de demander à Morandini s’il l’a lu, ce qui est hautement probable, et s’il y a senti quelque chose de familier ‒ ou non : au fond, la force de l’art réside aussi dans la capacité de suggérer au lecteur des pistes inconnues… de l’auteur lui-même. Comme si, pour le dire d’une façon plus audacieuse, lire était aussi un acte créateur…

Trad. Sophie Jankélévitch