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FIPA 2014: Israël, la mémoire et ses démons

Roberto Scarcia 

farwell« Il est maintenant temps de faire le point : 80 films en tant qu’acteur, 16 films en tant que réalisateur, 9 oscars, 4 mariages, 3 tentatives de suicide, 3 ans en hôpital psychiatrique, un corps qui pèse 130 kilos… un père avec un seul œil… » Avec ces mots commence Hashayim Keshmua, ou La vie comme une rumeur (Life as a rumor), le documentaire sur la vie d’Assi Dayan, le fils de Moshe.

La voix rauque, le ton blasé, tabac et cocaïne obligent, le fils du guerrier sioniste raconte sa vie. Né en 45, Assi Dayan m’a accompagné le long  des montagnes russes de sa vie. Il m’a dit « d’avoir été élevé par sa nounou Simcha qui lui racontait les histoires d’Ali Baba qu’elle entendait sur… Radio Bagdad ». Il m’a raconté « qu’enfant il cherchait  l’œil perdu de son père sous le bandeau noir », il m’a révèlé « qu’il s’a fugué adolescent à Chypre, qu’il s’est barré durant son service  militaire et  toute l’armée d’Israël s’est  mobilisé pour le chercher lui, le fils de Moshe Dayan », il chronique ses fait d’armes, ses idées, ses amours et tous ses vices, le tout comme  l’arche de Noë  dans le déluge d’Israël. Il m’a parlé d’une « aventure pirate » et « du désespoir tourné en idéologie ».

La vie du fils de Moshe Dayan n’est pas seulement la chronique d’une relation d’amour et de haine, du fils vis-à-vis son père, mais aussi une métaphore brutale et sans complaisances de la société israëlienne. Les derniers mots avant la fin m’ont touché comme un coup de poignard : « je joue le rôle d’un psychologue qui se fait payer par ses clients pour les conseiller de sauter par la fenêtre et  qui à la fin il se suicide… Mais moi je fais semblant d’être mort couvert de sang, je  suis encore vivant me vautrant dans le ketchup ». Difficile de faire le point à mon tour sur ce courageux chef d’œuvre d’Adi Arbel et Moish Goldberg . Toute  comparaison est nécessairement boiteuse. Que chacun aille le voir et se fasse sa propre idée.. S’il y a bien un film qu’il est nécessaire d’aller voir, c’est bien celui-ci. 

« Je pars chez moi (home)» dit la fille. « Chez toi ?  Dans cette pitoyable diaspora ? » demande le père. « Elle se sent chez elle en Allemagne » répond la mère. « Elle n’a rien en commun avec l’histoire allemande », rétorque le père. « Ce n’est pas important, elle a une patrie (homeland) » dit la mère. « Ce n’est pas une patrie, c’est un simple lieu de résidence » insiste le père. Ce dialogue crucial à trois sur le thème de la patrie et de l’appartenance se fait en hébreu et donne le ton de Schnee von Gestern (Farewell Herr Schwartz ou Adieu M Schwartz) une production allemande réalisé par l’israélienne Yael Reuveny. La réalisatrice part à la recherche de Feivke un grand oncle donné par mort en 1945 qui refait surface sous le nom de Peter en Allemagne de l’est où il meurt en 1987. Michla, la grand-mère de Yael Reuveny devait rencontrer son frère à la gare de Lodz après la guerre, mais dans la salle des pas perdus, les deux rescapés de la Shoah ne se sont pas trouvés et chacun a fait en solitude ses choix de vie et de pays, elle en Israël, lui en Allemagne. Cet adieu à l’oncle Peter jadis Feivke est un voyage initiatique qui embarque deux familles et trois générations. Le film creuse dans les plaies du traumatisme des journées signés par le silence et des nuits marqués par les cris des cauchemars, de la « maudite terre allemande », des photos évoquant et amour et haine, de l’effort d’essayer de comprendre. Peu importe si le jeun cousin allemand retrouvé de la réalisatrice ne soit pas à mon avis à l’hauteur intellectuelle de sa cousine israélienne. Le film est fort et profond. Dommage que la grand-mère et le grand-oncle de Yael Reuveny soient décédés avant la fin du film. 

J’ai écrit cette série de chroniques à la première personne ; ce n’est pas rien . Pourquoi ? Parce que ces deux films, sous le signe de l’étoile de David, sont, chacun à leur manière les meilleurs films que j’ai pu voir à Biarritz : ils m’ont bouleversé et ont transformé mes émotions ; soudain je me suis retrouvé comme un enfant dans le vertige des montagnes russes, Cependant l’un et l’autre font l’impasse sur un fait à mes yeux grave et qui aurait du pourtant interpeller les réalisateurs. C’est l’absence criante de toute référence à la souffrance des Palestiniens. Comme liberté, la  douleur ou plus précisément la mémoire de la souffrance des Israéliens s’arrête là où commence celle des Palestiniens. C’est pourquoi la souffrance de ces derniers constitue la mesure morale des Israéliens. A quoi bon explorer la douleur  passée si on n’est pas en mesure de comprendre celle que l’on inflige à ses voisins les plus proches. C’est une question d’éthique.  Certes ont prétextera que “ce n’était pas là le sujet”; que l’on “peut pas tout aborder”  et que ce n’est pas aux Israéliens de parler de Palestiniens !  Mais alors à quoi bon le courage, l’hauteur de l’espoir, les abîmes du désespoir, l’épaisseur artistique, la sincérité et « tutti quanti »…

 

FIPA : Le Congo dans tous ses états

Roberto Scarcia01

Congo Business Case  réalisé par le néerlandais Hans Bouma, le gagnant du Fipa d’or des Grands reportages, est exemplaire de ces bons sentiments que nourrit l’Occident à l’égard de l’Afrique. Ce reportage raconte l’histoire réelle de Daniel, un jeune hollandais qui part au Congo désillusionné par la façon  dont  se comportent  ces grandes ONGs   comme la FAO, l’organisation des Nations Unies contre la faim   dont il fut d’ailleurs salarié.

Daniel en a marre « de voir les  légumes  pourrir dans les champs alors qu’a moins de 200 kilomètres, en ville  les gens crèvent de faim ». Il part donc en Afrique la fleur au fusil pour lancer une entreprise qui ferait le lien entre  la campagnes et la  ville : il achète du manioc, la transforme en farine et la vend au marché de la capitale. Mais les problèmes pratiques et d’ordre culturel s’accumulent et Daniel est forcé d’abandonner le projet. « T’es l’un des quinze fils d’une femme congolaise émaciée, t’es l’un des six choisis entre 300 demandeurs d’emploi, et tu te mets en grève… » dit-il en exprimant son amertume. Ces deux phrases entre guillemets prononcées par le protagoniste résument le film : les bonnes intentions et la dure réalité des faits.

Si d’une part Congo Business Case est une histoire typique d’un jeune qui veut sincèrement changer les choses dans « les pays pauvres »,et ceci avec une franchise  dépourvu de ce narcissisme mal déguisé qui marque souvent ce genre d’aventures, il y a d’autre part quelque chose de nouveau ou plutôt de  curieusement familier  pour nous occidentaux dans ce film. Le jeune blanc qui part monter son business dans le sud ressemble curieusement  à nos anciens colons partis faire fortune dans les colonies. Voilà pourquoi, au delà des mots de convenance, ce film a plu autant. Pourquoi le nier, on assiste à un  retour manifeste  de l’esprit colonial en Europe  qui se cache sous la feuille de figuier de l’humanitaire.  Congo Business Case va dans le sens de l’histoire qu’on est en train d’écrire aujourd’hui.

La seconde raison du succès de ce film est linguistique : chauvinisme culturel aidant, un jury de France ne pouvait pas rester indifférent à un film où pour une fois le français et non pas l’anglais est la lingua franca entre un européen et des africains.

Le succès de Congo Business à Biarritz nous force à parler d’un autre grand reportage du même genre. AIDependance, est un film belge réalisé  par Alice Smeets et Frederick Biegmann  et qui dénonce justement la façon d’agir des ONG à Haïti. AIDependance, la dépendance de l’aide extérieure nous démonte  de façon minutieuse le mécanismes par lequel les Organisations Non Gouvernementales  détruisent le tissus  social local et, comme le dit une femme haïtienne avec désespoir «réduit les pauvres à des camés et l’aide étrangère à de la cocaïne ».  En même temps, ce film suit les traces d’un couple, Robi le haïtien et Sabina l’américaine  qui  vont dans  les endroits les plus difficiles de l’île et proposent  un exemple différent d’aide aux plus démunis.

Malgré leur différence,Congo Business et AIDependance  envoie le même message que l’on peut traduire ainsi  : pour être efficaces, les actions humanitaires  internationales doivent être conduites sous direction locale, par des gens du lieu, autrement c’est une mission impossible vouée au désastre.

FIPA 2014 : La télé à l’épreuve de la transculture

Roberto Scarciafipa

Voici le première article d’un reportage qui en comportera  huit sur le FIPA, l’un  des plus importants  rendez-vous  dédiés aux séries et aux documentaires de la télévision. Ce reportage  a été initialement publié sur le site de l’Observatoire de la diversité culturelle: www.combats-magazine.org

Tout débat sur la transculture comme sur le pluralisme politique ne peut faire l’impasse du petit écran. Ce n’est pas seulement parce que, comme les observateurs l’ont souvent souligné, la télé est un “médium populaire”, sinon un médium tout court ; mais aussi et surtout parce que dans notre civilisation de l’image, la télé s’est transformée dans le mielleur des cas hélas pas si fréquent en un espace spécifique ayant remplacé l’agora grecque ou le forum latin.
Dans cette perspective, ce qui est produit dans le monde pour la télé ne peut nous laisser indifférent. Prendre le pouls des tendances télévisuelles c’est déjà dessiner la cartographie de nos humeurs et de l’évolution de nos valeurs et  pour le meilleur et pour le pire. En d’autres mots, s’il n’y a plus besoin de chemises noires pour contrôler violemment l’espace public, la télé «fait la job » (comme on dit dans mon pays d’émigration et de naturalisation). Toute la gamme de la manipulation y passe: de l’infantilisation à un certain lavage des cerveaux (comme l’a su comprendre un certain Berlusconi dans mon vieux pays de naissance et de formation).
Pour ma part, je voudrais commencer cette série de chroniques  dédiée  au 27e édition du Festival International des Programmes Audiovisuels qui vient de se terminer fin janvier à Biarritz en partageant une conviction personnelle qui peut paraître banale : avec l’arrivée d’Internet, pour la première fois dans sa courte mais intense histoire, la télé se trouve confrontée à une concurrence efficace ; et heureusement la télévision semble vouloir se battre pour survivre. Cela se traduit au fait qu’aujourd’hui par une grande créativité dans la recherche des thématiques, l’exploration des lieux et les personnages.

D’autre part, il faut souligner que le choix des différents jury indique clairement que la télévision n’échappe pas à des biais culturels et politiques, voire  à un certain chauvinisme qu’on peut saluer ou maudire, mais qui restent bien enracinés. Commençons donc par la fin de cette kermesse de programmes audiovisuels constitués par 93 films en compétition dans les différentes catégories, venant des télévisions de 25 pays du monde, en rendant hommage aux gagnants sur lesquels on reviendra lors des prochaines chroniques : Congo Business Case du hollandais Hans Bouma a remporté le Fipa d’or de la catégorie des Grands Reportages et investigation ; le prix Michel Mitrani est allé au français Le Copain d’avant de Laurent Morocco et Françoise-Renée Jamet ; le Fipa d’or de la section Documentaire et création est allé à Chante ton bac d’abord de David André et le Prix du Jury des Jeunes Européens est allé au réalisateur de souche tibétaine Tenzing Tsetan Choklay l’auteur de Bringing Tibet Home.

Dans la section des Séries télé, le danois Arvingerne (The Legacy) de Pernilla August a remporté le Fipa d’or pour le meilleur scénario alors que le britannique Peaky Blinders de Otto Bathurst a obtenu le Fipa de la meilleure musique originale et des interprétations masculine et féminine de la même section. L’hommage de John Bridcut au maestro Colin Davis, Colin Davis in His Own Words a remporté le Fipa d’or dans la section Musique et spectacles, et finalement dans la section Fiction Jean-Xavier Lestrade a eu le Fipa d’or pour son 3xManon, le prix pour le meilleur scénario dans la même catégorie est allé à l’allemand Take Good Care of Him de Johannes Fabrick. Toujours dans la section Fiction le prix de la meilleur interprétation féminine est allé au protagoniste du britannique The Politician’s Husband de Simon Cellar Jones, alors que le prix pour la meilleure interprétation masculine est allé au protagoniste du film catalan Descalç Sobre la terra vermella, ou Pieds nus sur la terre rouge, film de Oriol Ferre qui a obtenu également le prix de la meilleure musique originale dans la section Fiction.

El Tango de las Academias en el Río de la Plata

 

Eduardo Magoo Nico

origen-popular-Argentina_CLAIMA20121222Con sus sucesivos cambios la danza de origen afro-antillano, que luego se llamó Habanera, fue la preferida en los cuartos de las chinas cuarteleras (negras, mulatas, mestizas, indias y de vez en cuando alguna blanca) donde antes de 1850 ya se bailaba con pareja abrazada (la mujer siempre retrocediendo y los cuerpos en contacto “tanto más o menos, según fuera la confianza habida”, pero “sin contorsiones ni traspieses buscados”). Esa danza, decíamos (por no decir Tango, pues tango era todavía todo lo que bailaban los negros) fue modificando paulatinamente sus componentes coreográficos que la lascivia del orillero penetró con las más imprevistas y pintorescas figuras, surgiendo entonces el corte y la quebrada, que el bailarín negro no demoró en aplicar a la Milonga y a todo lo que se bailara en los cuartos de las chinas.

“La popularidad que conquistaba la milonga danzable, sugirió en el suburbio un nuevo lucro, y se instalaron salones de bailes públicos, con el consabido anexo de bebidas.” Estos salones de bailes públicos son las Academias, perfectamente descriptas por el ensayista uruguayo Vicente Rossi, en “Cosas de negros” de 1926, así como la gran participación que en ellas cuadró a los negros (tesis ésta que contara con el sostén de Jorge Luis Borges entre sus mayores defensores), y el hecho muy importante, de que allí no se utilizaba la danza como antesala del libertinaje, sino como un fin en sí misma.

En las Academias surge entonces una subclase especializada de nuestro primer proletariado (en su mayoría negro y proveniente del tráfico de esclavos). “A las danzaderas, pardas y blancas, no se les exigía ningún rasgo de belleza, sino que fueran buenas bailarinas y lo eran a toda prueba”. Su jornal, unos centésimos que a tarifa fija le abonaba el cliente por cada pieza (a dividir con el patrón). Su tarea “fatigosa y brutal”, satisfacer “el culto de un nuevo arte de emociones y acrobacia danzante”, su existencia, “una maldición hasta para la mujer de vida airada”.

Las orquestas estaban constituidas, por lo común, por seis músicos criollos “virtuosos del oído”. El repertorio importado se interpretaba fielmente, según se dice, y con la Milonga se hacían primores. El mundo que acudía a las Academias no era ya solo el del negro que “se floreaba y divertía con sus reminiscencias raciales” sino también la juventud masculina de todas las clases sociales. Bailar estas danzas en público, sin embargo, no era para todos, y el blanco y el pardo no se adaptaban con facilidad a la técnica del negro, aceptando sus lecciones de ritual, pero no sus atrevidos desplantes. Así, a toda exageración o impetuosidad milonguera, se la llamó “cosa de negro” o “bailar a lo negro”.

Las Academias funcionaron en distintos barrios de la ciudad de Buenos Aires: La Boca, Barracas, San Cristóbal y el Bajo. “Viejo Tanguero” (1) menciona tres en el Sur: Solís y Humberto I, Solís y Estados Unidos y Pozos e Independencia, “tal vez la más famosa por la gente de bronce que la frecuentaba y por el prestigio de los bailarines que concurrían”.

Nombres o mitos entre las danzarinas de color: las pardas Refucilo, Flora, Adelina, la Negra Rosa (propietaria de una casa de baile en Pompeya), la mulata María Celeste. Entre los bailarines iniciales: los negros Cotongo y Benguela.

Los propietarios de las tan mentadas academias de baile, eran en su mayor parte hombres de color y otro tanto ocurría con sus tan jerarquizadas regentas, como la ya evocada por “Viejo Tanguero”, Carmen Gómez (2), una parda que valiéndose de un brujo negro, rodeó muy adecuadamente con sal la casa de su adversaria (de igual tez, pero Agustina de nombre) con el afán de provocarle “un mal”.

El tango que se conoce en la actualidad se formó mediante “el contacto del hombre de color y el orillero. Los ritmos europeos adquirían el ritmo de los tamboriles y el canto de África. Este tango, ligado aún a su origen en los sitios de los negros, poseía una coreografía que lo destacaba de la música ciudadana de la época.” (3)

Aquellos tangos (desaparecidos o agonizantes los cuartos de las chinas y las primeras Academias) continuaron bailándose, en los burdeles, en los clandestinos, en los centros nocturnos de Palermo… Recordemos que el desarrollo de la prostitución organizada se inició en nuestro país después de 1870, debido sobre todo, a la prevalencia de la población masculina proveniente de la inmigración. “No fue difícil que, ante la magnitud del fenómeno prostitucional, el burdel se convirtiera en la institución orillera por excelencia, y sus personajes típicos (el canfinflero, la madama, la taquera) en una suerte de próceres o aristocracia negra en la ciudad del mal. El tango llegó siguiendo este maligno prestigio, fraguando en una forma bailable que luego sería musical, el carácter de la orilla ciudadana, hábitat de todo el margen de la sociedad” (4)

Los hombres de color fueron desapareciendo (como bailarines) de los lugares de tango. Hacia finales del siglo XIX y en los comienzos del nuevo siglo, a la aniquilación física en la guerra fratricida con el Paraguay, y en la sucesiva epidemia de fiebre amarilla que asoló Buenos Aires en 1871, sigue una Política de Estado de “invisibilización” de indios y negros en la sociedad, barridos por el torrente de la masiva inmigración blanca europea. El rechazo de la negritud se acrecienta con la pompa y el boato que van adquiriendo algunos de esos nuevos lugares de tango (ya de moda en París). Pero su participación no se borra definitivamente, sino que ahora empezarán a convertirse en los más prestigiosos musicantes de los clandestinos rumbosos, de los apeaderos del sabalaje, de las nocturnas jodas de los recreos de Palermo. En cuanto a las pardas, las mulatas, las negras, serán sustituídas paulatinamente por las milonguitas, y por las nuevas putas europeas: “sífilis embarcadas en Marsella/ ladillas gigantescas de Varsovia”.

Una cierta lectura de la toponimia de las calles de Buenos Aires podría hacernos pensar en una apología de todos los genocidios. Las calles rebosan de nombres de militares “ilustres”, pero en ningún lado se recuerda el nombre (en ningún bar, ninguna esquina, ninguna plaza, ninguna placa) de estas primeras bailarinas de tango (casi siempre negras, chinas o mulatas), que contribuyeron a crear, y sobre todo, enseñaron a bailar (y en la transmisión, recordemos, se fija, se sistematiza, se denomina, la figura coreográfica) una danza que es hoy reconocida por la UNESCO, como Patrimonio Cultural de la Humanidad. Tenían un nombre estas mujeres corajudas (5) que enseñaban a danzar “con corte” en las Academias, y antes y después, en los piringundines, prostíbulos y cabarets de Buenos Aires, aunque por ser hijas de la esclavitud (de la vieja y de la siempre renovada esclavitud) no se les haya otorgado el derecho de tener una historia (6).

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1) “Viejo Tanguero”, autor de un artículo publicado en “Crítica”, el 22 de septiembre de 1913, con el siguiente título: “El tango: su evolución y su historia. Quienes lo implantaron”. De acuerdo a Cárdenas (1971:28) dicho seudónimo presumiblemente correspondería al periodista José Antonio Saldías.
2)Este mismo “Viejo Tanguero” (que pareciera considerar el vocablo “piringundín” como de antigua data, y el de “academia”, como posterior a aquél) cita también la Academia de la plaza Lorea donde descollaba la fama de Cármen Gómez, “una hábil milonguera capaz de arremeter contra un cuadro de caballería”, y las del centro: la “Stella di Roma” o “Baile de Pepín” (Corrientes y Uruguay), “Scudo de Italia” (Corrientes casi Uruguay) y la “Casa de Provín” (Corrientes y Talcahuano).
3)Vicente Gesualdo manifiesta coincidentemente que: “Morenos y pardos están en la historia del tango desde su origen, cuando mucho antes de 1870 se bailaba en la casa de la parda Carmen Gómez, en cuyo local tocaba el piano el morenito Alejandro Vilela. En esos lugares de mala fama tuvo su origen el tango, estrechamente ligado a la música que realizaban los negros en sus sitios”. (Citado por Puccia: 1976:76).
4) Matamoro: 1969 : 40
5)Roberto Selles, en su artículo “Los negros del tango, de Casimiro a Rosendo”, agrega otros nombres: Clotilde Lemos (debutó como bailarina en la Academia de Pardos y Morenos, en la actual calle Lavalle en Bs. As. entre 1855 y 1860); la Parda Deolinda, milonguera y propietaria de un sitio de baile, en Montevideo. “Dotada de un magnífico cuerpo y original belleza -nos hace saber su compatriota Pintín Castellanos- amén de un carácter de los mil demonios, tenía extraordinaria habilidad para bailar con corte y quebrada (…) los varones de aquellos lugares, pese a su probada guapeza, no se atrevían mucho con la parda. Entre 1880 y 1886, el Jefe de Policía, Apolinario Gayoso, la deportó -a causa de las muchas trifulcas en las que era protagonista- a Buenos Aires. Aquí, continuó con las filigranas de sus pies y con su bravura… ¡Murió en duelo criollo!”.Otras de las negras al frente de una Academia en Montevideo, fue la morena Sixta que había obtenido jinetas de sargento de este lado del Plata en la batalla de Caseros (solía hacer uso de su viejo fusil con bayoneta, cuando la batahola era grande).
(6)En las Academias porteñas, se destacan varias pardas legendarias, la Parda Loreto, y las ya mencionadas Parda Refucilo y la Parda Flora (personaje mítico) al cual se le atribuye esta hermosa frase: “¡Que haiga relajo, pero con orden!”. Supongo que luego agregaría un “¡carajo!”. Pero eso lo dejo como abono para el terreno de las conjeturas. Hay autores que agregan otros nombres entre las pioneras. Me quedo para este retazo colorido, con las que por su apodo, o alguna descripción existente, denuncian su origen Afro o Amerindio: la Negra María, la Parda Corina, la Parda Esther (bailaba con el Pardo Santillán), la Paulina (italiana rubia, que siendo compañera del Negro Casimiro hasta su muerte, debo considerar mestiza), la Peti (bailaba con el Negro Pavura), la China Venicia (citada por “Viejo Tanguero”), y Concepción Amaya “Mamita” (su “casa” es una leyenda tanguera por todo lo que allí sucedió y los personajes que por ella pasaron, la describen con el cutis morocho oscuro, mas bien achinada, brava y de ojos negros).

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Foto: Comunidad Camundá o Cabundá en una villa de Buenos Aires. Publicada en la revista “Caras y
Caretas” en 1908 (Archivo General de la Nación).

Texto: Eduardo Magoo Nico

Para una versión con mayores detalles dirigirse al blog del autor:
http://magoolefou.blogspot.it/2013/02/el-tango-de-las-academias-en-el-rio-de.html

John Weldon Cale, alias JJ Cale, The Quiet Guitar Hero Has Gone

Karim Moutarrif 

http://seventiesmusic.files.wordpress.com/2013/08/jj-cale-okie.jpgRien ne sert de courir, JJ Cale a rejoint les Prairies des Grandes Chasses, auprès du Grand Manitou au mois de juillet, au moment où on met la faux au sillon. J’ai pleuré ce doux et discret personnage.

Merci de m’avoir distillé pendant des années une musique humaine et sans violence. Merci de m’avoir fait rêver quand j’étais au bord du désespoir entrain de croupir dans une dictature. Merci de m’avoir fait sourire juste en me délectant de tes mélodies. Merci de m’avoir inspiré dans ma propre musique.

Thank you for giving me an endless human music without violence.  Thank you for making me dream when I was at the edge of despair, broken down by dictatorships. Thank you for making me smile with your pure delightful melodies. Thank you for  inspiring me and my music.

 JJ Cale est mort et ce fut un coup dur pour moi. Comme pour Rachid et apparemment Abdellatif aussi. Et tous ceux qui l’aimaient. Là-bas en Afrique.

Un mur de mon édifice s’est effondré, un pan de ma vie s’est écroulé, un bout de ma vie. Il fallait que je partage ce deuil immense avec des adeptes. Depuis quelques décennies déjà, un demi-siècle pendant lesquels il a égrené ses  quinze albums. Jamais pressé le lazy man. Poussant la fumisterie jusqu’à donner des numéros pour  titre à certains de ses albums

It happens! Des fans francophones, perdus en Afrique du Nord, le savait-il? Avant de commencer à écrire j’ai voulu consulter mon ami Rachid, pour faire le point sur les décennies de dévotion à ce bonhomme qui n’avait pas le look. Car on ne peut pas dire que dans le profond des États, l’élégance soit le fort, vu les lignées de paysans que l’Europe avait expurgé vers les « Amériques ». JJ Cale était un rustre mais il s’en tapait, la gloire ça le faisait c….Il chantait  I’m a gypsy man avec ses solos nasillards qui on finit par devenir sa marque de commerce. C’est l’air qu’il avait quand il débarqua au festival de jazz de Montréal, au début des années 90. Avec un percussionniste en guise de band et une Fender Stratocaster blanche. J’étais ému aux larmes, cela faisait déjà dix-huit ans que j’écoutais sa musique et je l’avais jamais vu sur scène.

Mon ami et moi cultivions secrètement le culte, de toute façon autour de nous peu de monde avait saisi le génie du bonhomme. Five, c’était 1979 , Don’t cry sister cry dans la Tanger de l’époque et les nuits blanches sur la plage.

 Nous aimions sa musique tranquille, son humilité, son comportement musical anti-cowboy. Du coup le rock devenait une balade tranquille. Et puis ça pouvait aller loin, à vous perdre, one step ahed of the blues ou carrément dans le jazz. Le premier morceau qui m’avait frappé c’était un titre très anodin, Hey Baby, de l’album Troubadour, un des premiers mais qui est un morceau à la croisée des chemins entre le blues le jazz et un rock très smooth ajusté à sa voix. Avec une ligne de cuivre discrète mais présente. Ce n’était pas une voix de crooner mais elle était chaleureuse, parlée ou chantée

Je commençais à comprendre que lui aussi était mortel mais je n’étais pas prêt. On n’est jamais prêt pour ces choses là. Je voyais bien la marque du temps s’imprimer au fur et à mesure que le celui-ci se déroulait, sur son visage sculpté.

Je suis d’accord avec Neil Young quand il le situe près de Jimi Hendrix.  JJ Cale a été une machine créatrice phénoménale, dans la plus grande intimité. Sans tambour ni trompette. Celui qu’on appelait God, le fameux Eric Clapton a écrit “John Weldon “J.J.” Cale “is one of the most important artists in the history of rock, quietly representing the greatest asset his country has ever had.” Et pourtant, Clapton avait pris tout le lit. Après s’être servi du génie du Okie.

Il fut un des bâtisseurs du fameux Tulsa Sound avec, entre autres, un acolyte nommé Leon Russell. Celui là même qui l’avait entrainé loin de son Oklahoma natale vers Los Angeles et la Californie en 1964. Après un détour à Nashville.

“I love his style. I always thought of it as “lazy” music, because to me it’s so laid back and relaxing. One of my favorite JJ Cale songs… »  écrit un internaute sur http://www.warriorforum.com.

Le day sleeper a quand même accouché de plus de vingt albums et une bonne dizaine de morceaux qui marqueront à jamais la musique anglo-saxonne

“JJ was a perfect example of how a humble but extremely talented musician should live his life,” a dit Mac Gayden, parolier et musicien

Il est parti aussi discrètement qu’il est arrivé. Repose en paix John et merci d’avoir existé.