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Enjeux de la technodiversité

Fulvio Caccia

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Publié initialement dans les pages de www.combats-magazine.org

La transculture  ne se réduit pas simplement à sa variante culturelle ( diversité culturelle) , politique (le fameux pluralisme) ou encore biologique (la biodiversité), elle se décline plus que jamais dans l’espace technologique. Un éloquent contre-exemple nous a été donné récemment par l’espionnage opéré par les services secrets américains avec la complicité intéressée des principaux opérateurs numériques (Google, Facebook, Apple, Microsoft). Désormais nul besoin de déployer les grandes oreilles radar vers la ionosphère pour capter les ondes radio de tout un chacun comme naguère le faisait le programme Échelon ( Au fait-il toujours en opération ?), il s’agit simplement de se brancher à la source , directement sur les serveurs de ces méga-agrégateurs d’information. C’est ce que nous révélait le 4 juin 2013  le Washington Post et The Guardian.

En ce début de l’été 2013, leur source a décidé de se montrer au grand jour. Il s’agit d’Edward Snowden, 29 ans, un informaticien de la société Verizen qui sous-traitait le contrôle des communications des citoyens des États-Unis pour le compte de la toute puissante et occulte National Security Agency. Dans son entretien au journaliste The Guardian, le jeune informaticien , réfugié à Hong Kong, révélait combien il lui était alors facile d’avoir accès aux données personnelles de n’importe quel citoyen y compris le président lui-même si cela s’était avéré nécessaire. Une perspective qui donne froid dans les dos. Ainsi donc, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, le fameux « Patriot Act », l’une des plus grandes démocraties du monde confirmerait sa tentation totalitaire vingt ans après que son ennemi historique se soit effondré pour l’avoir justement érigé en dogme. C’est le serpent qui se mord la queue.

S’il ne pas encore le visage du totalitarisme dur qui régnait naguère derrière le rideau de fer, c’est que les avancées époustouflantes de la technologie numérique permettent à la société de l’information mondialisée d’avancer masquée en brandissant justement la démocratie et l’éducation accessible à tous comme autant de leurres.

Mais quelle est la nature de cette société mondialisée qui s’américanise en apparence non seulement par sa culture du divertissement mais également par l’adhésion aveugle des élites nationales du monde entier aux protocoles de gestion et de management développées naguère par l’Oncle Sam. Loin de moi l’idée d’emboucher les trompettes de l’antiaméricanisme. Car c’est justement à l’instant où il s’internationalise que ce modèle perd toute référence nationale pour devenir le mode de gestion transnational du capitalisme avancé. Toutes les oligarchies du monde y apportent peu ou prou leur contribution. Naguère le PDG de Vivendi Univeral, s’était fendu d’une opinion dans le Monde pour déclarer et annexer par ce biais la diversité culturelle sous le giron de sa multinationale. Cette diversité dont le marché a besoin pour faire tourner la roue de la profitabilité, c’est celle des biens de consommation, réduit à l’état de simulacre culturel. Processus de fétichisation de la marchandise bien connu depuis Marx.

Aujourd’hui dans ce dispositif, c’est la marchandise même qui « disparaît » à son tour bien après avoir dissout le prolétariat au profit des protocoles de gestion de vos communications personnelles et de leur contrôle. C’est ce qu’avait mis en lumière un Baudrillard par exemple et que confirme la privatisation des ces protocoles de contrôle. Il est en effet significatif que des entreprises privées obtiennent par appel d’offres de telles responsabilités qui appartiennent d’abord à l’Etat, c’est-à- dire en démocratie, à l’ensemble des citoyens.

Cette privatisation de modes de contrôle est comparable à la privatisation pas si lointaines de larges secteurs du domaine public. C’est une constante du capitalisme depuis l’origine dont les conséquences sont paradoxalement de réduire d’autant l’espace de liberté. Et cela passe par le droit et la reconnaissance de la propriété privée sur ce nouveau territoire bien plus lucratif que le bien foncier : les données personnelles. C’est ce droit que Facebook reconnaît à l’ utilisateur de son réseau social. En échange de la publication de ces données personnelles, il lui demande simplement « une licence non-exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle…» (Déclaration des droits et responsabilité, article 2.1). C’est précisément ce droit de propriété que les juristes néerlandais ont reconnu aux Indiens de Manhattan au XVIe siècle pour ensuite leur racheter leur terre à vil prix. Ce principe de propriété a été ensuite appliqué mutatis mutandis à l’ensemble des tribus indiennes d’Amérique du nord pour mieux les spolier. Or c’est sur ce droit reconnu sur lequel se fonde l’essentiel des revendications actuelles des Amérindiens sur leur ancien territoire.

SOUVERAINETÉ SUR LES DONNÉES PERSONNELLES

Avancée pour les uns, hypocrisie pour les autres il n’en demeure pas moins que ce droit à la souveraineté personnelle est en train d’émerger comme le nouvel Eldorado, la nouvelle « richesse des nations » qui peut dériver aussi en accord de dupes. La transformation de l’internaute en auteur reconduit sous les projecteurs la confrontation entre droit d’auteur et copyright. C’est un dilemme que les écrivains connaissent bien : que faire de ses droits universels si personne ne les exploite ?

Bien que ne se situant pas au même niveau qu’une œuvre littéraire, les donnes personnelles sont exploitées en fonction du même principe : le droit intellectuel. C’est la matérialisation d’une œuvre de l’esprit sur un support matériel (un livre papier, un cd) qui en fait un objet public et exploitable. Avec les données personnelles, nous demeurons dans le virtuel et l’agrégat. C’est l’addition des fichiers personnels qui fait masse et devient exploitable.

Que faire face à cette marchandisation de la vie privée ? Aujourd’hui les outils existent (Voir article la nouvelle richesse des nations) Il n’en tient qu’à nous de les utiliser . A bon entendeur Salut !

Fulvio Caccia

Comment on fabrique une langue de culture

Fulvio Caccia

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Comment on fabrique une langue de culture ? La réponse serait simple en apparence. On fabrique une langue de culture en l’écrivant, tout bonnement ! Dès la formulation de cet énoncé, surgissent pourtant d’autres questions, toutes aussi complexes. Qu’est-ce qu’écrire ? Qu’est-ce qu’une langue ? Qu’est-ce qu’une culture ? Qui écrit ? Pourquoi ? Comment ? En les posant abruptement, nous entrons de plein pied au cœur du débat complexe sur la culture aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’écrire ?

Essayons de répondre d’abord à cette première interrogation. Ecrire, « c’est tracer un ensemble organisé de signes » nous dit le dictionnaire. C’est donc une forme d’expression. Elle consiste à extérioriser, communiquer un sentiment, une information en dehors de soi. Cette manifestation passe d’abord par le son ou mieux, le son articulé-la parole- qui est le plus petit commun dénominateur significatif du système d’expression et de communication qu’on appelle la langue. La parole humaine se distingue du cri et du langage animal non pas par sa faculté d’expression, ni par la communication mais bien par sa capacité de conviction. C’est d’ailleurs le sens latin de parauala de parabole, qui veut dire « comparaison ». Si on compare, on évalue, on interprète.

La conviction, selon le sociologue Philippe Breton, découle d’une désadaptation fondatrice du préhominien consécutive à un accident géologique qui le confronte à devoir inventer une parole qui ne soit pas seulement informative mais « en perpétuelle recherche de son adéquation avec le réel i» C’est cet écart permanent, cette distance au monde qui se remplit de sens et qui par conséquent autonomise la parole par rapport au langage animal. La parole donne lieu à tous les mensonges et toutes les manipulations, mais permet également à l’homme d’agir sur son environnement individuellement et collectivement.

L’écriture, elle, n’est pas une langue mais un système de notation qui dérive souvent de l’instrument qui sert à inciser le signe sur le support : le stylet « skariphos » (grec) gratte les tablettes de cire comme la plume le papyrus ou le parchemin. La racine indo européenne Gerbh, plus ancienne, implique aussi le calame par lequel les caractères sont fixés sur la tablette d’argile et qui donnera plus tard le terme «grammaire». Mais que cherchait-on ainsi à sauver de l’oubli ? Je vous le donne en mille : l’inventaire des biens, la comptabilité des impôts, l’enregistrement des actes juridiques que les premières accumulations de surplus de l’histoire ont produits. Ce n’est pas par hasard si les civilisations mésopotamiennes et égyptiennes ont été également celles qui ont mis au point ce système de notation de signes il y a plus de 5000 ans.

Car écrire c’est d’abord une mnémotechnique de la gestion. L’écriture naît du surplus et par conséquent de l’avènement de l’Etat au sein de collectivités ayant dépassé le stade de la survie et de la transhumance. C’est-à-dire dans des sociétés en mesure de pouvoir se projeter dans le futur, de le planifier. Cela implique déjà une représentation de soi et des autres et de son environnement dans la durée.

Aller au plus pressé par le plus court chemin. L’essentiel du processus du devenir homme peut se résumer dans cet incessant travail de symbolisation qui permet à l’homme de s’abstraire de son milieu pour mieux le comprendre et donc d’agir sur lui. Symbole, symbolisation qu’est-ce à dire ? Le « symbolom » désigne à l’origine un signe de reconnaissance, coupé en deux dont deux hôtes conservent chacun une moitié et qu’ils transmettaient à leurs enfants. En rapprochant les deux parties, on faisait la preuve que des relations d’hospitalités avaient été contractées. Le Symbole est donc un relais pour relier dans le temps (symbolein) ce qui a été coupé en deux, séparé (diabellein). Notons au passage que ce mot grec nous a donné « diable ». Le diable à la lettre est celui qui sépare. Et l’ont voit ainsi fonctionner dans toute sa splendeur la mécanique binaire – séparer, relier- par laquelle l’esprit humain cherche à pallier son manque, son sentiment de séparation.

C’est parce que, à la différence de l’animal, il a conscience de sa fragilité, de son inadaptation, que l’homme invente sans cesse des représentations (divines, culturelles, politiques) et des techniques pour se rattacher autrement à son environnement et convier le plus grand nombre à en faire autant.

L’écriture ne fait pas exception à cette dynamique de séparation et d’unification, ou encore pour reprendre une notion chère à aux philosophes français Deleuze et Guattari, de territorialisation et de déterritorialisation. En se développant d’abord sur sa forme pictographique, puis idéographique, et enfin syllabique, et même aujourd’hui numérique, l’écriture va accélérer le processus de subjectivation et d’abstraction qui va permettre à l’homme d’avoir accès à des domaines de connaissances et de compétences jusqu’alors insoupçonnables. Comment ? Par un phénomène que les linguistes appellent l’arbitraire du signe. Qu’est-ce à dire ?

Le signe ne renvoie plus à une représentation mais par pure convention à un son unique qui, assemblés en syllabes produira un signifié qui désignera sans ambiguïté un seul objet : un seul signifiant. Par exemple le mot « maison » composé de deux syllabes désignera un objet réel : maison.

Signifié et signifiant sont cul et chemise, ils fonctionnent de pair afin que la langue fasse son boulot qui est d’établir une compréhension univoque entre les membres d’une même communauté. C’est ce moteur à deux temps qui permet la construction de l’identité. Construction qui s’accélère lorsque la langue passe de l’oral à l’écrit.

En écrivant, et en lisant, processus inséparable, on s’affirme, -on s’exprime donc-, face à sa propre société en tant qu’individualité séparée mais par ailleurs rattaché à elle sur le plan symbolique. C’est ainsi que la communauté devient du coup non seulement locale, mais nationale et, par le biais de la traduction, transnationale. C’est ce qu’avaient compris les pères de la Révolution de 1789 et plus tard ceux de l’école laïque. En scolarisant les enfants, on les sort non seulement de leur dialecte local, maternel, mais on leur inculque, non sans une certaine violence une autre langue, normée, et par conséquent compréhensible à l’ensemble des citoyens de la Nation, une langue qui permettra plus tard aux enfants devenus grands de participer à la nouvelle culture (nationale) unifié par la volonté d’un seule autorité : le roi ou le chef d’état.

C’est pourquoi la langue de la culture est d’abord au sens strict une langue « étrangère », diabolisée , i.e séparée de la langue d’origine, la langue de la mère que l’on apprend en suçant le lait maternel diront le poète Dante Alighieri et plus tard Cervantès. Mais il n’en fut pas toujours été ainsi. La langue de la culture fut dans un premier temps langue des origines, de premiers attachements, « commune à tous les hommes » (Dante) qu’il s’agira de hisser au niveau de langue de la Cité et de la Loi. La réside le second niveau. La langue de la justice devient ainsi la langue véhiculaire. Elle est partout. C’est ainsi qu’elle pourra devenir par la langue de la culture, donc langue de référence. Ceci constituant le 3e niveau d’élévation. Même s’ils appartiennent à deux registres différents, la langue de la loi et la langue de la culture fonctionnent de concert et ont tendance à maintenir la langue maternelle dans une situation d’infériorité.

Un peuple sans histoire et sans littérature

On aura reconnu dans cette sujétion, les luttes d’affirmation nationale et de décolonisation qui ont jalonné l’histoire contemporaine. Permettez-moi ici d’illustrer par un exemple la manière dont le fait littéraire et donc de l’écrit fonde et assure l’espace politique. Je veux ici rappeler le combat de l’élite canadienne française pour se doter d’une littérature durant les années 1840. Deux ans plus tôt, une rébellion populaire avait été écrasée dans le sang dans la nouvelle colonie anglaise du Canada.

Le Parlement anglais dépêcha Lord Durham, un émissaire plénipotentiaire, qui préconisa l’assimilation culturelle et linguistique pour cette minorité francophone perdue sur continent devenu anglo-saxon qui n’avait selon ses termes « ni histoire ni littérature ». C’était d’après lui, ce qui pouvait arriver de mieux à ces descendants de cette colonie de souche blanche et européenne. Or cette recommandation poussa l’élite francophone d’alors à répondre à ce défi en écrivant dans la foulée la toute première histoire du Canada (François Xavier Garneau) et les premiers ouvrages dont le premier roman ( Philippe Aubert de Gaspé) de leur jeunes littérature!

Il peut aussi arriver que la langue de maternelle devienne ipso facto langue de culture, mais sa diffusion s’en trouvera à terme empêché, ce fut le cas du toscan durant le 15e et 16e siècle. Il peut survenir également que langue sacrée, devienne la langue de la cité et de la Loi. Ce fut le cas de l’hébreu au sein de l’Etat d’Israël qui supplanta le Yiddish des ashkénazes et le ladino des sépharades).

Car pour imposer une langue maternelle en tant que langue de la loi et langue de culture : il faut un pouvoir fort, ou du moins un pouvoir qui trouve en son sein, sa légitimation, sa souveraineté. Tel fût le cas de la monarchie et plus spécifiquement de la monarchie française qui acquis sa souveraineté en se positionnant entre le pouvoir temporal (impérial et déclinant) et le pouvoir spirituel (ascendant) de l’Eglise.

Lorsque François 1er signe l’Ordonnance de Villers-Cotterêts en instituant le français comme seule langue juridique du royaume en 1539, il permit dix plus tard, à cette langue alors très minoritaire de commencer son processus d’accumulation symbolique par lequel elle deviendra la langue de référence, soit langue de la culture en l’Europe au XVIIIe siècle.

Du clerc à l’homme de lettre

C’est la classe des clercs qui rend possible cette transformation. Les clercs s’émancipent alors du pouvoir de l’Eglise pour embrasser la cause du roi. Ce changement d’allégeance est aussi un changement de statut : le clerc explique Régis Debray, se transforme en homme de lettre. Il délaisse le latin ou le grec pour la nouvelle langue véhiculaire défendue par la monarchie. Mais parmi ces gens de lettres, l’expression date de cette époque, c’est le poète qui sera particulièrement déterminant. Pas de langue de culture sans lui.

C’est le poète qui est le premier grand ordonnateur de l’espace public en train de naître sous la pression de la compétition interlinguistique et des nouvelles techniques de reproduction de la langue. Comment s’est effectué ce retournement ? Il est important de rappeler ici que le choix de la langue écrite est toujours l’expression d’un seul. C’est un acte d’abord individuel et qui demeure toujours à ce titre l’expression d’une singularité comme l’enfant ou l’adulte qui, un jour commence l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. La naissance du langage chez l’enfant nous permettra de comprendre ce qui se joue justement à travers la langue de la culture. A cet égard la contribution de la psychanalyse nous sera précieuse.

Le nom du père

On sait que le nourrisson se trouve dans une relation fusionnelle avec le monde qui l’entoure en général et sa mère en particulier. La mère est l’unique objet de son désir. C’est le surgissement du père et, plus particulièrement, de son nom qui lui signifie que sa mère est aussi l’objet de désir d’un tiers et qu’il devra apprendre à la partager. Cette frustration s’accompagnera de la conscience qu’il est un être séparé, distinct du corps de sa mère ; bref qu’il est incomplet. Et c’est précisément cette frustration, cette angoisse qui engagera l’enfant sur le chemin du langage et de la culture. Lacan nous apprend que le nom du père a justement pour fonction de séparer l’enfant du désir de sa mère en l’obligeant à se relier à elle symboliquement par la langue afin de devenir autonome par l’acquisition de la parole.

Ce qui se passe chez le nourrisson n’est pas étranger au développement identitaire des peuples. C’est ce que nous enseigne Dante. Le poète florentin dont nous avons parlé fut l’un des tout premiers avoir compris ces enjeu et à l’avoir exprimé d’abord dans son art poétique « Du vulgaire illustre » il y a plus de 700 ans et ensuite dans sa poésie. Il affirme sans ambages qu’il faut préférer à la langue savante, la langue la plus commune, la plus proche, la langue première de l’amour. Cette langue maternelle, honnie, populaire, méprisée par l’élite, méritait à ses yeux d’être hissée au rang des plus grandes.

Plus d’un siècle et demi plus tard, cinquante ans environ après l’invention de l’imprimerie, dix ans après l’ordonnance de Villers-Cotterêts, Du Bellay et les poètes de la Pléiade affirment haut et fort une « défense et illustration de la langue française ». Ce faisant, ils n’écrivent pas simplement le premier véritable manifeste littérature, ils inventent la nation même de littérature nationale.

Les honnêtes gens

Le français, première langue de culture de l’époque moderne, attire désormais à lui tout ceux qui veulent toucher le plus grand nombre ou du moins ce qu’on appelle au XVIIIe siècles : les honnêtes gens. Or les honnêtes gens ne parlent plus grec ou latin, souvent ils l’ignorent : ils parlent français. Ils sont friands d’oeuvres courtes, vives écrites avec style et correspondant désormais non plus au modèle classique latin ou grec mais à la nouvelle réalité sociologique dont ils sont les représentants : la bourgeoisie. Ces honnêtes gens vont constituer le public lecteur auxquels s’adressent désormais les écrivains non seulement français mais également européens. Ce sont eux qui imposent la (nouvelle) langue de culture au nez et à la barbe de ceux qui en ont été jusqu’alors les dépositaires : les savants érudits qui parlaient latin et grec et que les comédies de Molière écrites en français justement brocardaient.

La nouvelle classe moyenne mondialisée

On peut se demander qui est aujourd’hui le public susceptible d’appuyer et de promouvoir la langue ou les langues de la culture de nos jours. Cette question est au cœur du débat sur la mondialisation et sur la diversité culturelle qui se déroule actuellement, nous sommes à la fin de septembre, au sein de l’Unesco.

Car contrairement à ce que l’on pourrait penser la mondialisation n’impose pas obligatoirement une langue nationale – en l’occurrence l’anglais- par le nombre et le poids stratégique et économique de ses interlocuteurs. Il serait à nos yeux, trompeur de réduire cette question à une simple équation technico-économique. Si l’anglais est dominant dans le domaine de la technique informatique, il ne l’est pas nécessairement en tant que culture. Il convient ici de lever la confusion entre culture savante et culture de masse devenue aujourd’hui culture de divertissement.

Qu’est-ce que la culture ?

Il est opportun de rappeler que la culture n’est pas d’origine grecque mais latine et renvoie primitivement au rapport de l’homme avec la nature, que les Latins étaient soucieux tout à la fois de faire produire (l’agriculture) et d’honorer (le culte). Cicéron aurait été premier à l’appliquer aux choses de l’esprit en tant que « cultura animi ». Car pour les Latins, il s’agissait de « cultiver son esprit comme on laboure un champ ». De ce fait, la culture se trouvait en harmonie avec la nature et participait de plein pied à l’éducation du citoyen romain. Cette acception connaîtra ensuite une longue éclipse et il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que l’allemand réintroduise la métaphore latine en tant que « civilisation envisagée dans son caractère intellectuel » (Le Robert Historique).

A début du XIXe siècle, la nouvelle élite allemande issue des villes réactive le terme «Kultur» en l’opposant à «civilisation» d’origine française qui suppose une hiérarchie, une décision et qui renvoie surtout aux « arts et aux lettres ». «Kultur» s’oppose à la notion de « civilisation » d’origine française qui, elle suppose une hiérarchie, une décision. Les Allemands Kant mais surtout Herder ne sont pas étrangers à cette acception consensuelle et non hiérarchique qui institue le peuple en tant qu’acteur de l’histoire. Dès lors, la culture finira par s’imposer en annexant l’acception impartie à « civilisation » et à sa matrice -les Beaux-arts – qui lui appartenait de façon intrinsèque. Cette confrontation perdurera tout au long du XXe siècle et marquera même la fondation de l’Unesco qui, à ses débuts, penchera plutôt pour la première définitionii. Il faudra attendre les années 1980 et la conférence de Mexico pour que cette instance propose une acception de la culture qui « englobe, outre les arts et les lettres, (c’est moi qui souligne) les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».

L’homme cultivé, issues de la bourgeoisie saxonne, prenait ainsi définitivement le pas sur l’homme civilisé dont le modèle était le noble français. Ainsi donc les traditions et les croyances deviennent équivalents aux lettres. Ce relativisme introduit dans la définition de la culture n’est pas étranger au développement de la culture de masse par la suite.

La culture de masse tel que le théorise les philosophes de l’école de Frankfurt est énuclée de sa valeur d’usage, c’est-à-dire de son statut, elle ne vaut que par sa capacité à se déterritorialiser à l’intérieur des circuits d’accélération capitalistique : par sa valeur d’échange. Marx en son temps avait vu se profiler ce péril. C’est pourquoi il distinguait les choses en tant que produites et utilisées par les hommes et leur valeur dans la société. « Son insistance sur l’authenticité plus grande de la valeur d’usage, sa description fréquente de l’apparition de la valeur d’échange comme une sorte de péché originel au commencement de la production marchande reflètent sa reconnaissance impuissante et pour ainsi dire aveugle de l’inexorabilité d’une imminente « dévaluation de toutes les valeurs », explique Hannah Arendt.

La mondialisation préfigure-t-elle cette apothéose prophétisée par Marx ? Là est toute la question. On pourrait inférer que si le nadir renvoie au zénith, la dévaluation appelle résolument la réévaluation de toutes les valeurs. Le débat sur la diversité culturelle saisit peut-être dans son ambivalence la double nature de la culture : sa valeur d’usage et sa valeur d’échange. Par les savoirs et la maîtrise technique qu’elle concentre sur un support, un objet, la culture est matière et de ce fait participe de la sphère du privé et de l’économie chère aux Grecs. Mais elle est aussi porteuse d’une vision du monde, d’une spiritualité et de ce fait participe de la sphère publique. D’où la difficulté de lui assigner un espace en propre, surtout à un moment où la technologie des savoirs et de la communication est devenue, malgré les crises récentes, la locomotive de l’économie mondialisée.

Le nouvel honnête homme

C’est pourquoi nous pensons que c’est le langage numérique -et non plus une langue nationale- qui se trouve dans la position d’être la nouvelle langue de la Cité virtuelle et mondialisée. Ce qui par ricochet place ipso facto toutes les langues dans la compétition. Le plus anciennes, les mieux dotées jouissant de ce fait de plusieurs longueurs d’avance. A terme, dégoupillée de sa puissance hégémonique, la langue d’une nation, malgré le danger qui la menace, retrouve ainsi la dimension qu’elle n’a jamais cessé d’avoir et ce, d’autant plus que la mondialisation généralise de plus en plus les déplacements et les migrations. Conséquence. Elle permettra à une frange de la classe moyenne en phase de mondialisation, de jouer un rôle prépondérant dans le débat sur la nouvelle langue de la culture.

Issue de l’immigration et de la décolonisation, cette population transculterelle, à cheval sur plusieurs langues et plusieurs pays, a en commun un certain nombre d’habitudes et de valeurs, de tournures d’esprit qui se démarquent des clivages et des idiosyncrasies nationales. Elle peut jouer le rôle des « honnêtes gens » qui au XVIIe siècle ont servi d’instance de réception aux lettres et à la culture en phase de mondialisation. Si elle possède des affinités transnationales ; ce n’est pas en tant qu’elle participe de la traditionnelle élite de haut fonctionnaires, de diplomates, de cadres supérieurs, et d’universitaires qui de tout temps ont sillonné la planète, mais bien qu’elle résulte des
transformations sociales issues d’une même expérience : celle de l’immigration et de la décolonisation. Dans ces cas précis, la logique d’intégration et de l’ascension sociale n’est pas la même.

La redécouverte de ces héritages amène naturellement une partie de cette classe moyenne à jouer un rôle d’interface entre les diverses cultures dont elle est la dépositaire. Or cette inter-médiation est mal connue et reconnue. Une meilleure prise en compte de son rôle contribuerait à donner cette légitimité populaire qui fait défaut à la Déclaration universelle de la diversité culturelle et que ne considère pas suffisamment des politiques du multiculturalisme généralement axées sur la conservation des particularismes plutôt que sur leur transformation. Pourtant la valeur ajoutée de la diversité culturelle en tant que patrimoine de l’humanité réside bel et bien dans sa capacité à redynamiser les cultures nationales. Et par conséquent ses langues. Cette classe moyenne mondialisée en phase d’émergence, constitue de fait l’assise de la société civile mondiale dont il faudra tenir compte dans une stratégie de valorisation de la diversité linguistique. Mais plus encore pour la valorisation de la parole citoyenne dans l’espace public.

Montréal, ville infinie

Lamberto Tassinari

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Il n’y a pas une seule ville que je considère « ma ville ». Mais pour une période d’environ dix ans, Montréal a été l’objet d’un désir intense, il a été mon point de fuite, presque une utopie. Sa puissance m’avait conquis. Puissance, c’est-à-dire concentration de possibilités, tension constante vers l’acte. Je sentais que Montréal possédait une énergie cachée, qu’il aurait pu accueillir tout le monde, devenir la ville de tous ceux qui l’auraient choisi. Historiquement, Montréal n’avait jamais  vraiment appartenu à une nation ou à une communauté, ni n’était tributaire d’un héritage culturel particulier : ni des tribus indiennes, ni des colons français ni des marchands anglais dont les rejetons étaient arrivés à se le partager, les uns s’installant à l’est et les autres à l’ouest du boulevard Saint-Laurent. Comme aucune culture ne possédait Montréal en entier, tout le monde et toutes les cultures et toutes les langues auraient pu le réclamer. Cette disponibilité a été à l’origine de sa puissance. Comme si Montréal était gros de tous les possibles, d’un avenir fébrile comme celui d’un enfant. Il ne s’agissait pas d’une illusion: au tout début des années 1980 cette ville s’est réellement trouvée dans une condition messianique. Une condition perçue et partagée à l’époque par un grand nombre de ses citoyens. Ce ne fut que vers 1992, à la fin de cet « état de grâce », que j’ai eu la certitude de l’origine de cette condition. L’occasion qui avait fait jaillir sa puissance s’était montrée quand le Québec nationaliste, après le référendum raté de 1980, s’était replié sur lui-même et, ce faisant, avait oublié Montréal… Alors la ville a surgi spontanément, comme libérée  d’un poids, d’un interdit, de l’ombre d’un devoir encombrant. Alors, entre 1981 et 1990, Montréal a vécu avec la gaieté d’une renaissance transculturelle, un moment presque magique de son histoire. Il aurait pu s’en saisir et affirmer sa volonté de ville cosmopolite, il aurait pu s’ouvrir au cosmos, devenir Monde, réaliser sa puissance, c’est-à-dire son identité, et transformer aussi le reste de la société québécoise. Mais le cycle s’est fini sans que cette métamorphose ne se produise. Fatalement le Montréal ville-fleuve, tourbillon de courants multiples, a été de nouveau gagné par les eaux dures propres tant au Québec nationaliste qu’au Québec affairiste. La vie urbaine spontanée a été découragée, la libre expression réduite. Programmateurs, spéculateurs et décideurs ont pris le contrôle de son « développement ». Leurs mots d’ordre ont été (notamment) : béton, festival, argent. Le spectacle était leur passion, à un point tel qu’ils ont fini par en faire tout un quartier !

Voilà le Montréal de vingt dernières années.

* * *

Aujourd’hui, la ville que je voudrais n’est pas imaginaire ni utopique mais une ville qui a réellement existé, fleurie dans un espace interstitiel pour la durée d’une saison. Ouvrir un autre cycle, donner à Montréal une autre chance a été mon aspiration secrète. Au début des années 2000, fatigué de cette fatigue métropolitaine, je suis allé humblement à la recherche d’une issue par une quête privée, presque par jeu. Et comme dans tous les jeux, j’ai trouvé l’issue par hasard. De passage à Paris, en regardant la Seine couler sous un pont, j’ai découvert qu’à Montréal la même expérience nous était interdite. Qui vit à Montréal, me disais-je, sait qu’il vit sur une île, au milieu des eaux, mais il ne s’en aperçoit pas. Notre vie urbaine n’est pas marquée par la présence de l’eau. À moins de vivre au bord du Saint-Laurent, pour voir l’eau courir il faut partir en voyage. Il faut se rendre au bout du Vieux-Montréal ou organiser une excursion sur le bord du canal de Lachine ou bien il faut quitter l’île et traverser un pont. Et pourtant Montréal est une ville d’eau, au moins elle l’était. Sinon Venise, presque un Amsterdam. Un Amsterdam refoulé. De la nature aquatique de notre ville personne ne nous a vraiment parlé. Jeunes ou moins jeunes, les Montréalais ne savent rien de ce passé : pas d’histoire d’eau dans les écoles, les historiens amnésiques, les géographes réticents, les écrivains distraits, les guides touristiques sans notices. Les eaux ont été lentement éliminées dans l’indifférence collective et une fois qu’elles furent enfouies, cimentées, personne n’en a plus parlé . C’est comme ça que sont disparues les rivières Saint-Pierre, Prud’homme, la Petite -Rivière, le ruisseau Saint-Martin et les dizaines d’autres cours d’eau et lacs qui n’ont pas résisté au processus d’occupation du territoire. Aujourd’hui, rien ne reste de tout ça, même pas le souvenir. Pourtant sous le pavé, il y a le sable et sous le sable l’eau qui continue de couler. Il faut la faire revivre, la réinsérer dans le paysage urbain en commençant tout simplement par l’imaginaire: en se figurant un canal aux eaux vives traversant la ville d’ouest en est, ainsi qu’un réseau de fontaines dont la vision et le son stimulent l’imagination et les rêves des citadins. Reprendre plaisir à l’eau que nous avons oubliée, pour lui redonner la force du mythe. De l’eau urbaine, coulant entre les maisons, non pas un canal vert, périphérique, une espèce de parc pour les week-ends.

L’eau doit revenir dans Montréal, reprendre sa valeur primaire et primordiale. Il s’agit d’une récupération légitime du passé historique : le futur a du sens seulement si ses liens au passé ne sont pas coupés, un saut en avant qui s’avère en effet comme un retour aux origines. L’eau qui a aussi consenti à Montréal l’énergie pour s’épanouir et pour s’affirmer comme ville sera porteuse d’une nouvelle énergie le jour où elle se manifestera à nouveau en son sein. Comme autrefois l’eau saura concentrer les énergies humaines, les passions civiles en les faisant converger pour être recueillies et utilisées par la ville.

Réinventer Montréal par un retour aux origines n’est pas seulement un geste esthétique mais aussi politique. Au moment où le désordre financier et éthique est devenu intolérable, une vision de la vie urbaine et de la société « sans but lucratif » risque de nous faire du bien.
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(Article paru dans La Tribune Juive, revue de Montréal en novembre 2009)

Comédie royale : Pourquoi j’adore mon Roi

 

 Moussa Oudawed – bloguiste marocain

comedieroyaleMaudits soient ces égyptiens et tunisiens, à cause d’eux, plusieurs langues se délient au merveilleux royaume du Maroc. Depuis la révolte de ces voisins, certains au pays osent critiquer notre roi bien-aimé. Ces critiqueurs ne comprennent pas que pour nous, notre roi est notre unique source de fierté : les Égyptiens ont les pyramides, les Tunisiens ont l’hrissa et nous avons SA MAJESTE.

N’allez pas croire que je ne sais pas ce qui se passe autour de moi. Je suis au courant que les Anglais , les Espagnols et autres Belges et Hollandais de ce monde, ont une meilleure qualité de vie, ils vivent en démocratie et ils ne sont pas aussi analphabètes que nous, mais grâce à notre roi des pauvres, nous les dépassons au moins par un critère de prospérité: notre roi est plus riche que tous leurs souverains réunis.

Les Marocains ont 1000 et une raisons d’aimer leur monarque. Moi, par contre, je l’adule pour une raison et une seule. Mon adoration est purement économique et pécuniaire.

Je suis un petit fonctionnaire, avec mon salaire de 3200 DH je peine à arrondir mes fins de mois. Mais, je t’aime majesté parce que tu partages mon quotidien. Je sens ta proximité plus que je sens l’haleine de ma conjointe au lit.

Vous les intellectuels chialeux, devez savoir qu’avec mon salaire, je dois m’estimer heureux de m’acheter un logement social de 2 pièces grâce au soutien de sa majesté. C’est lui qui a mis à ma disposition sa Sonasid et sa Lafarge pour me fournir le matériel de construction. Mon roi est ma droguerie.

Vous devez savoir aussi que je ne peux pas me payer ce logement sans aide financière, et heureusement que j’ai mon roi, c’est lui qui a mis l’argent à ma disposition à travers sa Wafa banque. Mon roi est si gentil qu’il m’a offert l’argent sans aucune condition à l’exception d’une petite; il reste le propriétaire de mon logement jusqu’au remboursement intégral du prêt et des intérêts. Mon roi est mon prêteur sur gage.

Tout ce que je mange c’est mon roi qui me le fournit, il a mis à ma disposition tout son réseau de distribution de Marjane et Acima (1). Il m’a même dit : “si tu ne peux pas faire le déplacement jusqu’au supermarché, tu peux faire tes courses dans l’hanoute(2) du garbouz (3)du quartier; de toute façon c’est moi qui l’approvisionne”.

Je ne sais pas comment certains marocains, peuvent ne pas aimer notre roi, alors que nous avons tous reçu son amour dans le biberon, c’est son lait que nous buvons toute notre vie, merci à sa Centrale Laitière.

Cet amour, je l’ai transmis à mon enfant en le gavant du Danoun(4) et du Bimo(5) de sa majesté.

Comme j’en ai ma claque du débat avec ces critiqueux du roi, j’arrête là et je vous transmets ce message via le réseau Wana de sa majesté. De ce pas, je sors au café siroter une tasse de thé au sucre royal, pendant que mon épouse prépare un tajine à l’huile de sa majesté.

Majesté nous t’avons dans le sang, seulement arrête s’il te plait de nous sucer jusqu’à la moelle, parce que j’ai peur que tu ne puisses acquérir un autre peuple aussi docile, même si je sais que tu es fort en commerce.

  • (1) Chaînes de supermarchés à la portée des bourses d’une élite seulement
  • (2) Épicier en arabe dialectal marocain
  • (3) Appellation péjorative. Dénomination qui révèle l’état d,esprit de la place. Ceux qui tiennent ces épiceries sont des berbères venus de l’aridité du sud marocain, surtout des montagnes. On les appelle les chleuhs, c’est le nom de leur tribu. Étrangement les français ont utilisé le même vocable pour nommer les allemands. Entre tribus et classes sociales, il finît par se créer des espèces de castes. Un chalh est frugal, il vit dans son épicerie, y mange, y dort. Sacrifices que les gens du nord, plus urbains ne sont plus capables de faire. L’ironie du sort c’est que ces guerbouz on finit par prendre leur place à un très haut niveau des affaires du pays(petrole, construction, agroalimentaire etc.).
  • (4) Yoghourt Danone dit en dialectal
  • (5) Marque de biscuits