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DON QUICHOTTE ET HAMLET La Spanish Connection de Shakespeare

Lamberto Tassinari

Ce titre vous donne des frissons ? À moi aussi…, mais laissez-moi vous expliquer.

La route qui lie don Quichotte à Hamlet part de Londres, c’est-à-dire de Shakespeare, de son identité incertaine. La Shakespeare Authorship Question, ainsi qu’a été définie la question de la paternité des œuvres de Shakespeare, n’est pas le résultat d’une paranoïa qui dure depuis quatre siècles, mais une affaire très sérieuse à laquelle se sont intéressés des esprits parmi les plus brillants des nos temps modernes : Walt Whitman, Charles Dickens, Mark Twain, Henry James, Sigmund Freud, parmi d’autres.

En 2007, deux acteurs shakespeariens réputés, sir Dereck Jacobi et Mark Rylance, ont parrainé une initiative internationale, la Declaration of Reasonable Doubt About the Identity of William Shakespeare, dont le but est justement de faire le jour sur l’énigme littéraire la plus importante de l’histoire. Il est donc légitime et raisonnable de douter !

JF y Quijote

Shakespeare n’a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom que lui. Alphonse Allais, 1854-1905.

Londres

Même la critique shakespearienne officielle admet que la personne de Shakespeare manque de consistance, que l’homme n’est pas là . La personnalité de l’auteur a explosé en s’éparpillant dans les personnages de son théâtre et de sa poésie à un niveau et d’une façon qui n’ont pas d’égal chez d’autres écrivains modernes de la même stature. Autre fait frappant : aucun contemporain parmi les écrivains et les correspondants étrangers à Londres n’a jamais eu le grand dramaturge comme ami, compagnon ou adversaire. De tous les documents qu’on possède datant de son vivant, aucun n’est vraiment personnel, et aucun ne présente comme un écrivain l’homme de Stratford. Shakespeare, à son époque, apparaît comme une réputation littéraire, comme un nom, un auteur abstrait plutôt qu’un protagoniste réel de la vie mondaine et culturelle. Nous ne possédons aucun manuscrit du Barde, à peine six signatures tremblotantes, pas une seule lettre reçue ou envoyée. Il n’a jamais dédicacé une pièce de théâtre à ses prétendus mécènes et personne ne lui a jamais dédicacé quoi que ce soit. Le génie autodidacte de Stratford, ni noble ni instruit, aurait écrit des œuvres pleines d’érudition pour les rois et pour les privilégiés, mais ses deux filles signaient d’une croix… Si on examine Shakespeare, son histoire, on y perçoit deux courants distincts et irréconciliables. D’un côté, la vie assez bien documentée mais insignifiante d’un acteur médiocre et imprésario de théâtre qui a été baptisé, qui n’a, probablement, fréquenté que quelques années l’école, sûrement pas l’université, qui s’est marié, a eu des enfants, a acheté des propriétés, n’a jamais voyagé, a été usurier, a connu des ennuis judiciaires, n’a pas possédé un seul livre, pas même une bible. Ce même personnage a dicté à un avocat un testament d’une banalité déconcertante (voir http://www.johnflorio-is-shakespeare.com/will.html) mais si parfaitement en accord avec la vie qu’il a vécue. De l’autre côté, il y a une œuvre théâtrale et poétique parmi les plus grandes sinon la plus grande de tous les temps, d’une complexité, d’une richesse culturelle et linguistique infiniment supérieures aux œuvres des auteurs contemporains britanniques.

Si l’homme de Stratford possède une identité embarrassante, il faut dire que ce vide a représenté une occasion idéale pour l’imaginaire critique : tout est dans le texte, la vie ne compte plus, ont conclu les critiques littéraires.

Mais rapprochons-nous de l’embouchure du tunnel.

Dans ma recherche sur Shakespeare, le véritable tournant a été la découverte de l’existence de Giovanni Florio, né à Londres en 1553. Il y a notamment, dans La Tempête, un passage utopique, un exploit philosophique prononcé par Gonzalo (2,1,143-152) que la critique a reconnu depuis toujours être le calque du Discours sur les Sauvages de Montaigne. Or le traducteur anglais du texte de Montaigne que Shakespeare a copié est, justement, John Florio. À partir de cette trace, ma recherche s’est concentrée sur le traducteur oublié. J’ai assez rapidement compris que Florio, loin d’être un acteur secondaire, était un protagoniste essentiel de la vie culturelle et littéraire de l’époque. Je me suis alors demandé pourquoi ce linguiste, lexicographe, traducteur, courtisan, ami des plus puissants parmi les nobles de son époque, durant seize ans secrétaire personnel de la reine Anne du Danemark et grand diffuseur des cultures européennes en Angleterre a été boudé par tous les universitaires de la planète. Pourquoi a-t-il été classé par toute la critique comme un technicien, un « col bleu », à côté des vrais artistes ? Pourquoi les seules et rares études qui présentent Florio comme un intellectuel majeur et un écrivain de grand talent datent-elles toutes d’une courte période entre les années 1920 et 1930 ? Pourquoi, depuis, ces quatre-vingts ans de silence ? Enfin, pourquoi un acteur si important pour la connaissance de la Renaissance anglaise et en particulier pour l’œuvre de Shakespeare a-t-il été ignoré ?

Au moment où j’ai lu les deux biographies de Florio, la première publiée en français en 1921 par Clara Longworth de Chambrun, Giovanni Florio. Un apôtre de la Renaissance en Angleterre à l’époque de Shakespeare, et la deuxième en anglais, John Florio, The Life of an Italian in Shakespeare’s England de Frances Amelia Yates, j’ai décidé de me consacrer à ma recherche avec une énergie nouvelle. Sept ans plus tard, en février 2008, mon livre a paru en italien. En 2009, j’ai publié la traduction anglaise intitulée John Florio, The Man Who Was Shakespeare. Avec ce livre, j’ai pu conclure que John Florio a écrit des œuvres de poésie et des pièces de théâtre, soit en les laissant anonymes, soit en les signant sous le pseudonyme de William Shakespeare, soit parfois avec le seul nom de plume Shake-speare, écrit ainsi, avec un trait d’union.

Les écrits du linguiste Florio ont évidemment beaucoup d’éléments en commun avec les pièces de théâtre signées Shakespeare ! L’analyse comparée de toute cette matière permet de conclure philologiquement qu’il s’agit en réalité d’un seul et unique auteur, John Florio, qui utilise son patronyme pour les œuvres d’érudition, et un nom de plume, Shakespeare, pour ses œuvres de fiction (shake spear, où la « lance » est évidemment sa plume). Des centaines et des centaines de mots, phrases, proverbes, idées utilisés par Shakespeare se retrouvent, très souvent antérieurement, dans les œuvres de Florio. Les deux hommes, Florio et Shakespeare, sont les plus importants créateurs de néologismes de leur époque. Le linguiste en a créé 1149, le dramaturge 1969.

Les  deux hommes ont le même style, utilisent les mêmes tournures de phrase, ils créent leurs mots à partir de l’italien, du français et du latin en suivant la même méthode. Mais il y a une différence cruciale encore une fois : Florio a étudié, il possède une éducation universitaire (il a fréquenté l’université de Tübingen en Allemagne et l’université d’Oxford), il possède une érudition certaine, il a résidé et voyagé en Europe et, dans son testament, a laissé à son ex-élève et protecteur William Herbert, troisième comte de Pembroke, une bibliothèque de plus de 700 volumes en quatre langues, l’une des plus riches de l’époque ! (Soit dit en passant : tous ces livres ont depuis disparu…) L’acteur de Stratford, de son côté, a peut-être fréquenté six ans l’école élémentaire, n’a jamais quitté son île et n’a pas laissé d’indice d’avoir possédé un seul livre…

Madrid

C’est le moment de pénétrer dans le tunnel.

Après avoir montré dans mon livre les raisons de la coïncidence de Shakespeare avec John Florio, en poursuivant mes recherches sur le même terrain, j’ai fait une découverte étonnante. Durant la courte renaissance anglaise, un rôle extraordinaire a été joué par la traduction : tout devait être traduit (les classiques et les modernes, les Italiens, les Français, les Espagnols) dans cette île qui, à l’époque, était plutôt « barbare » comparée à l’Italie, à la France et à l’Espagne. Avec une langue que personne ne parlait sur le Continent, elle était la Cendrillon de l’Europe. Or je l’ai dit, John Florio, alias Shakespeare, a été un des plus grands traducteurs de son temps mais, parmi ceux qui ont accompli un ouvrage remarquable, j’ai découvert aussi le traducteur du Don Quichotte, un certain Thomas Shelton. Je me suis dit que l’Irlandais Shelton aurait pu connaître Florio, Italien de lointaine origine juive espagnole et qui était dans une position de premier plan à Londres. Mais non, de Thomas Shelton il n’y a presque pas de traces dans l’Histoire. Il a traduit un chef-d’œuvre comme le Quichotte et rien d’autre : mille pages de grande littérature qui ont été lues par tous les écrivains anglais jusqu’aux XIXe et XXe siècles, mais rien sur le traducteur. Et pourtant, Cervantès et Shakespeare étaient tous les deux encore vivants en 1612… Le cas est trop vaste et complexe pour le présenter ici de façon exhaustive. J’ai écrit un long texte destiné à devenir bientôt un livre. J’ai réalisé que les rapports entre Shakespeare et Cervantès ont été perçus depuis très longtemps : il existe d’étranges consonances, d’incroyables similitudes et des coïncidences entre les œuvres des deux écrivains. Plusieurs exégètes se sont penchés sur la proximité entre la poétique de Cervantès et celle de Shakespeare, sur la parenté existant entre la philosophie de don Quichotte et celle d’Hamlet, entre l’esprit de Sancho et celui de Falstaff, etc., malgré la délicatesse du sujet qui touche à la susceptibilité de deux nations ex-impériales. Cela a retardé, voire carrément empêché une confrontation approfondie – historique, linguistique, sémiotique – entre ces deux cultures géographiquement distantes et entre ces deux langues. La simple possibilité que leur Génie national puisse dépendre de quelque façon que ce soit de l’autre grand rival étranger a suffi à décourager les spécialistes des deux côtés. Cependant, malgré ce tabou, comme toujours, il y a eu des gens qui ont vu et qui ont écrit. Ainsi a pris forme la question du rapport entre Shakespeare et Cervantès. Aujourd’hui, l’histoire du Cardenio, l’œuvre théâtrale perdue que Shakespeare aurait écrite avec John Fletcher et dont la matière provient du Don Quichotte, se trouve au centre de l’attention dans les deux camps. Mais déjà en 1860 l’écrivain russe Ivan Tourgueniev, dans une célèbre conférence parisienne, avait élaboré sur la très forte affinité entre Shakespeare et le Don Quichotte. José Ortega Y Gasset de son côté avait approfondi le lien en 1914. En 1916, James Fitzmaurice-Kelly dans une conférence intitulée « Cervantes and Shakespeare » soutenait :

«  … il n’y a aucun doute que Cervantès était à portée de main de Shakespeare. La traduction par Thomas Shelton de la première partie du Don Quichotte a bien été publiée en 1612. Est-ce que Shakespeare l’a lue ? Il me semble absolument probable que oui. »

L’intérêt est toujours si vif que, en 2005, l’Université d’Alicante a décidé d’organiser un séminaire portant sur le rapport entre les deux grands écrivains avec le titre « Cervantes and Shakespeare : New interpretations and comparative approaches » dont les actes ont été publiés l’année suivante. Dans l’introduction, J.M. Gonzalez Fernandez de Sevilla écrit, entre autres : « Bien qu’ils [Cervantès et Shakespeare] aient été considérés comme les plus grands modèles de la littérature occidentale, les spécialistes ont prêté peu d’attention à l’étude et à l’analyse de certains aspects similaires et contrastants qui pourraient par contre nous les faire comprendre davantage » (je souligne).

Un livre sur le sujet est paru en septembre 2012, The Quest for Cardenio. Shakespeare, Fletcher, Cervantes, and the Lost Play aux Presses de l’Université d’Oxford. Ce premier recueil d’essais témoigne de l’importance du rapport entre Shakespeare et Cervantès pour la recherche universitaire. Ce qu’il m’intéresse de souligner est que le rapport très étroit entre Shakespeare et Cervantès n’est pas le fruit de l’esprit troublé d’un investigateur isolé, mais bien un argument défini et étudié dans les universités. En étudiant et en comparant les quatre écrivains – Shakespeare, Cervantès, Florio et Shelton –, je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de chevauchements !

Voici une courte liste des similitudes entre Shakespeare et Cervantès qu’on a constatées au fil des siècles, mais que la critique a généralement négligé d’interpréter :

  • Sans éducation formelle, les deux réussissent à écrire des œuvres très riches en culture, en savoir : Cervantès ingenio lego (esprit inculte) comme Shakespeare, génie autodidacte.
  • L’ampleur de leurs lectures : le Don Quichotte, défini comme « un libro que habla sobre libros » ; les pièces de Shakespeare qui renvoient à des centaines de livres appartenant, à tout le moins, à cinq littératures : l’italienne, la française, la latine, l’espagnole, l’anglaise.
  • La bibliothèque de don Quichotte et les livres de Prospero, c’est-à-dire la bibliothèque fantôme de Shakespeare.
  • La culture encyclopédique de Shakespeare et de Cervantès.
  • La tendance commune aux emprunts, presque au plagiat. Les deux pillent au gré de leurs besoins.
  • L’influence italienne, des emprunts substantiels aux œuvres de Boccaccio, Sannazaro, Aretino, Tasso, Ariosto, la commedia dell’arte, Machiavelli, Cinzio, Castiglione, Bandello, etc.
  • La surprenante familiarité avec la Bible, évidente dans les œuvres de Shakespeare, est identique à la tout aussi surprenante culture biblique de Cervantès.
  • La grande, comparable connaissance des systèmes juridiques et légaux de leurs pays.
  • La musique : les deux ont une sensibilité et une culture musicales semblables.
  • Le fait que, comme dans le cas de Shakespeare, il n’existe pas de portrait certifié de Cervantès.
  • Les manuscrits : autant pour Shakespeare que pour Cervantès, leur absence est totale.
  • Coïncidence finale : les dernières pièces du Barde et les Novelas ejemplares de Cervantès sont des romances.

Outre ces points de contact concernant la biographie et la formation littéraire, il y a de nombreuses analogies structurelles, profondes entre les deux œuvres. Le Don Quichotte, le seul livre génial de Cervantès d’après Jorge Luis Borges, apparaît à Madrid l’année même où Angleterre et Espagne signent un traité de paix en 1605 à Valladolid. Mais le roman, promu par la Cour et jouissant d’un bon succès « de public », sera toutefois reçu avec hostilité par les écrivains espagnols. Considéré come un livre un-Spanish, il ne sera vraiment accueilli que deux siècles plus tard par la culture espagnole désireuse alors de rentrer dans la modernité. Sa fortune et son épanouissement en Angleterre, par contre, ne feront que grandir avec le temps.

Un livre possible...
Un livre possible…

Finalement, le tunnel Londres-Madrid nous mène vers plein de surprises : l’Anglais, le plus grand dramaturge moderne, et l’Espagnol, le premier romancier moderne, ne sont pas liés que par des traits esthétiques et stylistiques formels, mais par un lien bien plus profond et, je dirais, fort « charnel ». L’étude de cet improbable « quatuor » littéraire est la clé qui permet la transformation radicale de notre conception du début de la modernité et de notre interprétation de la fabrication des littératures nationales.

1769: Shakespear’s Robbery by Herbert Lawrence. MATERIAL FOR THE 2016 SHAKESPEARIAN JUBILEE

Lamberto Tassinari

I have recently read chapter nine of Book II of “The life and adventures of common sense: an historical allegory”, by Herbert Lawrence published in London in 1769. I knew that  Lawrence was one of the first to raise doubts on Shakespeare’s identity but the idea of reading his book never crossed my mind until I discovered his work on the internet. Shakespearian scholarship has ignored this book containing stunning evidence that in the eighteenth century England there were already widespread doubts about the official Shakespearian narrative. Since then, doubts have been silenced as the Stratfordian identity of Shakespeare must never be jeopardized. Specialists maintain that Lawrence’s sleazy portrait of Shakespeare wasn’t meant to be accusatory, rather a comic slander, a humorous compliment upon Shakespeare’s “thieving” of Genius and Humour , two of the figures of Lawrence’s allegory.

 In fact, chapter IX contains a very serious denunciation, albeit allegoric, of a cultural fraud perpetrated for nationalistic reasons. It is interesting to note that in the year Lawrence’s book was published, the first Shakespearian Jubilee was held in England. In September 1769 the actor David Garrick, the father of Bardolatry, staged the Shakespeare Jubilee in Stratford-upon-Avon. It was a major focal point in the emerging movement that helped cement Shakespeare as England’s national poet. I’m convinced that Lawrence, a physician, apparently a friend of Garrick, found a subtle, allegorical way to criticize the rising star of a fake Shakespeare without risking censorship.

From then on, the very few critics who commented his book, unsurprisingly decided to ignore the affirmation that the actor-thief Shakespear [sic] appropriated from a genial foreigner an artistic treasure. Lawrence’s pages resonate with incredible echoes of the English adventure of the Florios, father and son.

My comments to this amazing piece of literature are in bold type. I underlined some passages in Lawrence’s text.

Portrait of the thief
Portrait of the thief

 Book II, Chapter IX.

A little before the expiration of my emprisonment, I received a letter from my Mother informing me that WISDOM and she were then in England, where they willed very much to see me; they had become favourites in that Court, and WISDOM was frequently consulted by the reigning Queen Elizabeth. I had no inducement to make my stay at Florence longer than needs must; and therefore, as soon as I was at liberty, I took my departure for England on board a Genoese vessel. In our passage, we passed by that very formidable fleet called the Spanish Armada, which was destined for the invasion of England. We arrived at Dover in 1588, from whence I set out directly for London. Here PRUDENCE and I had the happiness of meeting again with my Mother and WISDOM in a country and at a time the most suitable to our respective inclinations.

In portraying the historical evolution of Civilization, Lawrence depicts here the departure of the Italian Renaissance from Florence, the city where very probably Michel Angelo Florio was born. From here on, the Renaissance will reside in England, considered by the author “a country most suitable” for the flourishing of the arts and letters.

I had nothing to do at Court, though I often went there, but to amuse myself; they did not stand in need of my assistances. My chief employment, in my profession, was in visiting the fanatics and papists, of which the latter were, several times, mad enough to attempt the life of their lawful sovereign; this I was always so lucky as to prevent, though I could never thoroughly cure the disease. At the time of my emprisonment in Florence, it seems my father, GENIUS and HUMOUR made a trip to London, where, upon their arrival, they made an acquaintance with a person belonging to the Playhouse; this man was a profligate in his youth, and, as some say, had been a deer-stealer, others deny it. But be that as it will, he certainly was a thief from the time he was first capable of distinguishing anything; and therefore it is immaterial what articles he dealt in.

This foreigner, whose family was originally from Florence, well gifted with genius and humor, met in London a person working in a playhouse, seemingly in a lower position, William Shakspear, a man with a very dubious moral reputation: the front man of the true dramatist was born!

My Father and his friends made a sudden and violent intimacy with this man, who, feeling that they were a negligent careless people, took the first opportunity that presented itself to rob them of everything he could lay his hands on, and the better to conceal his theft, he told them, with an affected concern, that one misfortune never comes alone — that they had been actually informed against, as persons concerned in an assassination plot, now secretly carrying on by Mary Queen of Scots against the Queen of England; that he knew their innocence, but they must not depend upon that: nothing but quitting the country could save them. They took his word and marched off forthwith for Holland. As soon as he had got fairly rid of them, he began to examine the fruits of his ingenuity.

… “ a sudden and violent intimacy”: what does this curious expression possibly mean? Whatever its meaning, what counts here is that the genial foreigner has been neutralized on a false accusation and thence Shakespear is taking advantage of his theft: “the fruits of his ingenuity”. One thinks of Florio’s “First Fruits” and “Second Frutes”…

 Amongst my Father’s baggage, he presently cast his eye upon a commonplace book, in which was contained an infinite variety of modes and forms to express all the different sentiments of the human mind, together with rules for their combinations and connections upon every subject or occasion that might occur in dramatic writing. He found too, in a small cabinet, a glass possessed of very extraordinary properties, belonging to GENIUS and invented by him; by the help of this glass he could not only approximate the external surface of any object, but even penetrate into the deep recesses of the soul of man, and so discover all the passions and note their various operations in the human heart. In a hat-box, wherein all the goods and chattels of HUMOUR were deposited, he met with a mask of curious workmanship; it had the power of making every sentence that came out of the mouth of the wearer, appear extremely pleasant and entertaining — the jocose expression of the features was exceedingly natural, and it had nothing of that shining polish common to other masks, which is too apt to cast disagreeable reflections.

This is a very incisive summary of Shakespeare’s genius: words, a world of words, rhetoric and formal skills for writing drama.

In what manner he had obtained this ill-gotten treasure was unknown to everybody but my Mother, WISDOM, and myself; and we should not have found it out if the mask, which upon all other occasions is used as a disguise, had not made the discovery. The mask of HUMOUR was our old acquaintance, but we agreed, though much against my Mother’s inclination, to take no notice of the robbery, for we conceived that my Father and his friends would easily recover their loss, and were likewise apprehensive that we could not distress this man without depriving his country of its greatest ornament.
 With these materials, and with good parts of his own, he commenced playwriter [sic]; how he succeeded is needless to say when I tell the reader that his name was Shakespear [sic].

How Shakespear, a commoner and a businessman occupying a mediocre position in the world of theatre, was ultimately able to steal such a treasure from a foreigner? No one knows. Finally, this is the point all critics would ignore: it was decided, however against wisdom’s principles, not to publicly denounce Shakespear’s robbery for, attributing those great plays and poems to a foreigner, would have implied depriving England of Shakespeare, her greatest treasure.

Herbert Lawrence could not have been clearer!


OPEN LETTER to Stephen Greenblatt

John FlorioLamberto Tassinari  www.johnflorio-is-shakespeare.com

You asked me recently why I maintain that I am afraid of you. As usual, I was unable to think of any answer to your question, partly for the very reason that I am afraid of you, and partly because an explanation of the grounds for this fear would mean going into far more details than I could even approximately keep in mind while talking. Franz

OPEN LETTER

Dear professor Greenblatt, Yes, this is the incipit of Kafka’s letter to his father. Why do I quote here this powerful, cruel confession? Because my little letter too is about authority, power, fear and love of art. You are the indisputable authority of the Shakespearean studies and ipso facto, the keystone of the grand, albeit crumbling Stratfordian edifice. Thirty years ago, when the majority of English literature teachers in schools and universities were traditionally dealing with the romantic image of the isolated, universal genius, you started, to paraphrase the title of Duff Cooper’s book, a “saving sergeant Shakespeare” campaign, a literary operation aimed to sustain the Stratfordian identity of Shakespeare which was in peril. Within a few years, with the contribution of a handful of scholars, you dramatically reshaped the Shakespearean aura in order to save the identity of the author. Your strategy consisted essentially in imagining and portraying the “real” world in which Shakespeare, the mystery man, lived and wrote. A diminished Bard emerged from this operation, an almost surreal author candidly described by the critic Harold Bloom in the following terms … it is as though the creator of scores of major characters and hundreds of frequently vivid minor figures wasted no imaginative energy in inventing a persona for himself. (…) At the very center of the Canon is the least self- conscious and least aggressive of all the major writers we have known With the new Shakespeare, everything important and meaningful had to be newly imagined, and you were fantastic at that as your 2004 best seller biography Will in the World. How Shakespeare became Shakespeare shows. As a kind of postmodern Fernand Braudel, you knead the history of the English Renaissance you master perfectly with an extraordinary intimate knowledge of Shakespeare’s works, then transplant the anemic man from Stratford within that historical- literary compound, shamelessly using the glue of the numerous may well’s, could have’s, perhaps’, no doubt’s, evidently’s and likely’s. To perfect your revisionist labour you craftily called your product, Will instead of the canonical William. Such a familiarity with an author considered until recently a god, helped seduce your readers and the media, convincing almost everyone that you had brought to life the real Shakespeare. Thanks to some subtle manipulations, and mainly omissions, the Bard became the impure, plagiarist, collaborative playwright we now know: a perfect, postmodern Shakespeare for the twenty-first century. Soon though you realized that the downsizing wasn’t sufficiently safe. Indeed, your 2004 Will in The World has several flaws, the more serious and inexcusable is your total lack of consideration of Montaigne’s influence on Shakespeare. Obviously you were aware of Montaigne’s fundamental contribution to modernity and to Shakespeare’s works, but you refused to acknowledge his importance. I strongly believe you did so because admitting the French philosopher’s influence on the plays, would have been too risky a concession for the already shaky Stratfordian mythology. Therefore you decided to name Montaigne only once while referring, quick as a flash, to John Florio: Born in London, the son of Protestant refugees from Italy, Florio had already published several language manuals, along with a compendium of six thousand Italian proverbs; he would go on to produce an important Italian-English dictionary and a vigorous translation, much used by Shakespeare, of Montaigne’s Essays. Florio became a friend of Ben Jonson, and there is evidence that already in the early 1590s he was a man highly familiar with the theater.(p.227) Which is a bold statement indeed for Florio albeit with no interpretive consequences on your theory. Of course, none of the thousands Shakespearean critics denounced your omission, not on account of respect or fear of you but because they wanted to avoid a dangerous, internecine war which could have jeopardized the object of your common study and careers. In the years following your biography, the Stratfordian mythology crisis worsened with more attacks from all sides: several books by Oxfordian scholars, the good scholarly reputation earned by Diana Price’s Shakespeare’s Unorthodox Biography, the Declaration of Reasonable Doubt about the identity of William Shakespeare, the movie Anonymous, just to mention the more significant blows. There was also, in 2008 and 2009, my book and my website on John Florio, pounding at the periphery of the Shakespearean universe. As your revisionist Shakespeare became a baroque, bizarre writer, an unsatisfactory Bard in the long run, you judged that a bolder sortie was inevitable and in April 2014 you dared to publish Shakespeare’s Montaigne, a dense anthology of John Florio’s translation of Montaigne’s Essays. So, you did jump from zero Montaigne in 2004 to a book on Florio’s Montaigne in 2014: a really dramatic veer! Why? I believe it was because the postmodern Shakespeare you created was insufficient to stem the growing doubts about Stratford. Omission is your key-tool: in your introduction to Shakespeare’s Montaigne, as well as in Peter Platt’s biographical note, there is no mention of the historical discussion on the Montaigne-Shakespeare rapport, just a hurried admission: “Scholars have seen Montaigne’s fingerprints on many other works by Shakespeare whether in the echoing of words or ideas” . Your readers are not aware that Montaigne’s influence on the bard has always been a conflicting issue amongst scholars. One more omission, particularly nasty, concerns a book traditionally “censured” by Shakespearean scholars, Shakspere’s (sic) Debt to Montaigne the fundamental 1925 book by George Coffin Taylor who demonstrated ninety years ago the extent and depth of Montaigne’s influence on Shakespeare! Your rapport to John Florio too is, unsurprising, ambiguous as you try to repress what, I suspect, is your persistent, hidden doubt that Florio is more than a translator… Of the Italian Jewish writer you say this: “Montaigne was Florio’s Montaigne. His essays, in their rich Elizabethan idiom and wildly inventive turns of phrase”; and “the brilliance of Florio’s achievement”; “[Florio’s] translation seemed to address English readers of Shakespeare’s time with unusual directness and intensity”; “Shakespeare is mining Florio’s Montaigne not simply for turns of phrase but for key concepts” but at the same time you maintain that “there was a huge gap between them” [Montaigne and Shakespeare]. Your mind swings over and over as you seem to conclude that there was no real need for Shakespeare to have read Montaigne because they are “two of the greatest writers of the Renaissance” and somehow telepathically connected, two twin souls! And again: “But if Montaigne and Shakespeare were diametrically opposites in these and other ways (…) nonetheless there is a whole world that they share.” Which is a quite ambiguous position. An ambiguity though which reflects Florio’s own ambivalence towards Montaigne. Florio’s Essays are an immense, open source for the playwright but Shakespeare’s diversions from Montaigne on many points are already contained in Florio’s translation. For instance, Florio’s “politico-religious bias appears from time to time (…) ‘les erreurs de Wyclef’ become ‘Wickliff’s opinions’ as Frances Yates pointed out in her 1934 biography. Shakespeare’s religious, political, cultural, psychological variations from Montaigne that you track down in King Lear, Hamlet, The Tempest and elsewhere belong to Florio’s Montaigne which in the opinion of many scholars is almost an original book rather than a mere translation. As for your collaborator Peter Platt, he calls John Florio: the extraordinary Florio. One fundamental question remains unanswered: which other dramatists of Shakespeare’s time were influenced so profoundly by Florio’s Montaigne? Isn’t it bizarre, that amongst all the Montaigne’s readers in Renaissance England, only the uneducated, untraveled, monolingual Shakespeare bore the marks of the French thinker’s influence? With John Florio as the true Shakespeare you don’t have to suppose, as you unbelievably do, that Shakespeare looking over Florio’s shoulders read Montaigne’s translation “well before the first printing” in 1603! Today the sudden landing of Montaigne on your desk, dramatically exposes your personal, private will! What could happen now, professor Greenblatt, should you unearth more of previously undetected or overlooked influences on Shakespeare? What would be the new face of Shakespeare if you would suddenly “discover”, for instance, that Giordano Bruno who spent two years with Florio at the French embassy, has a strong presence in Shakespeare’s work? In your biography Bruno, alike Montaigne, is mentioned only once. You don’t ignore that the strong influence of Giordano Bruno on Shakespeare is hardly a recent discovery. Actually it was demonstrated by a host of scholars, from the German Falkson and the French Bartholmess in 1846 throughout Tschischwitz, König, Carrière, to Sacerdoti and Gatti-Cox in the 1990s. And what about the powerful influence that all things Italian, language and culture, had on Shakespeare? Lastly, what do you think of the hypothesis advanced by Saul Frampton in 2013 – and recalled by Peter Platt – that John Florio was the editor of the First Folio ? The real purpose of your rushed anthology, I suppose, is to freeze Florio in the role of Shakespeare’s almost involuntary helper. But, remember, in doing so you are just delaying Florio’s revelation. Actually, thanks to your initiative John Florio, until now completely unknown by Shakespeare’s lovers, is exposed worldwide to your readers, becoming the most intriguing figure of the English Renaissance, the closest to Shakespeare! By igniting people’s curiosity you provoke new doubts about the Stratford man and in doing so hasten his vanishing. How long, professor Greenblatt, till you’ll give us a book on Shakespeare’s Bruno or, why not, on Shakespeare’s Florio?
Best regards,
Lamberto Tassinari