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Comment on fabrique une langue de culture

Fulvio Caccia

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Comment on fabrique une langue de culture ? La réponse serait simple en apparence. On fabrique une langue de culture en l’écrivant, tout bonnement ! Dès la formulation de cet énoncé, surgissent pourtant d’autres questions, toutes aussi complexes. Qu’est-ce qu’écrire ? Qu’est-ce qu’une langue ? Qu’est-ce qu’une culture ? Qui écrit ? Pourquoi ? Comment ? En les posant abruptement, nous entrons de plein pied au cœur du débat complexe sur la culture aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’écrire ?

Essayons de répondre d’abord à cette première interrogation. Ecrire, « c’est tracer un ensemble organisé de signes » nous dit le dictionnaire. C’est donc une forme d’expression. Elle consiste à extérioriser, communiquer un sentiment, une information en dehors de soi. Cette manifestation passe d’abord par le son ou mieux, le son articulé-la parole- qui est le plus petit commun dénominateur significatif du système d’expression et de communication qu’on appelle la langue. La parole humaine se distingue du cri et du langage animal non pas par sa faculté d’expression, ni par la communication mais bien par sa capacité de conviction. C’est d’ailleurs le sens latin de parauala de parabole, qui veut dire « comparaison ». Si on compare, on évalue, on interprète.

La conviction, selon le sociologue Philippe Breton, découle d’une désadaptation fondatrice du préhominien consécutive à un accident géologique qui le confronte à devoir inventer une parole qui ne soit pas seulement informative mais « en perpétuelle recherche de son adéquation avec le réel i» C’est cet écart permanent, cette distance au monde qui se remplit de sens et qui par conséquent autonomise la parole par rapport au langage animal. La parole donne lieu à tous les mensonges et toutes les manipulations, mais permet également à l’homme d’agir sur son environnement individuellement et collectivement.

L’écriture, elle, n’est pas une langue mais un système de notation qui dérive souvent de l’instrument qui sert à inciser le signe sur le support : le stylet « skariphos » (grec) gratte les tablettes de cire comme la plume le papyrus ou le parchemin. La racine indo européenne Gerbh, plus ancienne, implique aussi le calame par lequel les caractères sont fixés sur la tablette d’argile et qui donnera plus tard le terme «grammaire». Mais que cherchait-on ainsi à sauver de l’oubli ? Je vous le donne en mille : l’inventaire des biens, la comptabilité des impôts, l’enregistrement des actes juridiques que les premières accumulations de surplus de l’histoire ont produits. Ce n’est pas par hasard si les civilisations mésopotamiennes et égyptiennes ont été également celles qui ont mis au point ce système de notation de signes il y a plus de 5000 ans.

Car écrire c’est d’abord une mnémotechnique de la gestion. L’écriture naît du surplus et par conséquent de l’avènement de l’Etat au sein de collectivités ayant dépassé le stade de la survie et de la transhumance. C’est-à-dire dans des sociétés en mesure de pouvoir se projeter dans le futur, de le planifier. Cela implique déjà une représentation de soi et des autres et de son environnement dans la durée.

Aller au plus pressé par le plus court chemin. L’essentiel du processus du devenir homme peut se résumer dans cet incessant travail de symbolisation qui permet à l’homme de s’abstraire de son milieu pour mieux le comprendre et donc d’agir sur lui. Symbole, symbolisation qu’est-ce à dire ? Le « symbolom » désigne à l’origine un signe de reconnaissance, coupé en deux dont deux hôtes conservent chacun une moitié et qu’ils transmettaient à leurs enfants. En rapprochant les deux parties, on faisait la preuve que des relations d’hospitalités avaient été contractées. Le Symbole est donc un relais pour relier dans le temps (symbolein) ce qui a été coupé en deux, séparé (diabellein). Notons au passage que ce mot grec nous a donné « diable ». Le diable à la lettre est celui qui sépare. Et l’ont voit ainsi fonctionner dans toute sa splendeur la mécanique binaire – séparer, relier- par laquelle l’esprit humain cherche à pallier son manque, son sentiment de séparation.

C’est parce que, à la différence de l’animal, il a conscience de sa fragilité, de son inadaptation, que l’homme invente sans cesse des représentations (divines, culturelles, politiques) et des techniques pour se rattacher autrement à son environnement et convier le plus grand nombre à en faire autant.

L’écriture ne fait pas exception à cette dynamique de séparation et d’unification, ou encore pour reprendre une notion chère à aux philosophes français Deleuze et Guattari, de territorialisation et de déterritorialisation. En se développant d’abord sur sa forme pictographique, puis idéographique, et enfin syllabique, et même aujourd’hui numérique, l’écriture va accélérer le processus de subjectivation et d’abstraction qui va permettre à l’homme d’avoir accès à des domaines de connaissances et de compétences jusqu’alors insoupçonnables. Comment ? Par un phénomène que les linguistes appellent l’arbitraire du signe. Qu’est-ce à dire ?

Le signe ne renvoie plus à une représentation mais par pure convention à un son unique qui, assemblés en syllabes produira un signifié qui désignera sans ambiguïté un seul objet : un seul signifiant. Par exemple le mot « maison » composé de deux syllabes désignera un objet réel : maison.

Signifié et signifiant sont cul et chemise, ils fonctionnent de pair afin que la langue fasse son boulot qui est d’établir une compréhension univoque entre les membres d’une même communauté. C’est ce moteur à deux temps qui permet la construction de l’identité. Construction qui s’accélère lorsque la langue passe de l’oral à l’écrit.

En écrivant, et en lisant, processus inséparable, on s’affirme, -on s’exprime donc-, face à sa propre société en tant qu’individualité séparée mais par ailleurs rattaché à elle sur le plan symbolique. C’est ainsi que la communauté devient du coup non seulement locale, mais nationale et, par le biais de la traduction, transnationale. C’est ce qu’avaient compris les pères de la Révolution de 1789 et plus tard ceux de l’école laïque. En scolarisant les enfants, on les sort non seulement de leur dialecte local, maternel, mais on leur inculque, non sans une certaine violence une autre langue, normée, et par conséquent compréhensible à l’ensemble des citoyens de la Nation, une langue qui permettra plus tard aux enfants devenus grands de participer à la nouvelle culture (nationale) unifié par la volonté d’un seule autorité : le roi ou le chef d’état.

C’est pourquoi la langue de la culture est d’abord au sens strict une langue « étrangère », diabolisée , i.e séparée de la langue d’origine, la langue de la mère que l’on apprend en suçant le lait maternel diront le poète Dante Alighieri et plus tard Cervantès. Mais il n’en fut pas toujours été ainsi. La langue de la culture fut dans un premier temps langue des origines, de premiers attachements, « commune à tous les hommes » (Dante) qu’il s’agira de hisser au niveau de langue de la Cité et de la Loi. La réside le second niveau. La langue de la justice devient ainsi la langue véhiculaire. Elle est partout. C’est ainsi qu’elle pourra devenir par la langue de la culture, donc langue de référence. Ceci constituant le 3e niveau d’élévation. Même s’ils appartiennent à deux registres différents, la langue de la loi et la langue de la culture fonctionnent de concert et ont tendance à maintenir la langue maternelle dans une situation d’infériorité.

Un peuple sans histoire et sans littérature

On aura reconnu dans cette sujétion, les luttes d’affirmation nationale et de décolonisation qui ont jalonné l’histoire contemporaine. Permettez-moi ici d’illustrer par un exemple la manière dont le fait littéraire et donc de l’écrit fonde et assure l’espace politique. Je veux ici rappeler le combat de l’élite canadienne française pour se doter d’une littérature durant les années 1840. Deux ans plus tôt, une rébellion populaire avait été écrasée dans le sang dans la nouvelle colonie anglaise du Canada.

Le Parlement anglais dépêcha Lord Durham, un émissaire plénipotentiaire, qui préconisa l’assimilation culturelle et linguistique pour cette minorité francophone perdue sur continent devenu anglo-saxon qui n’avait selon ses termes « ni histoire ni littérature ». C’était d’après lui, ce qui pouvait arriver de mieux à ces descendants de cette colonie de souche blanche et européenne. Or cette recommandation poussa l’élite francophone d’alors à répondre à ce défi en écrivant dans la foulée la toute première histoire du Canada (François Xavier Garneau) et les premiers ouvrages dont le premier roman ( Philippe Aubert de Gaspé) de leur jeunes littérature!

Il peut aussi arriver que la langue de maternelle devienne ipso facto langue de culture, mais sa diffusion s’en trouvera à terme empêché, ce fut le cas du toscan durant le 15e et 16e siècle. Il peut survenir également que langue sacrée, devienne la langue de la cité et de la Loi. Ce fut le cas de l’hébreu au sein de l’Etat d’Israël qui supplanta le Yiddish des ashkénazes et le ladino des sépharades).

Car pour imposer une langue maternelle en tant que langue de la loi et langue de culture : il faut un pouvoir fort, ou du moins un pouvoir qui trouve en son sein, sa légitimation, sa souveraineté. Tel fût le cas de la monarchie et plus spécifiquement de la monarchie française qui acquis sa souveraineté en se positionnant entre le pouvoir temporal (impérial et déclinant) et le pouvoir spirituel (ascendant) de l’Eglise.

Lorsque François 1er signe l’Ordonnance de Villers-Cotterêts en instituant le français comme seule langue juridique du royaume en 1539, il permit dix plus tard, à cette langue alors très minoritaire de commencer son processus d’accumulation symbolique par lequel elle deviendra la langue de référence, soit langue de la culture en l’Europe au XVIIIe siècle.

Du clerc à l’homme de lettre

C’est la classe des clercs qui rend possible cette transformation. Les clercs s’émancipent alors du pouvoir de l’Eglise pour embrasser la cause du roi. Ce changement d’allégeance est aussi un changement de statut : le clerc explique Régis Debray, se transforme en homme de lettre. Il délaisse le latin ou le grec pour la nouvelle langue véhiculaire défendue par la monarchie. Mais parmi ces gens de lettres, l’expression date de cette époque, c’est le poète qui sera particulièrement déterminant. Pas de langue de culture sans lui.

C’est le poète qui est le premier grand ordonnateur de l’espace public en train de naître sous la pression de la compétition interlinguistique et des nouvelles techniques de reproduction de la langue. Comment s’est effectué ce retournement ? Il est important de rappeler ici que le choix de la langue écrite est toujours l’expression d’un seul. C’est un acte d’abord individuel et qui demeure toujours à ce titre l’expression d’une singularité comme l’enfant ou l’adulte qui, un jour commence l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. La naissance du langage chez l’enfant nous permettra de comprendre ce qui se joue justement à travers la langue de la culture. A cet égard la contribution de la psychanalyse nous sera précieuse.

Le nom du père

On sait que le nourrisson se trouve dans une relation fusionnelle avec le monde qui l’entoure en général et sa mère en particulier. La mère est l’unique objet de son désir. C’est le surgissement du père et, plus particulièrement, de son nom qui lui signifie que sa mère est aussi l’objet de désir d’un tiers et qu’il devra apprendre à la partager. Cette frustration s’accompagnera de la conscience qu’il est un être séparé, distinct du corps de sa mère ; bref qu’il est incomplet. Et c’est précisément cette frustration, cette angoisse qui engagera l’enfant sur le chemin du langage et de la culture. Lacan nous apprend que le nom du père a justement pour fonction de séparer l’enfant du désir de sa mère en l’obligeant à se relier à elle symboliquement par la langue afin de devenir autonome par l’acquisition de la parole.

Ce qui se passe chez le nourrisson n’est pas étranger au développement identitaire des peuples. C’est ce que nous enseigne Dante. Le poète florentin dont nous avons parlé fut l’un des tout premiers avoir compris ces enjeu et à l’avoir exprimé d’abord dans son art poétique « Du vulgaire illustre » il y a plus de 700 ans et ensuite dans sa poésie. Il affirme sans ambages qu’il faut préférer à la langue savante, la langue la plus commune, la plus proche, la langue première de l’amour. Cette langue maternelle, honnie, populaire, méprisée par l’élite, méritait à ses yeux d’être hissée au rang des plus grandes.

Plus d’un siècle et demi plus tard, cinquante ans environ après l’invention de l’imprimerie, dix ans après l’ordonnance de Villers-Cotterêts, Du Bellay et les poètes de la Pléiade affirment haut et fort une « défense et illustration de la langue française ». Ce faisant, ils n’écrivent pas simplement le premier véritable manifeste littérature, ils inventent la nation même de littérature nationale.

Les honnêtes gens

Le français, première langue de culture de l’époque moderne, attire désormais à lui tout ceux qui veulent toucher le plus grand nombre ou du moins ce qu’on appelle au XVIIIe siècles : les honnêtes gens. Or les honnêtes gens ne parlent plus grec ou latin, souvent ils l’ignorent : ils parlent français. Ils sont friands d’oeuvres courtes, vives écrites avec style et correspondant désormais non plus au modèle classique latin ou grec mais à la nouvelle réalité sociologique dont ils sont les représentants : la bourgeoisie. Ces honnêtes gens vont constituer le public lecteur auxquels s’adressent désormais les écrivains non seulement français mais également européens. Ce sont eux qui imposent la (nouvelle) langue de culture au nez et à la barbe de ceux qui en ont été jusqu’alors les dépositaires : les savants érudits qui parlaient latin et grec et que les comédies de Molière écrites en français justement brocardaient.

La nouvelle classe moyenne mondialisée

On peut se demander qui est aujourd’hui le public susceptible d’appuyer et de promouvoir la langue ou les langues de la culture de nos jours. Cette question est au cœur du débat sur la mondialisation et sur la diversité culturelle qui se déroule actuellement, nous sommes à la fin de septembre, au sein de l’Unesco.

Car contrairement à ce que l’on pourrait penser la mondialisation n’impose pas obligatoirement une langue nationale – en l’occurrence l’anglais- par le nombre et le poids stratégique et économique de ses interlocuteurs. Il serait à nos yeux, trompeur de réduire cette question à une simple équation technico-économique. Si l’anglais est dominant dans le domaine de la technique informatique, il ne l’est pas nécessairement en tant que culture. Il convient ici de lever la confusion entre culture savante et culture de masse devenue aujourd’hui culture de divertissement.

Qu’est-ce que la culture ?

Il est opportun de rappeler que la culture n’est pas d’origine grecque mais latine et renvoie primitivement au rapport de l’homme avec la nature, que les Latins étaient soucieux tout à la fois de faire produire (l’agriculture) et d’honorer (le culte). Cicéron aurait été premier à l’appliquer aux choses de l’esprit en tant que « cultura animi ». Car pour les Latins, il s’agissait de « cultiver son esprit comme on laboure un champ ». De ce fait, la culture se trouvait en harmonie avec la nature et participait de plein pied à l’éducation du citoyen romain. Cette acception connaîtra ensuite une longue éclipse et il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que l’allemand réintroduise la métaphore latine en tant que « civilisation envisagée dans son caractère intellectuel » (Le Robert Historique).

A début du XIXe siècle, la nouvelle élite allemande issue des villes réactive le terme «Kultur» en l’opposant à «civilisation» d’origine française qui suppose une hiérarchie, une décision et qui renvoie surtout aux « arts et aux lettres ». «Kultur» s’oppose à la notion de « civilisation » d’origine française qui, elle suppose une hiérarchie, une décision. Les Allemands Kant mais surtout Herder ne sont pas étrangers à cette acception consensuelle et non hiérarchique qui institue le peuple en tant qu’acteur de l’histoire. Dès lors, la culture finira par s’imposer en annexant l’acception impartie à « civilisation » et à sa matrice -les Beaux-arts – qui lui appartenait de façon intrinsèque. Cette confrontation perdurera tout au long du XXe siècle et marquera même la fondation de l’Unesco qui, à ses débuts, penchera plutôt pour la première définitionii. Il faudra attendre les années 1980 et la conférence de Mexico pour que cette instance propose une acception de la culture qui « englobe, outre les arts et les lettres, (c’est moi qui souligne) les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».

L’homme cultivé, issues de la bourgeoisie saxonne, prenait ainsi définitivement le pas sur l’homme civilisé dont le modèle était le noble français. Ainsi donc les traditions et les croyances deviennent équivalents aux lettres. Ce relativisme introduit dans la définition de la culture n’est pas étranger au développement de la culture de masse par la suite.

La culture de masse tel que le théorise les philosophes de l’école de Frankfurt est énuclée de sa valeur d’usage, c’est-à-dire de son statut, elle ne vaut que par sa capacité à se déterritorialiser à l’intérieur des circuits d’accélération capitalistique : par sa valeur d’échange. Marx en son temps avait vu se profiler ce péril. C’est pourquoi il distinguait les choses en tant que produites et utilisées par les hommes et leur valeur dans la société. « Son insistance sur l’authenticité plus grande de la valeur d’usage, sa description fréquente de l’apparition de la valeur d’échange comme une sorte de péché originel au commencement de la production marchande reflètent sa reconnaissance impuissante et pour ainsi dire aveugle de l’inexorabilité d’une imminente « dévaluation de toutes les valeurs », explique Hannah Arendt.

La mondialisation préfigure-t-elle cette apothéose prophétisée par Marx ? Là est toute la question. On pourrait inférer que si le nadir renvoie au zénith, la dévaluation appelle résolument la réévaluation de toutes les valeurs. Le débat sur la diversité culturelle saisit peut-être dans son ambivalence la double nature de la culture : sa valeur d’usage et sa valeur d’échange. Par les savoirs et la maîtrise technique qu’elle concentre sur un support, un objet, la culture est matière et de ce fait participe de la sphère du privé et de l’économie chère aux Grecs. Mais elle est aussi porteuse d’une vision du monde, d’une spiritualité et de ce fait participe de la sphère publique. D’où la difficulté de lui assigner un espace en propre, surtout à un moment où la technologie des savoirs et de la communication est devenue, malgré les crises récentes, la locomotive de l’économie mondialisée.

Le nouvel honnête homme

C’est pourquoi nous pensons que c’est le langage numérique -et non plus une langue nationale- qui se trouve dans la position d’être la nouvelle langue de la Cité virtuelle et mondialisée. Ce qui par ricochet place ipso facto toutes les langues dans la compétition. Le plus anciennes, les mieux dotées jouissant de ce fait de plusieurs longueurs d’avance. A terme, dégoupillée de sa puissance hégémonique, la langue d’une nation, malgré le danger qui la menace, retrouve ainsi la dimension qu’elle n’a jamais cessé d’avoir et ce, d’autant plus que la mondialisation généralise de plus en plus les déplacements et les migrations. Conséquence. Elle permettra à une frange de la classe moyenne en phase de mondialisation, de jouer un rôle prépondérant dans le débat sur la nouvelle langue de la culture.

Issue de l’immigration et de la décolonisation, cette population transculterelle, à cheval sur plusieurs langues et plusieurs pays, a en commun un certain nombre d’habitudes et de valeurs, de tournures d’esprit qui se démarquent des clivages et des idiosyncrasies nationales. Elle peut jouer le rôle des « honnêtes gens » qui au XVIIe siècle ont servi d’instance de réception aux lettres et à la culture en phase de mondialisation. Si elle possède des affinités transnationales ; ce n’est pas en tant qu’elle participe de la traditionnelle élite de haut fonctionnaires, de diplomates, de cadres supérieurs, et d’universitaires qui de tout temps ont sillonné la planète, mais bien qu’elle résulte des
transformations sociales issues d’une même expérience : celle de l’immigration et de la décolonisation. Dans ces cas précis, la logique d’intégration et de l’ascension sociale n’est pas la même.

La redécouverte de ces héritages amène naturellement une partie de cette classe moyenne à jouer un rôle d’interface entre les diverses cultures dont elle est la dépositaire. Or cette inter-médiation est mal connue et reconnue. Une meilleure prise en compte de son rôle contribuerait à donner cette légitimité populaire qui fait défaut à la Déclaration universelle de la diversité culturelle et que ne considère pas suffisamment des politiques du multiculturalisme généralement axées sur la conservation des particularismes plutôt que sur leur transformation. Pourtant la valeur ajoutée de la diversité culturelle en tant que patrimoine de l’humanité réside bel et bien dans sa capacité à redynamiser les cultures nationales. Et par conséquent ses langues. Cette classe moyenne mondialisée en phase d’émergence, constitue de fait l’assise de la société civile mondiale dont il faudra tenir compte dans une stratégie de valorisation de la diversité linguistique. Mais plus encore pour la valorisation de la parole citoyenne dans l’espace public.

John Weldon Cale, alias JJ Cale, The Quiet Guitar Hero Has Gone

Karim Moutarrif 

http://seventiesmusic.files.wordpress.com/2013/08/jj-cale-okie.jpgRien ne sert de courir, JJ Cale a rejoint les Prairies des Grandes Chasses, auprès du Grand Manitou au mois de juillet, au moment où on met la faux au sillon. J’ai pleuré ce doux et discret personnage.

Merci de m’avoir distillé pendant des années une musique humaine et sans violence. Merci de m’avoir fait rêver quand j’étais au bord du désespoir entrain de croupir dans une dictature. Merci de m’avoir fait sourire juste en me délectant de tes mélodies. Merci de m’avoir inspiré dans ma propre musique.

Thank you for giving me an endless human music without violence.  Thank you for making me dream when I was at the edge of despair, broken down by dictatorships. Thank you for making me smile with your pure delightful melodies. Thank you for  inspiring me and my music.

 JJ Cale est mort et ce fut un coup dur pour moi. Comme pour Rachid et apparemment Abdellatif aussi. Et tous ceux qui l’aimaient. Là-bas en Afrique.

Un mur de mon édifice s’est effondré, un pan de ma vie s’est écroulé, un bout de ma vie. Il fallait que je partage ce deuil immense avec des adeptes. Depuis quelques décennies déjà, un demi-siècle pendant lesquels il a égrené ses  quinze albums. Jamais pressé le lazy man. Poussant la fumisterie jusqu’à donner des numéros pour  titre à certains de ses albums

It happens! Des fans francophones, perdus en Afrique du Nord, le savait-il? Avant de commencer à écrire j’ai voulu consulter mon ami Rachid, pour faire le point sur les décennies de dévotion à ce bonhomme qui n’avait pas le look. Car on ne peut pas dire que dans le profond des États, l’élégance soit le fort, vu les lignées de paysans que l’Europe avait expurgé vers les « Amériques ». JJ Cale était un rustre mais il s’en tapait, la gloire ça le faisait c….Il chantait  I’m a gypsy man avec ses solos nasillards qui on finit par devenir sa marque de commerce. C’est l’air qu’il avait quand il débarqua au festival de jazz de Montréal, au début des années 90. Avec un percussionniste en guise de band et une Fender Stratocaster blanche. J’étais ému aux larmes, cela faisait déjà dix-huit ans que j’écoutais sa musique et je l’avais jamais vu sur scène.

Mon ami et moi cultivions secrètement le culte, de toute façon autour de nous peu de monde avait saisi le génie du bonhomme. Five, c’était 1979 , Don’t cry sister cry dans la Tanger de l’époque et les nuits blanches sur la plage.

 Nous aimions sa musique tranquille, son humilité, son comportement musical anti-cowboy. Du coup le rock devenait une balade tranquille. Et puis ça pouvait aller loin, à vous perdre, one step ahed of the blues ou carrément dans le jazz. Le premier morceau qui m’avait frappé c’était un titre très anodin, Hey Baby, de l’album Troubadour, un des premiers mais qui est un morceau à la croisée des chemins entre le blues le jazz et un rock très smooth ajusté à sa voix. Avec une ligne de cuivre discrète mais présente. Ce n’était pas une voix de crooner mais elle était chaleureuse, parlée ou chantée

Je commençais à comprendre que lui aussi était mortel mais je n’étais pas prêt. On n’est jamais prêt pour ces choses là. Je voyais bien la marque du temps s’imprimer au fur et à mesure que le celui-ci se déroulait, sur son visage sculpté.

Je suis d’accord avec Neil Young quand il le situe près de Jimi Hendrix.  JJ Cale a été une machine créatrice phénoménale, dans la plus grande intimité. Sans tambour ni trompette. Celui qu’on appelait God, le fameux Eric Clapton a écrit “John Weldon “J.J.” Cale “is one of the most important artists in the history of rock, quietly representing the greatest asset his country has ever had.” Et pourtant, Clapton avait pris tout le lit. Après s’être servi du génie du Okie.

Il fut un des bâtisseurs du fameux Tulsa Sound avec, entre autres, un acolyte nommé Leon Russell. Celui là même qui l’avait entrainé loin de son Oklahoma natale vers Los Angeles et la Californie en 1964. Après un détour à Nashville.

“I love his style. I always thought of it as “lazy” music, because to me it’s so laid back and relaxing. One of my favorite JJ Cale songs… »  écrit un internaute sur http://www.warriorforum.com.

Le day sleeper a quand même accouché de plus de vingt albums et une bonne dizaine de morceaux qui marqueront à jamais la musique anglo-saxonne

“JJ was a perfect example of how a humble but extremely talented musician should live his life,” a dit Mac Gayden, parolier et musicien

Il est parti aussi discrètement qu’il est arrivé. Repose en paix John et merci d’avoir existé.

And this is how I saw the "Near East"

Giuseppe A. Samonà

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© Photo Sophie Jankélévitch

Villes orientales fête ou rêve de mosquées d’églises polydoxes de rares synagogues solitaires de ruelles qui s’entrecroisent l’une avec l’autre à travers ici et là soudains et inattendus espaces somptueux places grandes arbres tropicaux de nouveau ruelles et rues encore plus petites que les ruelles odeur  étourdissante de soie d’épices et toutes tous fourmillant de gens étouffés par l’étreinte d’une chaleur épouvantable, mais ils nous ont dit surtout ne buvez jamais l’eau que de l’eau minérale et nous sommes si beaux si jeunes: nous ne voulons pas nous ne pouvons pas mourir.

Pourtant… pourtant : le soleil surplombant nos têtes qui brûle martèle, l’air qui semble mouillé et pas un fil de vent pas une trace d’ombre, nous épuisés adossés comme verticalement allongés contre le petit mur qui délimite la vaste plaine pierreuse marquetée  d’arabesques vide d’humains, la soif ardente la gorge desséchée un besoin une urgence la soif nous dévore nous tue mais pas un bar un kiosque un vendeur ambulant – rien, sauf, au loin, du côté opposé, les roulottes sommeillantes d’un cirque disposées en demi-cercle ; avec en face, au milieu, une fontaine en marbre qui vomit puissante sans jamais s’interrompre : de l’eau, de l’eau claire limpide transparente parfumée étincelante de fraîcheur et pureté – comment est-il possible qu’une telle beauté ne soit que tromperie, et piège ? Pourtant, nous le savons : une gorgée, même une seule, et nous serons morts. Morts.

Mais voilà, un homme s’approche, il est jeune, mais plus âgé que nous, plus mûr (il porte en effet des moustaches épaisses et noires). Asis sidi?Avez-vous soif? (oui, il nous le dit dans notre langue secrète: comment a-t-il pu comprendre?). Et sans attendre la réponse, il nous indique la fontaine. Pour ajouter rassurant – il perçoit notre hésitation – que nous pouvons boire sans rien craindre: il est médecin. Et il sait. Avec certitude. Pas de tromperie, pas de piège – cette eau est exactement ce qu’elle paraît: transparente, limpide, pure… pendant que, rassurés, nous avons déjà les mains sur le marbre de la fontaine (il nous a suivis, tout en donnant ses explications), et nous buvons, buvons, insatiables. Heureux. Puis, encore ruisselants, nous le regardons, lui, l’ami, notre sauveur – déplacer son doigt vers la gauche pour enfin révéler – et le ton de sa voix devient péremptoire – la preuve irréfutable: l’ours en a bu!

L’ours. Qui depuis le côté gauche de la place, au loin, l’extrémité  d’une chaîne à la patte (l’autre extrémité est tenue par un homme corpulent, lui aussi moustachu), trottine docilement, semble s’approcher, se dirige vers nous, vers la fontaine. La chaleur mord toujours, accablante, et il a de nouveau soif.

 

N.B. The “Near East” is the geographical area more commonly referred to today as the “Middle East”. It is the term generally employed by archaeologists and historians of the Ancient World. For biographical reasons I prefer it to the more contemporary appellation, especially when dreaming about the past and revisiting memories. The title is a near quotation from Joseph Conrad, one of my favourite classical writers.

Paris, novembre 2013

Viceversa – ♫ How does it feel?

Giuseppe A. Samonà

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© Photo Sophie Jankélévitch

Intelligenza degli uomini, in the meaning of human beings, uomini e donne, quelli che s’incontrano e ci si scambian cose e parole, amore : potere, pouvoir (dans le sens du verbe)  come immaginazione, insieme – già: ma come, come portare i suoni della lingua italiana nel grande nord canadese?  Sentire (it.) e sentir (fr.) partono dai sentimenti: io mi sento bene, ti sento dentro di me (dall’astratto al tattile). Poi uno si fa olfattivo: je sens mauvais; l’altro auditivo: lo sento venire (attenzione: non il … tattile. Tuttavia, entrambi possono ritrovarsi eroticamente: ti sento venire – I feel you’re coming). I francofoni del Canada, e le francofone  (up there we are politically correct), con quel lieve strato di duvet sulle gote, a protegger dal fret, le froid, amano con i profumi, che quel freddo conserva soavi: gli i­taliani con le parole. E ancora: la rose sent bon (la rosa profuma), je sens la rose (odoro di rosa), odoro la rosa, la sento. Poi: io mi profumo (con l’essenza di rosa), o addirittura: so di rosa (sapere, sapore, saveur et savoir: è un’altra affascinante storia…). Infine: je sens le vent (con la sua scia di primavera), e sento il vento (il messag­gero delle epea pteroenta, le parole alate…  – il che a volte – siamo allo spagnolo – può far male: el viento pasa, lo siento mucho). Ma solo in inglese si è pouto metterlo in musica. Bob Dylan.

E dunque? È semplice ! Ci penso io – ma con una precisione :  fainéant vuol dire alla lettera  « fannullone » : ben che (è questo il punto, ed è grave) il néant esista in sé (infatti si trova nel Dizionario), mentre il « nullone » (cioè il grande nulla) esiste solo in quanto espressione di un fare negativo (infatti nel Dizionario non si trova). Gli italiani insomma avrebbero meglio dei french canadians capito che il nulla vive solo come modificazione del fare, anzi come sua essenza : la chiave dell’universo in cui, appunto, viviamo, e di cui siamo, sempre appunto, fatti. Per questo gli italiani, più e meglio dei (e delle) franco-canadesi (mi ostino, l’ammetto, a non parlare di québéquois et québéquoises) ed anche, diciamolo, degli anglo-, sono fannulloni. Ne fais pas la vaisselle, je m’en occupe, direbbe un francofono, o anche un anglofono, direbbe chiunque. Ma un italiano : Ci penso io. Ed eccomi – io, che resto malgrado tutto anche un po’ italiano – di fronte a un’immensa pila di piatti sporchi, immobile ; mentre anch’io immobile, seduto, l’osservo, la studio, la testa fra le mani, a pensare… (n.b. A scuola mi avevano insegnato che i nomi dei popoli quando sono sostantivi si scrivono maiuscoli, minuscoli se aggettivi – ma poi ho imparato che la lingua, come la storia, ha le sue zone d’ombra, e oramai, non per ignoranza, per scelta, li scrivo sempre minuscoli – tranne quelli che vissero un tempo, quando ancora non c’erano le moderne “nazioni”: i Greci, gli Egiziani, i Sumeri…)

Perché si scontrano, ma anche si incontrano le culture, e si scambiano si mischiano si confondono giocano insieme.

             Ne pas se  pencher au dehors… –

c’è scritto nel treno che buca le Alpi, ed entra in Italia, profumo di pizza. Così in tutte le lingue : Nicht hinauslehnen (e fa un po’ paura); Don’t lean out of the window : gli ordini non si discutono. Ma non in italiano : È pericoloso sporgersi. Come dire : sarebbe meglio di no, ma se proprio volete… (io però vi avevo avvertito). Trionfo del libero arbitrio, di sapore kantiano (eppur, era tedesco), o forse più semplicemente saggezza spericolata di lontane origini mediterranee : il desiderio di sfidare la morte, che alletta mascherandosi, si può imbrigliare, non sopprimere. Odisseo e le Sirene.

Però anche, ostie voire sacrifice (ché ahimé la storia, amara, insegna e ne rêvasse pas)… Ci pensa Lui!

Infatti, c’è anche scritto (in quello stesso treno) : Ne pas jeter (oggetti, fuori dalla finestra ; o nel cesso, è lo stesso). Così in tutte le lingue : Nicht… ; Don’t. Ma in italiano : È vietato. Come prima, più di prima, e assai diverso, nel senso di peggiore che in qualunque altra lingua. Altrove non si fa : qui, se proprio volete… Ma non più alla saggezza greca, si fa appello, bensì a quella che si vorrebbe romana, ed è, orrore, mascelluta e fascista : Fatelo pure, che poi ci pensa Lui  (e la paura fa novanta. Ma almeno i treni – appunto – arrivavano in orario). Non a caso ci fu l’Italia libera di Raffaello e Verdi (che, notiamolo bene, non era ancora Italia), quella schiava e cialtrona di Mussolini e Berlusconi (ini e oni). L’eterno fascismo italiano (C.L.). Ogni cultura ha il suo tasso di puzza. (Dall’Alpi a Capo Passero, mentre scrivo, è particolarmente elevato. Insopportabile).

Del resto, dovrebbero saperlo tutti, ma non si sa mai : meglio consigliare, avvertire, persino comandare, ma con severità dolcemente multilinguistica (la torre di Babele, ahimé, è caduta da tempo). Ne pas salir, Non sporcare, Nicht… (che non ricordo, ma ricordo fonicamente tremendo) : trattasi appunto d’ingiunzione, e preventiva – come dire : non dovevate venir qui, ma oramai ci siete, non fate nulla, e se proprio dovete farlo, fatelo di nascosto, senza offendere l’occhio, e le orecchie, o il naso. Gli anglofoni però – du moins, parfois, e qui penso proprio a quelli dell’England – la pensano diversamente:  loro – beati – possono abbandonarsi senza ritegno, forti di una grazia che gli proviene da una superiore, secolare civiltà : Leave your fellow camarades the opportunity to find this toilette in the same conditions you have found it. L’ho letto (giuro) in un cesso di crociera greca, in cui esitante guidavo un gruppo di studenti canadesi (franco e anglo). Sublime fraternità della terra di Albione…

Di nuovo, quanto appare diverso il caciarirridente e « del bene comune io me ne fotto » individualismo italiano. Forse è perché non abbiamo fatto (com’è ovvio) la Rivoluzione francese ? O forse è perché il 68 è finito male. (E il 77 peggio.) Fatto sta che il mio amico ha allora intuito che per le grandi imprese, i grandi ideali, non c’è niente da fare. “Capisci?”, mi dice, addentando con passione una pizza bollente. “Meglio attaccarsi direttamente alle piccole: con quelle, qualche soddisfazione te la prendi”. E mi srotola sotto il naso, aprendosi un varco tra forchette e avanzi di supplì, un lenzuolo di carta millimetrata, che lui ha gravato di disegni, proiezioni, calcoli. Per spiegarmi – e i suoi ragionamenti sono inoppugnabili – che a Roma i pisciatoi pubblici per uomini (quelli verticali, a concoletta, che taluni chiamano vespasiani), questi pisciatoi, dicevo (cioè: diceva lui), considerando la media nazionale (ché i romani, sostiene, sono più vicini ai pigmei che ai watussi. Lui stesso non supera il metro e sessanta), sono troppo alti, e costringono più d’un pisciante a ergersi sulla punta dei piedi, così trasformando in sofferenza quello che potrebbe essere un soave piacere; e senza, per altro, evitare la possibilità di un contatto, i cui rischi sono igienici, e non solo. Martellare, segare, abbassare: ecco la soluzione, ecco l’inizio concreto di un mondo finalmente a misura d’uomo. E io, soggiogato, d’improvviso intuisco che dalla spiaggia sotto i sanpietrini (sous le pavé la plage…) a quel lenzuolo con disegni il passo non è lungo: e nell’ideatore di quel piano geniale, in quel compresso, agitato metro e sessanta (che è coperto di schizzi di olio), un tempo fra i primi a tirar sassi contro gli sfruttatori e oggi pronto a battersi per qualche centimetro di felicità, riconosco la sintesi di Robinson Crusoe e Napoleone (di nuovo, la Rivoluzione…). Venceremos! (p.s. A rischio di sembrare scatologico, devo però aggiungere che quel che vale per i vespasiani, non vale, anzi si rovescia, per il cesso conosciuto come “completo”, quello versione tazza, e orizzontale: soprattutto quando è in ballo l’altro dei due possibili bisogni, cioè il maggiore. Lo sforzo, muscolare e spirituale, del basso, con annessi i rischi igienici, gli  schizzi, e tutti quanti, si sostituisce allora – com’è evidente – alle odissee che implica l’alto. Anche di questo si è avuto prova e appassionatamente discusso nella di cui sopra crociera, dove la detta tazza, in realtà più tazzina che tazza, si alzava da terra per non più di venti centimetri. Questo almeno sino a quando la nave ci ha depositato in Turchia, a noi superiore in fatto di igiene, e non solo).

E poi?

E poi, lo confesso… Volevo solo scherzare. Scherzare a scacchione, o alla igonnabrekkayouass, which is the same… Questa è polvere per gli occhi, spremuta di mortalità o pomata di bellezza, dust and powder, poudre et poussière, riuniti dall’italiano in una sola parola – ed ecco che potrei ripartire, per continuare, continuare all’infinito, per cercare di cogliere perfettamente… Mais je m’arrête, car, pour paraphraser le poète, « el concepto de texto definitivo no corresponde sino a la religión o al cansancio »…

Volevo scherzare, perché ho nostalgia di Montréal, di quegli amici, di quello spirito in cui eravamo tutti sullo stesso piano, e nessuno a dettare una legge : un arabo algerino, che però ci teneva a dire che non era arabo, ed in effetti era kabil, un marocchino che invece era ebreo ma pero’ era francofono, parigino diceva, parigino come quell’altro che invece arabo lo era veramente, o quell’altro ancora che però veniva dalla Romania, che là francese lo parlano da subito, a meno che – c’era anche lui – non si fossero trascorsi i primi dieci anni della propria vita a Toronto, perché allora era l’inglese a batter cassa, come batteva cassa per quell’altro italiano, con un nome che più italiano non si poteva, ma quando parlava italiano scappavano tutti, ché la nourse diventava la norsa, e ancora c’erano la pilla, la zoppa, i cami… e chi più ne ha più ne metta, e poi c’era anche una spruzzata di cileni ed argentini, scappati dai luoghi dell’orrore, con fantasia, dolore e fisarmoniche. Insieme a scherzare, come sopra, ma anche e molto a lavorare, nel senso più bello e gratuito del termine, sempre giocando con le culture e le lingue, saltando dall’una all’altra, en les métissant, con passione e sul serio, ma senza mai prendersi sul serio. Questo era il nostro piacere, la nostra vita : era, per dirlo in una frase, lo spirito Viceversa.

Così, in questo crogiolo di uomini e donne, ho imparato, parlando, ad amare e giocare con le mie lingue, ed anche – spero – a lavorarle e lavorare sul  serio ma senza prendersi sul serio. Certo, se oralmente si può saltare agilmente da una lingua all’altra, quella scritta resta in principio una (e per me è chiaro quale sia), o meglio : gli innesti, i salti, les métissages, sono frutto di un lavoro più complesso, delicato – ma che a dispetto di purezza e barriere può e deve farsi. È la grande avventura del nuovo lavoro che ci aspetta come scrittori, del nostro gusto viceversiano per le traduzioni, delle nostre ricerche su Florio e Cervantes, sul XVI secolo, sulle prime cronache del Nuovo Mondo.

Ma questa, da raccontare, è un’altra storia. The next one.

Paris, décembre 2010

(mais des temps en temps je le relis – par exemple aujourd’hui, le 9 janvier 2014, toujours à Paris – et l’envie me prends d’y ajouter deux ou trois mots…)